PORTRAIT

Maya Zedmia, femme et commandant de bord à Air Algérie

13:03  lundi 11 avril 2016 | Par Zahra Rahmouni | Actualité 
Au sein de la compagnie nationale, elles sont actuellement 32 femmes sur 400 pilotes et parmi celles-ci, onze possèdent le statut de commandant. (© Z. R.)

À l’aéroport national d’Alger, un petit bout de femme s’avance vers nous. Casquette vissée sur la tête, imperméable bleu marine sur le dos, Maya Zedmia fait partie des quelques femmes pilotes que compte la compagnie aérienne nationale Air Algérie.


La trentenaire vole déjà depuis onze ans mais toujours avec la même passion. Sa vocation de pilote, elle l’a découverte il y a bien longtemps. Dès l’obtention de son baccalauréat en mathématiques, elle poursuit des études en génie des procédés à l’université de Bab Ezzouar, tout en postulant chaque année à la formation dispensée par Air Algérie.

Ses études terminées et après deux ans de chômage, sa persévérance finit par payer. « C’est comme un rêve d’enfant », explique celle qui obtient le concours en 2002 après être tombée sur  l’annonce de la compagnie nationale. A l’époque, la formation à laquelle elle est sélectionnée se déroule en France et seulement neuf femmes figurent parmi les 47 participants.

« Depuis mon enfance, tout ce que j’ai entrepris a été fait dans le but d’être pilote», raconte la native d’Alger. « Tout le monde riait quand je disais que je voulais être pilote. Mon père n’y croyait pas trop, c’était dans les années 80. Puis, il est mort avant de me voir concrétiser ce rêve. Par contre, ma mère y croyait ! ».

32 femmes sur 400 pilotes

Au début, rien n’est gagné. Le personnel féminin n’est pas forcément accepté par la gent masculine. « Dans leur tête, c’était un métier d’homme car c’est une profession difficile. Il faut avoir une forte personnalité et contrôler ses émotions. C’est un métier physique avec beaucoup de pression. On se doit d’avoir une hygiène de vie irréprochable et de ne jamais laisser paraître le stress », explique la jeune femme.

Après quatre ans de vol, elle finit par décrocher les galons de commandant de bord. Au sein de la compagnie nationale, elles sont actuellement 32 femmes sur 400 pilotes et parmi celles-ci, onze possèdent le statut de commandant. « Finalement, nous sommes très respectées dans ce métier », concède Maya Zedmia.

Dans la cabine de pilotage, c’est elle qui occupe le siège de gauche et à bord, c’est elle le plus haut gradé. « Il y a certains domaines qui ont le monopole des hommes, pour le moment ! Mais à chaque fois que les femmes les intègrent, cela devient quelque chose de naturel. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de femmes politiques mais maintenant on voit des femmes ministres, ça ne choque plus personne, c’est une fierté. Pour le métier de pilote, c’est la même chose. Quand nous sommes arrivées, il restait une seule pilote femme. La précédente est décédée dans le crash de Tamanrasset (en 2003, NDLR) ».

Dans l’avion, lorsqu’elle annonce son nom, toutes sortes de réactions sont observées. « Les passagers étaient d’abord surpris de voir une femme dans le cockpit, surtout à nos débuts », explique-t-elle. « D’autres sont plus réticents, mais c’est très rare. La plupart du temps, les gens sont contents et fiers ».

La jeune femme, qui exerce sur les vols commerciaux, reçoit même des mots de remerciement que les passagers lui font passer à travers le personnel navigant et elle suscite aussi des vocations. « Nous sommes beaucoup plus nombreuses aujourd’hui et tant mieux ! Avant, les gens étaient émerveillés quand je leur disais que j’étais pilote, puis maintenant ils trouvent ça naturel, presque banal. Ça ne les étonne plus et c’est ça qui est formidable. Ça veut dire que la porte est ouverte », se félicite-t-elle.

Maya

Le commandant de Bord, Maya Zedmia, à bord d’un Airbus de la compagnie  Air Algérie – (© Z. R.)

Allier sa vie de famille et son activité professionnelle

Pour la pilote de ligne, chaque journée débute très tôt le matin et réserve son lot de surprises. « On sait à quelle heure on commence mais on ne peut jamais être certain de l’heure à laquelle on rentre chez soi », détaille cette mère de deux jeunes enfants et dont le mari est également pilote de l’air. Afin de mener de front ses vies personnelle et professionnelle, elle a choisi d’exercer sur les vols nationaux et les courtes distances après avoir longtemps piloté à l’international.

Désormais c’est aux commandes d’un ATR (modèle destiné au transport régional) qu’elle effectue quatre étapes, soit deux aller-retours quotidiens. « Vous avez le stress du travail avec la préparation des vols mais en même temps dès que l’on rentre chez soi, il faut tout laisser derrière. Idem lorsque l’on retourne au travail. Il faut toujours être à 100% pour parer à toutes éventualités », concède Maya Zedmia qui relativise rapidement. « C’est le cas pour beaucoup d’autres métiers ». Son prochain défi ? Exercer en tant que commandant de bord sur le moyen-courrier car comme lui disait son oncle : « Rêve de grandes choses, ça te permettra au moins d’en faire de toutes petites ».

Zahra Rahmouni

Journaliste à TSA-Algérie, en transit, ici et là, au gré de perpétuelles pérégrinations