ENTRETIEN

Abdelaziz Rahabi : « Le Maroc inscrit son action dans le cadre des stratégies diplomatiques de la France et des pays du Golfe »

18:02  jeudi 24 novembre 2016 | Par Hadjer Guenanfa  | Entretiens 
Abdelaziz Rahabi, diplomate de carrière et ancien ministre.

Diplomate de carrière et ancien ministre, Abdelaziz Rahabi explique dans cet entretien le retrait du Maroc et d’autres pays arabes dont l’Arabie saoudite et le Qatar du 4e sommet afro-arabe pour protester contre la présence d’une délégation sahraouie.


Le retrait du Maroc et de ses alliés arabes du 4e sommet Afrique-Monde arabe  était-il une surprise ?

Ce n’est pas une surprise. Cela fait partie de la stratégie de division des États africains entreprise par le Maroc depuis presque une année. Après avoir gelé les activités de l’Union du Maghreb arabe (UMA), les Marocains s’attaquent à un point fort de la diplomatie de la décolonisation, l’Union africaine (UA). Donc, soit c’est la chaise vide, soit c’est moi tout seul. Le Maroc a déjà posé ses conditions pour assister aux précédents sommets dont celui du Caire en 1977, celui de Syrte en 2010 et celui du Koweït en 2013. Sauf que les sommets précédents se sont tenus dans des pays arabes. Le Maroc a pu empêcher les Sahraouis d’y prendre part.

Pourquoi n’a-t-il pas pu le faire cette fois-ci ?

Cette fois-ci, le Maroc n’a pas pu le faire pour plusieurs raisons. D’abord, cela se passe en Afrique. Ce n’est pas l’espace d’influence privilégié des pays du Golfe. Ensuite, il ne faut pas oublier que c’est un sommet arabo-africain où l’Afrique est représentée par l’Union africaine. Et l’État sahraoui est membre à part entière de l’UA. À ce titre, on ne peut pas demander à l’Union africaine d’exclure l’un de ses membres. Ceux qui assistent à des réunions multilatérales n’ont pas le droit d’imposer la composition de la réunion. D’ailleurs, ils assistent souvent à des réunions avec  des pays avec lesquels ils n’ont pas de relations diplomatiques.

Que signifie le retrait de l’Arabie saoudite au moment où on parle de réchauffement des relations avec l’Algérie

Cela veut dire que les fondamentaux de la politique étrangère de tous les acteurs sont respectés. Les pays du Golfe sont des alliés stratégiques et historiques du Maroc, pas de l’Algérie. Cela n’est pas nouveau, ni surprenant. L’Algérie peut avoir des relations parfois normales, parfois bonnes et parfois excellentes avec ces pays-là. Mais elle ne peut pas être leur allié stratégique. Il s’agit en règle générale de monarchies qui sont tout naturellement solidaires parce qu’elles ont un destin et des intérêts communs. Et puis, chaque diplomatie a sa propre identité et sa réalité historique et géopolitique.

Quelles sont les conséquences de ce retrait, notamment sur l’adhésion du Maroc à l’Union africaine ?

Le Maroc envoie un signal très négatif à l’Union africaine qui consiste à dire que s’il intègre l’UA, il posera la question de la présence de la RASD à toutes les réunions. Ce qui peut entraîner un blocage des instances de l’Union africaine. Et beaucoup d’États africains ont déjà exprimé cette préoccupation et craignent que l’Union africaine ne se transforme en espace d’expression de divergences entre Maghrébins. À ce titre, je pense que la déclaration de la présidente de la commission de l’UA était conforme aux principes fondateurs de l’Union africaine et elle est également conforme aux statuts de l’UA et elle est enfin tout à fait conforme aux principes qui régissent les relations internationales. Vous ne pouvez pas aller à l’ONU et réclamer l’expulsion d’un membre avec lequel vous n’avez pas de relations ou avec lequel vous avez de mauvaises relations. C’est une façon de faire de la diplomatie tout à fait inédite qui nous rappelle des pratiques de la guerre froide.

Est-ce que le Maroc a les moyens de sa politique en Afrique ? 

Contrairement à l’Algérie, le Maroc a inscrit son action dans le cadre des stratégies diplomatiques de la France et des pays du Golfe. Sur le plan diplomatique, il est inconditionnellement soutenu par la France. Sur le plan financier, il a les compétences pour sous-traiter pour les pays du Golfe qui présentent un déficit en matière de ressources humaines.

Peut-on parler d’un sommet Afrique-monde arabe en l’absence des pays comme l’Arabie saoudite ou le Qatar ?

Ce sont des sommets où parmi les pays du Golfe, c’est le Koweït qui est le plus engagé et celui-ci ne s’est pas retiré. Ce sommet va traiter de deux ou trois questions : des micro-crédits en Afrique proposés par le fonds koweïtien, la question du terrorisme et la question de l’immigration. Et sur ces trois questions, les pays du Golfe ne peuvent pas contribuer de façon substantielle. Très peu d’engagements pris au Caire, à Syrte et à Koweït City ont été concrétisés.

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