ENTRETIEN

Impact de l’accord de l’Opep sur l’Algérie : « Il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers »

17:47  mercredi 30 novembre 2016 | Par Hadjer Guenanfa | Entretiens 
(Crédits : D.R.)

Nazim Zouioueche est un ancien PDG de Sonatrach. Dans cet entretien, il commente l’accord de l’Opep conclu ce mercredi 30 novembre à Vienne sur la baisse de la production de pétrole.

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Est-ce que l’accord des pays de l’Opep sur la baisse de production de 1,2 million de barils par jour est satisfaisant ?

Bien sûr qu’il est satisfaisant. Le prix du pétrole a chuté hier soir avant de remonter pour arriver à quasiment cinquante dollars juste avant l’accord. J’avais indiqué dans un article que s’il y a un accord à minima, on peut espérer avoir un baril de pétrole entre 55 et 60 dollars d’ici la fin de l’année. Désormais, il faut évacuer les problèmes des stocks parce que tout le monde a beaucoup stocké en attendant ces réunions vu que le pétrole n’était pas cher. On ne peut pas exclure de voir le baril de pétrole arriver éventuellement à 70 dollars durant le premier semestre de 2017.

Un baril à 70 dollars est-il vraiment concevable durant le premier semestre 2017 ?

Oui, les prix peuvent remonter jusqu’à 70 dollars. Ce n’est pas exclu. En tout cas, il est quasi sûr que le prix remontera au niveau de 60 dollars si l’accord est respecté par tous les membres. La pire des choses qui puisse arriver est de voir certains pays tricher après l’accord. Après, tout va dépendre de l’économie mondiale, d’une éventuelle reprise, de la demande de pétrole et du fait que certains pays n’ont pas investi durant deux ans dans la recherche pétrolière qui va amener les producteurs non-Opep à une baisse de production.

Des pays membres de l’Opep peuvent-ils violer les termes de l’accord ?

Cela est déjà arrivé. On s’était déjà mis d’accord sur un quota et puis chacun triche un peu de son côté. C’est la pire des choses qui puisse arriver. Par ailleurs, il faut faire attention à une chose : le pétrole de schiste aux États-Unis. Il faut se prémunir devant une montée de la production américaine. D’autant plus que M. Trump, le président élu, avait dit qu’il allait favoriser les producteurs de pétrole et ouvrir les terres fédérales à la recherche pétrolière.

Est-ce que cet accord est une victoire d’Alger après les efforts consentis pour arriver à un consensus autour de la baisse de la production ?

Bien avant l’accord d’Alger, on sentait qu’il y avait une volonté de la part des membres de l’Opep d’essayer de trouver une solution pour remonter un peu les prix du pétrole. Je pense particulièrement à l’Arabie saoudite vu sa situation économique. Même si ce pays a été moins touché par la chute des prix que l’Algérie, le Venezuela ou le Nigeria.

L’Algérie a-t-elle évité une catastrophe ?

S’il n’y avait pas eu d’accord, on aurait pu voir revenir à un baril de pétrole autour des 40 dollars. Souvenez-vous que le prix était tombé jusqu’à 27 dollars en janvier. Donc pour nous, c’est une bonne nouvelle. Sauf qu’il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers, il faut continuer à évoluer en matière économique, tenir compte de la leçon, diminuer les importations, faire de l’économie de l’énergie, penser à la transition énergétique et voir comment développer les ressources renouvelables. En fait, il y a beaucoup de choses à faire.