En grève depuis deux mois, les étudiants en pharmacie s’inquiètent pour leur avenir

16:01  dimanche 8 janvier 2017 | Par Soumaya Maassoum | Actualité 
En plus de la pratique, les étudiants critiquent la qualité de l’enseignement théorique. Ils demandent de revoir la réforme des études en pharmacie entamée en 2011 et de créer de nouvelles spécialités en fonction de l’évolution de la pharmacie et du rôle du pharmacien. (Crédit photo : DR)

Depuis deux mois, les étudiants en pharmacie de toutes les universités sont en grève. Ils dénoncent l’insuffisance de postes de résidanat, le manque de nouvelles spécialités et la quasi-absence de stages dans les grands laboratoires.

« Après plusieurs tentatives de dialogue avec les ministères concernés (…) nous, étudiants en pharmacie des 10 départements que compte l’Algérie, sans exception, sommes en grève illimitée depuis le mois de novembre 2016 », affirme Meriem Imene Boumaza, étudiante en 4e année. « C’est notre réponse face à la situation précaire que vit notre spécialité de plus en plus marginalisée dans la santé publique », dénonce Imene Boumaza.

(Crédit photo : DR*)

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Manque d’opportunité de stage

Selon les étudiants, les postes de résidanat de spécialités biologiques sont « de plus en plus attribués à d’autres filières alors que le pharmacien est l’acteur de santé le mieux et le plus formé dans ce domaine ».

Les étudiants en grève demandent « l’instauration de règles de répartition de postes de résidanat ». Ils réclament « un cadre juridique régulant la coordination entre les universités et les acteurs industriels étatiques et privés concernant la formation pratique des étudiants en matière d’industrie pharmaceutique ». Ils revendiquent aussi l’ouverture de nouvelles voies de spécialisation en pharmacie clinique et plus de stages dans des structures hospitalières pilotes.

« Ces revendications sont tout à fait normales vu la situation actuelle. On ne peut pas développer le secteur pharmaceutique d’un pays sans former les ressources humaines nécessaires », explique Messaoud Belambri, président du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officines (Snapo). « Même dans les spécialités existantes au niveau des CHU, les postes sont extrêmement limités. On ouvre deux ou trois postes à l’échelle nationale pour un concours qui concerne des milliers de candidats » ajoute-t-il.

D’après M. Belambri, il faudrait « associer l’université, la recherche et l’industrie pharmaceutique pour former plus et assurer le développement du secteur. Les laboratoires multinationaux implantés en Algérie peuvent aussi former des gens, les possibilités existent mais les décisions ne sont toujours pas prises ».

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Le manque de spécialités limite le développement

En plus de la pratique, les étudiants critiquent la qualité de l’enseignement théorique. Ils demandent de « revoir la réforme des études en pharmacie entamée en 2011 et de créer de nouvelles spécialités en fonction de l’évolution de la pharmacie et du rôle du pharmacien, que ce soit pour la pharmacie hospitalière, industrielle et clinique ». Et là encore, ces réformes sont « nécessaires », selon Messaoud Belambri.

« Un pays ne peut pas se développer s’il n’ouvre pas suffisamment de postes en post-graduation et les voies de spécialisation », explique-t-il. « On parle de développer la production nationale mais à ce jour, il n’existe toujours pas de postes en post-graduation spécialisés en industrie pharmaceutique. C’est paradoxal et contradictoire » ajoute le président du Snapo.

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Inquiétudes pour l’avenir

Selon Messaoud Belambri, la pharmacie d’officine est saturée.« L’officinal ne peut pas constituer une solution pour l’offre d’emploi. La carte sanitaire nationale d’officines est saturée. La réglementation dit qu’il faut une pharmacie pour 5000 habitants. Nous sommes à une pharmacie pour 2300 habitants, surtout dans les grandes agglomérations et dans le cadre de l’application de la circulaire qui stipule qu’il faut ouvrir des officines malgré la saturation et le dépassement des normes », regrette-t-il.

« Nous comptons environ 1000 pharmaciens diplômés par année. On ne peut pas ouvrir 1000 pharmacies par an. Compter uniquement sur les officines est une clochardisation totale du métier », conclut-il.

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(*Les photos sont soumises aux droits de leurs auteurs)