Birmanie : les Rohingyas, la minorité la plus persécutée au monde

10:03  mercredi 11 janvier 2017 | Par Nacereddine Benkharef | Actualité 
Les Rohingyas, dont le nombre est estimé entre 800.000 et un million de personnes, sont considérés comme des étrangers, notamment après la promulgation d'une loi en 1982 leur retirant la nationalité. Cela leur interdit de facto l’accès au marché du travail, à l’éducation et aux soins. (Crédit photo : DR)

En Birmanie, un pays d’Asie du Sud-Est à majorité bouddhiste, la tragédie des Rohingyas continue. Selon l’ONU, 65.000 membres de cette communauté minoritaire de confession musulmane ont fui le pays vers le Bangladesh voisin durant les trois derniers mois.

Un exode de masse

Rien que la semaine passée, près de 22.000 personnes de cette communauté ont trouvé refuge au Bangladesh en raison des exactions commises sur elles suite à une vaste offensive lancée par l’armée birmane dans l’État Rakhine, situé sur la côte occidentale du pays et où se concentre cette communauté, depuis le mois d’octobre 2016, toujours d’après les chiffres de l’ONU rapportés par LExpress.

Pour justifier son offensive d’envergure, l’armée birmane parle d’attaques meurtrières commises par des rebelles contre des postes-frontières. Cependant, la persécution des Rohingyas ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte dans l’histoire.

La minorité la plus persécutée au monde

En effet, depuis l’indépendance de la Birmanie en 1948, les Rohingyas ne cessent de subir toutes sortes de discrimination. Malgré une présence séculaire de la communauté en Birmanie, elle demeure apatride, selon Le Monde. Comprendre : les Rohingyas, dont le nombre est estimé entre 800.000 et un million de personnes, sont considérés comme des étrangers, notamment après la promulgation d’une loi en 1982 leur retirant la nationalité. Cela leur interdit de facto l’accès au marché du travail, à l’éducation et aux soins.

Depuis 2012, cette discrimination s’est transformée en « nettoyage ethnique » après l’accusation d’un Rohingya de viol sur une Birmane, d’après Le Figaro. Une série d’exactions encouragées par des moines bouddhistes s’ensuivra. Le tout sous le regard silencieux du gouvernement. Pire : selon Human Right Watch (HRW), ce « crime contre l’humanité » a été favorisé par le régime.

Un « nettoyage ethnique », selon l’ONU

Pour sa part, l’ONU a accusé, au mois de novembre 2016, la Birmanie de « nettoyage ethnique », considérant cette minorité comme la plus persécutée au monde.

À ce titre, l’envoyée spéciale onusienne pour la Birmanie, Yanghee Lee, a entamé récemment une visite de 12 jours dans ce pays pour enquêter sur les exactions de l’armée Birmane. De son côté, le gouvernement nie en bloc ces exactions, parlant d’ « accusations », dans un rapport intérimaire cité par Le Monde.

L’image émouvante d’un bébé mort noyé

Arrivés au Bangladesh, des réfugiés ont décrit l’horreur vécue : meurtres, viols collectifs, tortures… À l’instar des réfugiés syriens et autres migrants fuyant la guerre dans leur pays, les Rohingyas prennent le fleuve Naf, qui sert de frontière naturelle avec le Bangladesh, pour tenter de fuir les persécutions subies. Un voyage parsemé de danger. En témoigne la photo d’un bébé de seize mois mort noyé, gisant dans la boue. Une image qui rappelle celle d’un enfant syrien, Aylan Kurdi, mort en méditerranée.

L’appel d’un groupe de lauréats du Prix Nobel

Début 2017, un groupe composé d’une douzaine de lauréats du prix Nobel a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies d’intervenir pour mettre fin à cette « tragédie humaine ».  Outre cette demande, le groupe a critiqué la passivité de la présidente birmane, Aung San Suu Kyi, elle-même lauréate du Nobel de la Paix.

Silencieuse face à ces crimes, la présidente birmane a déclaré qu’il ne s’agit pas du « seul problème » auquel son pays « a à faire face », selon RTBF.