France

Colonisation : Emmanuel Macron lâche une bombe

11:42  jeudi 16 février 2017 | Par Sarah Belhadi | Actualité 
(CRÉDITS : DR)

C’est l’une des plus grosses surprises de la campagne électorale française. En marge de son déplacement à Alger, le candidat à la présidentielle a accordé une interview à la chaîne Echorouk News, diffusée mardi 14 février, dans laquelle il qualifie la colonisation de « crime contre l’humanité ».

« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes », a-t-il expliqué tout en affirmant ne pas vouloir « balayer tout ce passé ».

En octobre 2016, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire Le Point, il donnait toutefois un tout autre point de vue, beaucoup plus nuancé : « Alors oui… En Algérie il y a eu la torture mais aussi l’émergence d’un État, de richesses, de classes moyennes, c’est la réalité de la colonisation. Il y a eu des éléments de civilisation et des éléments de barbarie ».

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Fin janvier, le candidat à la présidentielle française, déplorant une lecture déformée de ces propos, s’était excusé de cette formulation dans une interview sur France Culture. Il avait alors reconnu que « la colonisation est une barbarie, la colonisation est une faute historique ». Il s’est de nouveau expliqué sur Echourouk News : « Je ne parlais pas que de l’Algérie. Il ne faut absolument pas lire mes propos comme des éléments qui nient le fait de la colonisation et sa barbarie. Si certains les ont lus comme tels, je m’en excuse auprès d’eux ».

Tollé à droite et à l’extrême-droite 

Mais avec cette nouvelle déclaration, Macron remet sur la table le sujet délicat de la colonisation dans la campagne présidentielle. Pour certains, c’est une occasion en or de détourner l’attention. En meeting à Compiègne mercredi soir, François Fillon, plombé par cette affaire d’emplois fictifs supposés, a fustigé ces déclarations.

« Cette détestation de notre histoire, cette repentance permanente est indigne d’un candidat à la présidence de la République. Il y a quelques temps, M. Macron trouvait des aspects positifs à la colonisation. Ça veut dire qu’Emmanuel Macron n’a aucune colonne vertébrale. Il dit simplement ce que ceux qui l’écoutent veulent entendre ».

Jeudi matin, Gérard Longuet, ancien ministre de la Défense de Sarkozy et soutien de François Fillon, a publié une tribune dans le Huffington Post dans laquelle il n’hésite pas à jouer la surenchère : « Déclarer que la colonisation est un crime contre l’humanité c’est mépriser les Algériens et les Français qui en 130 ans ont construit les bases d’une nation nouvelle ».

Le Front National s’est aussi empressé de commenter l’information. « Macron, le candidat des élites, des banques, des médias et… de la repentance », a fustigé sur son compte Twitter, la députée FN Marion Marechal Le Pen, nièce de Marine Le Pen.

Invité de LCI ce jeudi matin, le vice-président du Front national Florian Philippot a jugé les propos du candidat « extrêmement choquants », estimant qu’Emmanuel Macron « dit ce qu’une salle veut entendre ».

À deux mois des élections, il faut capter de nouvelles voix 

Au-delà de l’agitation des politiques, chaque camp cherche en réalité à capter des voix. La France compte plus d’un million de binationaux sur son territoire. À ceux-là, il faut ajouter le panel -très varié – de Français qui entretiennent des liens avec le pays : rapatriés, Harkis, leurs descendants ou simplement tous ceux qui revendiquent une ascendance pied-noir. Soit plusieurs millions de personnes.

Hier soir, Emmanuel Macron a souhaité mettre un terme à la polémique. Sur son compte Twitter, il dit vouloir « réconcilier nos mémoires ». Toutefois, le candidat sait qu’il doit à tout prix élargir son socle électoral.

En considérant la colonisation comme un crime contre l’humanité, il capte potentiellement un électorat issu de l’immigration. Dans le même temps, ses propos sont une occasion rêvée pour la droite et le FN : avec une telle déclaration, Macron a sans doute perdu toutes ses chances d’avoir l’adhésion des rapatriés d’Algérie ou de leurs descendants.

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