Déclarations de Macron sur la colonisation : les réactions en Algérie

17:09  jeudi 16 février 2017 | Par Hadjer Guenanfa et Fayçal Metaoui | Actualité 
Emmanuel Macron, ancien ministre de l’Économie et des Finances et candidat à l’élection présidentielle d’avril 2017. (CRÉDITS : REUTERS ©)

Les déclarations du candidat à l’élection présidentielle française Emmanuel Macron qualifiant le colonialisme de « crimes contre l’humanité » et de « vraie barbarie » suscitent plusieurs réactions en Algérie.

L’historien Fouad Soufi a qualifié de courageux les propos de l’homme politique français « surtout qu’il cherche à séduire l’électorat de droite ». Il a rappelé que l’épouse de Macron est une professeur d’Histoire. « Donc, il n’est pas un novice. Macron a mis le pied dans le plat dans le ronron qui l’entoure. La gauche de la gauche le dit depuis longtemps mais la gauche tranquille ne le dit pas. C’est la première fois qu’on parle de crime contre l’humanité. Le candidat met les Français face à leur Histoire pour dire : c’est cela la colonisation », a-t-il estimé.  

    | LIRE AUSSI  : Macron : « La France a importé la déclaration universelle des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire »

Lakhdar Benkhelaf, président du groupe parlementaire de Al Adala, a rappelé, pour sa part, que son parti a présenté en 2006 une loi pour criminaliser les faits coloniaux. « Malheureusement, le texte a été bloqué par les députés de la majorité FLN. Nous avons compris qu’il s’agissait du parti FLN, pas du Front qui a libéré le pays de l’occupation française, déplore-t-il. Malgré cela, la criminalisation du colonialisme demeure une revendication populaire et parlementaire ».

    | LIRE AUSSI  : Le FLN exige des « excuses » de la France pour les crimes coloniaux

M. Benkhelaf appelle l’État français à reconnaître les crimes coloniaux. « Oui, les faits coloniaux sont des crimes contre l’humanité. Il n’y a qu’à citer les essais nucléaires français dans le sud algérien (entre 1960 et 1966). L’État français doit reconnaître les crimes du colonialisme et présenter ses excuses aux Algériens », soutient Lakhdar Benkhelaf.

    | LIRE AUSSI : Colonisation : Emmanuel Macron lâche une bombe

Tayeb El Houari de l’Organisation des enfants de Chouhada partage le même avis. « La France officielle doit d’abord reconnaître ses crimes, s’excuser et réparer. Nous n’avons pas cessé de le dire. Pour nous, il s’agit bel et bien de crimes contre l’humanité. Les déclarations de Macron confortent nos positions. Il s’agit donc d’une reconnaissance. Il faut continuer à fournir des efforts », conseille-t-il, évoquant aussi les tests atomiques de Reggane et de In Ecker.

L’État algérien doit, selon lui, se constituer partie civile. « Une loi criminalisant le colonialisme ne doit pas être proposée par une personne, un parti ou une association. Il faut que ce soit une loi de la République algérienne », insiste Tayeb El Houari. Pour lui, la construction de l’avenir avec la France passe d’abord par la reconnaissance des crimes coloniaux et les réparations.

Moussa Touati, président du Front national algérien (FNA), reste prudent.  « Il n’est que candidat et veut attirer l’électorat français d’origine algérienne et obtenir un soutien matériel de l’État algérien pour sa campagne. Il est en quête de voix, pense M. Touati. Il ne s’agit donc pas d’une déclaration officielle de l’État français. On verra ce qu’il fera s’il sera élu président.

    | LIRE AUSSI : France : Emmanuel Macron évoque des effets positifs de la colonisation de l’Algérie

Pour Seddik Chihab, porte-parole du RND, les déclarations d’Emmanuel Macron constituent « une avancée sur le plan de la mémoire » qui témoigne du « courage politique » du fondateur du mouvement « En Marche ». « Nous espérons que la France officielle empruntera cette voie qui est une voie de l’avenir, une voie conciliatrice pour voir l’avenir sereinement dégagé de toutes ces pesanteurs historiques qui constituent un frein majeur pour le développement des relations apaisées et constructives », applaudit le porte-parole du parti d’Ahmed Ouyahia.

Même son de cloche au MSP. « On espère que ces déclarations se transforment en programme (politique) notamment pour indemniser les Algériens qui ont été victimes du colonialisme dans le cadre de l’affaire des essais nucléaires à Reggane ou tout au long de la colonisation », demande Farouk Tifour, chargé des affaires politiques du parti. « C’est une reconnaissance historique qui vient dans le cadre d’une campagne électorale visant notamment à convaincre la communauté musulmane algérienne en France. On espère que les discours électoraux se transforment en véritables programmes », ajoute-t-il.

Le chargé de communication de Talaï El Hourriyat de Ali Benflis évoque des déclarations qui vont dans le sens des « revendications » de son parti. « Nous avons toujours demandé à la France de présenter ses excuses par rapport aux actes de barbarie qui ont été commis contre le peuple algérien. C’est ce que revendique le peuple algérien depuis l’indépendance », précise-t-il.

Pour le FFS,  les crimes commis par le colonialisme sont des « crimes contre l’humanité ». « Comment ne pas considérer les massacres du 8 mai 1945, les exactions contre des populations isolées et sans défense pendant la Révolution, les massacres à grande échelle commis au début de la colonisation comme crimes contre l’humanité ? », a déclaré Hassen Ferli, responsable de la communication au parti. « Nous ne pouvons qu’être d’accord avec la qualification que donne le candidat à la présidentielle française Emmanuel Macron. Ce qui est aussi une avancée réelle dans la perception qu’a la classe politique française par rapport au colonialisme, de surcroît lorsqu’il s’agit d’un candidat à la présidentielle », a-t-il ajouté.