Colonialisme et repentance : pourquoi il faut remercier Macron

15:24  vendredi 17 février 2017 | Par M​ohamed Benchicou​ | Actualité 
(DR)

C’est fait ! La France, quoi qu’on dise, est enfin débarrassée de ce vieil abcès douloureux qu’aucun responsable politique n’avait osé crever. Au fil du temps, en dépit des cataplasmes et des – habiles – manœuvres de diversions, il  n’avait fait que gangrener chaque jour un peu plus. En qualifiant le colonialisme de crime contre l’humanité, Emmanuel Macron a d’abord rendu sa mémoire à son peuple, la parole à ses dirigeants et son prestige à son pays, la France, sa patrie, celle de Zola, d’Aragon et de Curie, et qu’on tient en trop grande estime pour supporter de la voir asservie à ses fantômes honteux. Dans cette affaire, il n’y a pas de gagnant et de perdant, de méchant et de brave, comme on serait tenté de le caricaturer. Il y a juste un passé, un vécu partagé, une époque, une expérience historique qu’il faudra assumer, expliquer à nos enfants sans rien oublier, sans rien ajouter, et sans diaboliser personne parmi les millions d’hommes et de femmes qui ont construit ce passé commun et qui font partie, désormais, de notre mémoire et de notre histoire.

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Peut-être fallait-il un homme nouveau,  délié du devoir de tergiversations pour venir au secours de cette France figée dans le refus de regarder en face tout passé qui malmènerait le présent. Désormais, plus besoin de chercher ses mots pour dire ce que l’époque exige d’entendre. Macron a libéré les officiels français du devoir de baragouinage.

Cette avancée dans la quête historique n’est la défaite de personne et le triomphe de tous. Seuls les appareils qui se nourrissaient des controverses savamment entretenues perdent dans l’affaire. Le régime algérien en tête. Voilà bien longtemps que la souveraineté, la repentance, l’indépendance ou la mémoire sont, pour lui, de simples mots dans un jeu de Scrabble, rien que des mots, des paroles, des gazouillis qui ne relèvent plus du différend historique mais du cabotinage conjugal, cette pratique un peu malsaine qui consiste à rappeler au conjoint un antécédent fâcheux chaque fois qu’on éprouve le besoin de lui extorquer une nouvelle déclaration d’amour. 

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Selon les moments et les réponses qu’il souhaite recevoir de l’État  français, le pouvoir algérien activait ou désactivait la revendication de repentance. La vérité historique passait après les jeux de cour. Du reste, le passé a été privatisé par les officines du régime. Elles se sont arrogé le droit de dire ce qu’il est bon de savoir dans l’histoire et ce qu’il est superflu, voire « nocif », de connaître. Nos dirigeants régentent la mémoire comme d’une boutique d’apothicaire. Tout de ce qui pourrait rappeler leurs parjures, les serments trahis, est banni.

Aussi, pour nous, Algériens, c’est une grande leçon de démocratie et de liberté, en même temps qu’une immense opportunité, que vient de nous donner la génération Macron. Un Macron qui porterait les idées des nouvelles générations, est encore inimaginable dans notre pays où le pouvoir est confisqué par des vieillards, avec l’aide de tous ces  écuyers qui rivalisent d’obséquiosité.  Rassurons nous : aucun de ces simulacres ne résistera au temps ni à la vérité. La vérité, bien entendu, reste à construire, comme tout le reste. Gardons cependant à l’esprit que le privilège du mensonge est de toujours vaincre celui qui prétend se servir de lui. Que la France reconnaisse le crime colonial ne suffira pas. Il faudra, tôt ou tard, ouvrir le dossier des crimes post-coloniaux et poser la question aux hommes qui ont pris, chez nous, le relais des autorités coloniales : et vous, qui vous pardonnera ?

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Mohamed Benchicou

Mohamed Benchicou est chroniqueur sur TSA-Algerie