Sahara occidental – Maroc : Christopher Ross jette l’éponge

12:47  dimanche 5 mars 2017 | Par Ignacio Cembrero | Actualité 
Christopher Ross

Christopher Ross jette l’éponge. Il ne veut plus continuer à jouer le médiateur dans le conflit du Sahara occidental entre deux adversaires, le Maroc et le Front Polisario, qui ne négocient plus depuis cinq ans.

Le mandat de Ross, 74 ans, de nationalité américaine, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, expire fin mars mais il a d’ores et déjà communiqué à Antonio Guterres qu’il ne souhaite pas le renouveler, selon des sources diplomatiques à New York. Il n’était pas cependant certain que le nouveau « patron » de l’ONU l’aurait gardé à son poste.

Un remplaçant avant fin avril

Celui-ci s’est d’ailleurs mis à chercher un remplaçant à Ross qui devrait prendre ses fonctions avant que, fin avril, le Conseil de Sécurité de l’ONU ne se penche à nouveau sur le dossier du Sahara occidental. La diplomatie marocaine a laissé entendre qu’elle préférerait que le nouvel envoyé spécial ne soit pas américain. Les diplomates qui possèdent cette nationalité jouissent de l’appui du Département d’État et, pour Rabat, il est plus difficile de résister à leurs initiatives.

Ross ne travaille déjà plus à l’ONU à New York, et il a informé sa petite équipe de sa décision. Il ne cache pas en privé que c’est le blocage du processus de paix par le Maroc qui l’incite à renoncer à sa tâche, même s’il n’épargne pas non plus le Polisario dans les critiques qu’il formule.

Il est ainsi le deuxième envoyé spécial du secrétaire général, après James Baker en 2004, lui aussi américain, dont les autorités marocaines réussissent à se débarrasser. À l’époque, le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaissa, avait expliqué que la démission de Baker, ancien secrétaire d’État, était « le résultat de la ténacité de la diplomatie marocaine ».

Le Polisario peut lui, de son côté, mettre à son actif la démission du diplomate néerlandais Peter van Walsum, en septembre 2008. Il considérait que l’indépendance du Sahara occidental n’était pas viable et que les deux parties devaient négocier sur l’offre d’autonomie faite par le Maroc un an auparavant.

Le Coréen Ban Ki-moon, alors secrétaire général, choisit alors Ross pour le remplacer en septembre 2008, mais sa carrière comme envoyé spécial pour le Sahara occidental fut semée d’embûches avant même sa nomination formelle. Les autorités marocaines ne l’aimaient pas d’entrée de jeu car il avait été ambassadeur des États-Unis en Algérie. Elles le soupçonnaient de sympathiser avec les thèses algériennes sur le conflit.

Rejet marocain

Au bout de quatre mois, en janvier 2009, elles finirent cependant par donner leur feu vert à sa nomination mais elles ne tardèrent pas à lui compliquer la tâche. À cause de son supposé « parti pris », Rabat le désavoua même publiquement en 2012 et demanda déjà son remplacement. Ban Ki-moon s’impliqua alors personnellement et réussit à faire revenir le roi Mohamed VI sur sa décision.

Dans leur rejet de Ross, les autorités marocaines obtinrent l’appui de leurs alliés européens. « Cela serait une bonne chose qu’il avance plus vite dans ce dossier et qu’il se concentre sur les sujets essentiels au lieu de se perdre en abordant des sujets accessoires », déclara par exemple, en juin 2012 à Rabat, José Manuel García-Margallo, alors ministre espagnol des Affaires étrangères.

La ré-acceptation de Ross par le Maroc ne signifia pas, cependant, que Rabat allait lui faciliter la tâche. Depuis les réunions de Manhasset, dans la banlieue de New York, en mars 2012, il se refuse à dialoguer avec les indépendantistes sahraouis. Salaheddine Mezzouar, ministre des Affaires étrangères marocain, a même déclaré, en novembre 2015, que Ross était interdit de visite au Sahara occidental, le territoire sur lequel il devait travailler.

Aux déclarations publiques s’ajoutent les disqualifications, voire même les insultes, que les responsables marocains ont proférées en privé sur Ross. Quand il était ambassadeur du Maroc à l’ONU à Genève, avant de le devenir à New York, Omar Hilale a décrit l’envoyé spécial comme un « vieil alcoolique » incapable de mettre son manteau tout seul tellement il était soul.

Dans l’un des nombreux télégrammes dévoilés à l’automne 2014, dans le cadre d’une sorte de Wikileaks marocain, Hilale préconisait « d’isoler Ross, l’affaiblir et le pousser dans ses derniers retranchements au sujet de son agenda caché sur le Sahara ». Son « agenda caché » consistait à répéter en privé, comme il l’a fait par exemple à Madrid, lors d’une réunion avec des académiciens, que l’indépendance n’était plus à la portée des sahraouis, mais que le Maroc ne voulait plus rien négocier.