Vie de décideurs. Kamel Moula, DG des Laboratoires Venus

10:41  jeudi 9 mars 2017 | Par Amina Boumazza & Ali Idir | Actualité 
Kamel Moula (Crédits : TSA Algérie ©)

Grand sourire, costume impeccable, coupe de cheveux moderne, Kamel Moula se fait remarquer par son jeune âge – 40 ans – mais aussi son dynamisme étonnant.

Depuis qu’il a pris la tête du Club des entrepreneurs et industriels de la Mitidja (Ceimi) en 2015, le patron de Venus est devenu le VRP des patrons de la Mitidja.

Il est partout et veut défendre tout le monde. Mais derrière son masque de patron parfait, on perçoit une crainte. Celle de ne pas faire assez et surtout pas à temps.  Il le dit lui-même :  « Il y a crise, il faut agir et vite ». « Le temps est notre plus grand ennemi aujourd’hui », dit-il.

Symbole du made in algeria

L’homme a fait ses preuves. Avec son père Mourad qui a fondé la marqué en 1981, ils ont fait de la marque Venus le leader du secteur des cosmétiques en Algérie. L’entreprise, qui comptait dix salariés au démarrage, emploie désormais plus de 500 personnes.

Mourad Moula est toujours le PDG mais la relève est symbolisée par Kamel, son fils, devenu directeur général en 2006. Bon communiquant, issu d’un parcours de finances, le fils Moula gère la vitrine de la société. Il connaît l’entreprise par cœur, il y a obtenu ses galons, notamment lorsqu’il était responsable commercial avant d’accéder au poste de Directeur Général.

Depuis, il tente de moderniser l’entreprise familiale, notamment en misant sur les nouveautés cosmétiques. « On s’approvisionne chez les mêmes fournisseurs que les grandes marques mondiales de cosmétiques. Nos intrants sont les mêmes. En fin de compte, ce qui change, c’est la marque car le produit est identique », insiste Kamel Moula pour souligner la bonne qualité de ses produits. « Le consommateur algérien se rend compte qu’il ne sert à rien de payer plus cher pour le même produit et il fait plus attention à la qualité », affirme-t-il.

Le patron se vante de puiser dans le talent algérien, mais aussi de produire et consommer algérien. « Je préfère investir en Algérie. Pour l’étranger, nous avons besoin d’installer des bureaux de liaison pour exporter. » L’entreprise n’arrête pas de se développer et d’investir pour grossir, gagner de nouvelles parts de marché et exporter. La société propose aujourd’hui une gamme variée de produits (cosmétiques, shampoings, gel douche, etc). « Chaque année, les bénéficies sont réinvestis dans le développement de Venus », affirme Kamel Moula.

Parmi les derniers projets concrétisés, une unité spécialisée dans l’emballage. Ainsi, Venus Unité Emballage confectionne le packaging des produits. La marque s’implique aussi dans la formation dans les métiers liés aux cosmétiques ; en partenariat avec l’université de Blida. Ainsi, une licence d’ingénieur-chimie avec option cosmétologie, a été lancée. « C’est la seule spécialité du genre de tout le Maghreb »,  se vante Kamel Moula.

« Il faut absolument miser sur le marché africain »

Il y a 7 ans, les Laboratoires Venus ont même commencé à exporter leurs produits notamment vers les pays du Maghreb, mais aussi en France, au Niger, en Syrie, aux Seychelles ou encore à Madagascar. Le temps de l’apprentissage terminé, désormais, Kamel Moula voit grand à l’international où il ambitionne de réaliser 8 à9% de son chiffre d’affaires contre 3% en 2016.

Il cible l’Afrique, « le marché de demain », prédit-il. « L’Europe ne nous intéresse pas. C’est un marché saturé », tranche-t-il. « Il faut absolument miser sur l’Afrique », insiste-t-il.

Pour pénétrer le marché africain, les Laboratoires Venus ont investi dans la R&D, pour adapter la gamme de leurs produits aux besoins des consommateurs africains. Venus a défini sa stratégie pour partir à la conquête de l’Afrique. « Nous allons développer de nouveaux produits, de nouvelles marques, chaque pays est différent, les besoins des consommateurs ne sont pas toujours les mêmes », affirme-t-il.

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L’éternel optimiste 

« C’est dans les moments difficiles que l’on se forge », telle est sa devise. Le patron des patrons de la Mitidja refuse de s’avouer vaincu alors que l’Algérie fait face à une crise économique en raison de la chute des prix du pétrole. Cette crise économique, il la voit comme le défi du siècle. Surtout, il n’a pas le droit de se montrer défaitiste depuis qu’il est devenu le président du Club des entrepreneurs et industriels de la Mitidja (Ceimi).

« La baisse des prix du pétrole va peut-être permettre à l’Algérie de prendre un nouveau départ et à notre gouvernement de mieux gérer certains domaines. Cela peut être bénéfique, l’industrie peut se redéployer. L’État est obligé d’être plus attentif, de baisser les importations, donc d’aider les entreprises algériennes à se développer. L’effondrement du pétrole, nous l’avons déjà vécu, cette situation nous aurions pu la préparer mais ce n’est jamais trop tard », expliquait-il à TSA, l’année dernière.

Aujourd’hui encore, alors que l’Algérie craint le pire, Kamel Moula tente de faire bonne figure. « Par exemple, la dévaluation du dinar a permis aux patrons de mieux gérer leurs dépenses », positive-t-il.

Il n’est pas du genre à faire de la politique, il se concentre sur son activité. Il a sa méthode pour poser les problèmes des entreprises, se faire entendre. Comme sur l’octroi des licences d’importation qui ont mis de nombreux importateurs sur la paille. « Les licences d’importation pour des chariots élévateurs ou des véhicules utilitaires c’est une aberration, sur des véhicules de tourisme, je comprends ». Pour lui, l’Algérie aurait dû prendre des mesures avant l’éclatement de la crise pétrolière. « On aurait dû prendre ces mesures-là il y a une quinzaine d’années. Quand il y a le feu, on risque de prendre des décisions pas réfléchies. Notre patronat a prévenu, nous l’avons crié. Il faut privilégier l’entrepreneuriat. Bon, mieux vaut tard que jamais. »

DOMAINE D’ACTIVITÉ :

Cosmétologie

ÉTUDES :

diplômé en finances

ACTIVITÉ PRÉCÉDENTE :

Responsable du service commercial au sein de Venus Laboratoires Sapeco

SES GRANDES DATES :

2006 : il devient Directeur Général des Laboratoires Venus Sapeco

2011 : prix d’Encouragement pour export pour les Laboratoires Venus Sapeco

2012 : Prix de l’Innovation (attribué par le ministère de l’Industrie pour le lancement de la crème dépigmentante) pour les Laboratoires Venus Sapeco)

mai 2014 : Kamel Moula prend la tête du CEIMI

2015 : prix algérien de la qualité décerné par le ministre de l’Industrie et des Mines.

CITATION :

« C’est dans les moments difficiles que l’on se forge »