DÉCRYPTAGE - INFOGRAPHIE

L’Algérie peut-elle vraiment exporter son excédent de ciment ?

10:02  lundi 20 mars 2017 | Par Zahra Rahmouni | Actualité 
Lors de la Tripartite, organisée à Annaba le 6 mars courant, le premier ministre, Abdelmalek Sellal s’était alarmé sur le nombre de cimenteries et de minoteries en Algérie. Abdeslam Bouchouareb avait répliqué le 12 mars en déclarant que l’Algérie a atteint le niveau d’autosuffisance en ciment.

L’Algérie devrait atteindre, en 2017, une autosuffisance en termes de production de ciment et dégagerait, dès cette année, des excédents par rapport aux besoins nationaux, selon le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb. Il les évalue à 10 millions de tonnes à l’horizon 2020-2021. « C’est énorme », a-t-il lui-même reconnu.

Parmi les pistes évoquées pour l’utilisation du surplus de production figure l’exportation. Mais cette option est-elle réaliste ? Quelle est la situation du marché mondial et chez nos voisins ? Éléments de réponses.

La Chine premier producteur mondial

La production mondiale de ciment a connu une croissance de 6,9% entre 2010 et 2015, avec 4,6 milliards de tonnes produites en 2015, indique la dernière étude de Cembureau, l’Association européenne du ciment.

Basée à Bruxelles, cette organisation rappelle que la Chine est toujours le premier producteur et consommateur de ciment suivie par plusieurs pays émergents qui se trouvent dans le haut du classement des plus gros producteurs. Le Brésil produisait jusqu’à 73 millions de tonnes de ciment en 2015, la Russie 69 millions de tonnes et l’Afrique du Sud près de 14 millions de tonnes.

Les marchés émergents, moteur de la croissance

Les études font état d’une croissance de l’industrie du ciment estimée à 9% d’ici 2020. Alors que dans les pays développés, le taux de croissance connait une baisse depuis plusieurs années, cette tendance est inversée dans les marchés émergents où l’industrie du ciment est portée par le secteur de la construction.

En Algérie, les programmes publics de logement vont être stoppés et la demande interne en ciment devrait diminuer. Pour écouler le surplus de production, estimé à 10 millions de tonnes en 2020-2021, le gouvernement veut se tourner vers les marchés étrangers.

Sur ce point, il faut noter que la majorité du ciment consommé dans le monde est produit dans le pays de construction. La Chine et l’Inde sont donc les premiers consommateurs de ce produit tout en étant les deux premiers producteurs mondiaux. En Chine, une grande partie de la production est d’ailleurs assurée par un grand groupe national, la China National Building Material.

Les États du Maghreb veulent eux aussi exporter

Au Maghreb, les niveaux de productions sont conséquents : près de 11 millions de tonnes en 2015 en Tunisie et une nouvelle usine, d’une capacité de production d’un million de tonne, qui devrait être opérationnelle d’ici 2018.

Au Maroc, la consommation interne est en baisse. Avec environ 21 millions de tonnes de ciment produits par an, dont 7 millions d’excédents, « le marché national ne peut aujourd’hui absorber que la moitié de ce que peuvent produire les cimentiers », indiquait en janvier 2017 le journal  Aujourd’hui.ma. 

Les industriels se sont d’ailleurs tournés vers l’export depuis quelques années, ajoute cette source qui précise que le groupe LafargeHolcim Maroc est très présent en Afrique de l’Ouest, en « dédiant même une filiale à son développement sur le continent ».

En Égypte, les capacités de production de ciment sont passées de « 50 millions de tonnes en 2010 à 70 millions de tonnes en 2015 », indique une étude de la banque HSBC, publiée en 2016.

Bien que les besoins réels soient encore inférieurs à ces chiffres, la demande pourrait bientôt augmenter puisque le secteur de la construction connait une forte croissance, prédisent les autorités égyptiennes, citées par cette même source. Néanmoins, l’industrie égyptienne du ciment pourrait connaitre des difficultés à atteindre sa pleine capacité de production « en raison des pénuries d’approvisionnement en énergie ».

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Zahra Rahmouni

Journaliste à TSA-Algérie, en transit, ici et là, au gré de perpétuelles pérégrinations