Le Venezuela secoué par « la guerre du pain »

09:41  lundi 20 mars 2017 | Par Nacereddine Benkharef | Actualité 

Le sordide feuilleton vénézuélien ne finit pas. Ce grand pays pétrolier, considéré autrefois comme la 5e puissance d’Amérique latine, s’enfonce de jour en jour dans une crise sans précédent. Comme l’Algérie, ce pays a mené un train de vie dispendieux au détriment d’une vraie diversification de son économie, notamment durant les années d’opulence marquée par l’augmentation des prix du brut (95% des recettes en devise du Venezuela).

Les boulangers dans le collimateur

Mais, le contre-choc pétrolier de 2014 est arrivé brusquement et depuis, le Venezuela n’a plus les moyens de sa « politique sociale trop généreuse » au point où les autorités, après une série de mesures infructueuses pour faire face aux pénuries qui s’étendent davantage, se sont résolues à mener « une guerre contre les boulangers ».

À Caracas, des inspecteurs, appuyés par des miliciens, font le tour dans plus les 700 boulangeries de la capitale pour surveiller ce qui sort des fours, selon Al Jazeera. Pour cause : le gouvernement vénézuélien, qui  monopolise les importations des produits alimentaires, veut que 90% de la farine subventionnée qu’il vend aux boulangeries soit utilisées exclusivement pour la production de pain et non pour faire des brioches ou des gâteaux, d’après le journal belge La Libre.

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Pour le gouvernement, la pénurie de pain est le fruit de la spéculation des boulangers. Il crie donc au complot.  Les autorités vénézuéliennes sont allées jusqu’à exproprier certaines boulangeries. C’est le cas d’ailleurs à Caracas où deux établissements, accusés de ne pas respecter la nomenclature des prix fixés par le gouvernement, ont été expropriés, selon le journal local Carabobeno.

« Ils (les boulangers) vont le payer.  Je vous le jure ! Les responsables de la guerre du pain vont le payer. Et aprè,s ils ne diront pas que c’est une persécution politique », a juré le président vénézuélien, Nicolas Maduro, cité par Carabobeno.

Mais pour la fédération du secteur (Fevipan), les quantités de blé distribuées par les autorités sont insuffisantes. Le gouvernement distribue 30.000 tonnes de blé pour les 8.000 boulangeries du pays alors que leurs besoins sont de 120.000 tonnes de blé par mois, selon la même source.

Un pays ruiné

Et le pain n’est pas le seul produit qui manque à l’appel. En effet, depuis la chute des prix du brut et l’installation de la crise dans la République bolivarienne, le quotidien des Vénézuéliens est tout simplement devenu « un enfer ». En décembre dernier, le gouvernement avait décidé de remplacer les billets de 100 bolivars (monnaie vénézuélienne) par des pièces de la même valeur. Sauf que ces dernières ne sont pas arrivées à temps et les banques n’ont pas été renflouées.

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Du coup, des manifestations et des scènes de pillage ont ébranlé le pays. Encore une fois, le président Maduro a pointé du doigt « un sabotage international » pour justifier les raisons de ce retard.

D’après les prévisions du FMI, l’inflation record que connait le Venezuela devait atteindre 1.660% fin 2017. Quant aux pénuries, elles touchent 68% des produits de base, selon La Libre.

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