La DGSN renforce ses moyens héliportés: Dix nouveaux hélicoptères ultrasophistiqués pour la police

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Vous avez failli être refoulée dès votre arrivée à l'Aéroport international d'Alger. Vous l'avez déjà été en 2009 quand la Tunisie était toujours sous le régime de Ben Ali. Comment expliquez‑vous cela, plus d'un an après sa chute ?
 
J'ai éprouvé une grande frustration et une grande colère. Je voulais redécouvrir l'Algérie après la révolution [tunisienne, NDLR]. J'avais l'espoir et le désir de revoir avec mes amis algériens et renouer avec eux. Comme en 2009, j'ai demandé les raisons ayant motivé cette décision de refoulement. Personne n'a été capable de me donner une réponse. Avec le temps, j'ai appris par mes amis algériens que j'étais sur une liste noire de défenseurs des droits humains tunisiens interdits d'accès en Algérie, établie à la demande de Ben Ali.
 
Au début, j'ai attribué cela à la bureaucratie [algérienne, NDLR] qui n'a pas réactualisé ses fichiers et qui n'a pas intégré que la Tunisie a changé depuis un an, que le dictateur qui était à l'origine de cette liste avait disparu. Mais sur cette liste, figurait aussi le nom de notre président, Moncef Marzouki, qui a été retiré à l'occasion de sa visite officielle. Le mien est resté. J'ai en conséquence compris que ce n'est pas simplement une question liée à la bureaucratie. Il y avait des résidus des nostalgiques de l'ancien régime…
 
 
Vous avez finalement été autorisée à entrer en Algérie...
 
Oui ! Par chance, il n'y avait pas de vol vers Tunis ce vendredi à partir d'Alger et il fallait prendre le vol du lendemain pour rentrer. On a donc mis à profit ce temps pour contacter les amis militants et journalistes algériens. Ils se sont tous mobilisés ! Je voudrais d'ailleurs profiter de cette occasion pour leur rendre hommage. Cette solidarité me va droit au cœur. Et puis, l'ambassade de Tunisie s'est mobilisée pour la première fois pour moi. J'avais auparavant avec elle des relations d'adversité et d'hostilité. Elle s'est comportée cette fois en véritable représentation diplomatique venant en aide à un citoyen sous le coup d'une mesure arbitraire. Ils se sont déplacés et ont été autorisés à me voir.  En fin d'après‑midi, vers 18 h 30 je pense, un officier est venu me dire que j'étais autorisée à entrer. J'étais très heureuse. Je considère que l'Algérie est mon deuxième pays. Je le connais depuis les années quatre‑vingt. La dernière fois que je suis venue ici, c'était en 2006.
 
 
Avez-vous senti un quelconque changement, depuis, dans une Algérie où le pouvoir politique voudrait tant bien que mal persuader qu'elle est l'exception dans une région ébranlée par le vent du "printemps arabe" ?
 
Vu de l'extérieur, on a le sentiment que l'Algérie est acculée à prendre part, elle aussi, à ce printemps arabe, et à réformer son système politique. C'est une préoccupation qu'on voit à la tête de l’État d'un côté, et au sein de la société civile et des médias, de l'autre. Ses dirigeants tentent certaines réformes, mais qui, pour nous défenseurs des droits humains, ne vont pas au cœur du système et ne modifient donc pas la donne politique. Personnellement, je suis confiante. Nous avons longtemps été admiratifs devant la vitalité de votre presse. Vous êtes un peuple qui a le sens de la rébellion…
 
 
L'échec des tentatives de mobilisation de la population afin d'exiger un changement de système pourrait quand même faire croire le contraire…
 
Le système algérien n'est pas monolithique. Je veux dire qu'il n'y a pas une seule personne à la tête de l'Algérie. Ce n'est pas un système autoritaire centralisé. C'est un système autoritaire très particulier et ce n'est pas une seule personne qui peut être ciblée comme étant la source du pouvoir. Le changement politique aura donc une connotation particulière. Il ne suivra pas les modèles qu'on a pu voir en Tunisie ou en Libye. Ce sera autre chose certainement. Mais les autorités algériennes ne peuvent pas tourner longtemps le dos à ce vent de démocratie qui souffle sur le monde arabe.
 
 
Pour faire croire à cette hypothèse d'exception algérienne, nombreux sont ceux qui évoquent des lendemains de révolution qui "déchantent" avec la victoire des islamistes de Rabat au Caire en passant par Tunis…
 
Je souhaite relativiser ce jugement qui consiste à dire que les islamistes l'ont emporté partout. Si ça peut être le cas en Égypte, ça ne peut pas l'être en Tunisie où Ennahda n'a pas une majorité absolue. Il a seulement 89 sièges sur 216. Il a un poids certain, c'est lui qui dirige actuellement le gouvernement de coalition. Mais il n'est pas la majorité. Il y a une opposition et une société civile. Parler d'une victoire islamiste absolue ne reflète donc pas la réalité tunisienne. Moi, je dis que 23 ans de dictature et de désertification de l'espace public est un legs lourd. L'alternance pacifique démocratique n'a eu ni la chance ni l'opportunité de se déployer. Elle est toutefois présente et n'est pas sans influence.
 
La construction démocratique est un long chemin. Nous n'en sommes qu'au début. Le danger pour la future démocratie tunisienne, ce qui nous inquiète le plus je veux dire, ce ne sont pas les islamistes mais l'ancien régime qui est toujours là. Il est présent partout dans l'administration et pèse encore dans la police, la justice. La transition démocratique est cette cohabitation entre un ancien régime encore lourd et puissant et un nouveau régime légitime qui est l'aiguillon qui dirige la société. Elle prendra le temps qu'il faudra. Il faut parler en termes d'années, pas de mois.
 
Mais les ingrédients sont là et notre chance de réussir est entière. Il faut de la patience. Je pense que le modèle tunisien va s'imposer dans la région comme étant la "success story" de la région. Si la Tunisie réussit, les autres seront obligés de suivre. La peur a changé de camp. Un peuple qui n'a plus peur est un peuple à qui on ne peut plus imposer un quelconque autoritarisme.
 
 
L'épisode de l'affaire de Nessma TV, par exemple, en inquiète pourtant plus d'un…
 
Il faut faire la part des choses. Nessma TV n'est pas un média de la démocratie. Il a été là durant le régime de Ben Ali et a relayé un discours de légitimation de la dictature. Après la révolution, Nessma TV s'est mise au service de la restauration. Il y a une grande colère populaire contre ce média d'un côté et de l'autre, une colère contre la diffusion de Persepolis, un bon film. Il y a donc eu un mélange entre une colère justifiée et une autre qui ne l'était pas. Celle‑ci a été largement manipulée par la police politique pour présenter Nessma TV comme étant un porte‑drapeau de la liberté. Rien ne justifie cependant ce qui s'est passé. Nous l'avons dénoncé parce que les attaques contre Nessma TV sont des attaques à la liberté d'expression en Tunisie. C'est intolérable et inacceptable !
 
 
Vous êtes venue en Algérie pour participer à un séminaire organisé par la coalition des associations des victimes des années quatre‑vingt‑dix qui luttent contre l'impunité. Elle a élaboré une charte pour la vérité, la paix et la justice pour répondre à une loi pour la réconciliation adoptée en 2005…
 
Je pense qu'on ne peut pas construire une paix sociale et une réconciliation nationale sur la base de l'impunité. Celle‑ci est même un obstacle à la réconciliation. Il est absolument inacceptable que des criminels soient amnistiés et ne rendent pas compte de ce qu'ils ont fait. Rendre compte est une étape obligée pour qu'un jour ce pays soit apaisé et que les familles puissent faire leur deuil et qu'en fin de parcours, on puisse faire une réconciliation. Personnellement, je dis que la démarche et le processus entamé en Algérie ne peut pas aboutir. Il inverse les dynamiques. Il commence par une réconciliation et empêche de solder les comptes, qu'il faut rendre. Il aboutit donc à des frustrations, de la colère et des inimitiés. Il faut laisser les familles demander des comptes aux tortionnaires et criminels qui ont fait disparaître leurs enfants. La paix passe par la lutte contre l'impunité.  

 

 
11/02/2012 à 18:37 | 3 commentairesRéagir

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Vos réactions


A toute chose malheur est bon Madame Bensedrine ! La mésaventure quoique déplaisante vous a fait connaître...et de cette notoriété faites bon usage !

Où voyez vous les leçons que cette dame nous donne. Elle répond à une interview en donnant ses opinions et ses points sur des situations bien précises. Nous ne sommes plus dans un monde monolhitique. Si on n'est pas d'accord c'est correct mais pour ceux et celles qui vous lisent monsieur Houariou une contre argumentation est plus bénéfique pour nous tous et vu sous cette angle vous aurez enrichie le débat ce qui est tout benef pour nous tous. Je m'excuse d'avance si je vous ai froissé mais ce n'est nullement mon intention.

Si nous voulons changer quoi que ce soit dans notre pays, nous le feront nous même, sans recevoir les leçons de quiconque. En ce qui concerne les soi-disant "révolutions" arabes, attendons pour voir, "lakhbar y jibouh touala". Ceci dit, bienvenue madame dans l’Algérie de la liberté!!

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