Depuis ce lundi, une partie de la famille de Mouammar Kadhafi est réfugiée en Algérie. « L'épouse de Mouammar El Gueddafi, Safia, sa fille Aïcha, ses fils Hannibal et Mohamed, accompagnés de leurs enfants sont entrés en Algérie à 08 h 45 par la frontière algéro‑libyenne », a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
Le communiqué ne précise pas dans quelles circonstances les membres de la famille du président libyen ont rejoint l’Algérie. Ont‑ils obtenu une autorisation préalable d’Alger ? Ont‑ils formulé une demande d’asile politique ou de protection, L’Algérie a‑t‑elle demandé l’avis des grandes puissances directement engagées aux côtés du CNT, comme les États‑Unis et la France ? Autant de questions qui restent sans réponse. Une chose paraît exclue : ces personnes n’ont pas rejoint l’Algérie après avoir été pourchassées par les rebelles libyens. A Tripoli, aucun responsable du CNT n’a fait état d’une telle situation.
A Alger, on observe le silence. Seule précision apportée par les autorités algériennes : l’information sur l’arrivée des membres de la famille Kadhafi en Algérie « a été portée à la connaissance du secrétaire général des Nations unies, du président du Conseil de sécurité et de M. Mahmoud Djibril, président du Conseil exécutif du Conseil national de transition libyen », a précisé le ministère des Affaires étrangères.
L’arrivée d’une partie de la famille du guide libyen est une source d’embarras. D’abord sur le plan symbolique. Depuis le début du conflit, Alger a été régulièrement accusé de soutenir le régime libyen. Le choix de l’Algérie par la famille du guide au lieu, par exemple, de la Tunisie ou de l’Égypte, pourrait être interprété comme le signe qu’Alger a maintenu un contact ou des liens avec la famille du guide déchu. Un choix qui peut s’avérer mauvais pour l’image de l’Algérie.
Reste à savoir ce que va faire Alger de ses invités encombrants. Le silence va rapidement s’avérer insuffisant pour gérer ce dossier explosif. Même si les membres de la famille du président libyen qui ont rejoint l’Algérie ne sont pas recherchés par la Cour pénale internationale (CPI, leur présence sur le sol algérien va constituer une source d’embarras pour Alger. Dès lundi soir, le CNT a fait savoir qu’il demandera leur retour en Libye. « Nous allons demander à l'Algérie des les ramener » en Libye, en effet a indiqué à l'agence AFP Mohammed al‑Allagy.
Éviter l’arrivée de Kadhafi en Algérie
Dans un contexte marqué par la poursuite des combats en Libye et la multiplication des exactions à l’encontre des proches de Kadhafi, Alger peut dans un premier temps refuser de renvoyer les membres de la famille du président libyen. Les Algériens pourraient mettre en avant le risque d’exactions encourus par les proches du guide une fois renvoyés en Libye. Cette attitude va certes envenimer les relations déjà tendues avec le CNT mais elle sera défendable auprès des partenaires occidentaux de l’Algérie. Eux‑mêmes se méfient un peu du CNT et de sa capacité à contrôler ses troupes sur le terrain, parfois animées d’un désir de vengeance. Mais une telle position n’est pas tenable sur le long terme. Si la Libye devient un pays stable dans quelques mois, l’Algérie aura du mal à empêcher les Libyens de vouloir juger ceux qu’ils estiment au moins en partie responsables de leurs malheurs durant les dernières années.
Alger va maintenant tout faire pour éviter que le président Kadhafi lui‑même ou son fils Seif El Islam ne choisissent l’Algérie comme destination pour leur ultime refuge. Dès lundi, les contrôles ont été renforcés aux frontières avec la Libye. Si Kadhafi ou son fils venaient à les franchir, Alger aura le choix entre deux mauvaises options : refuser de les extrader et affronter ouvertement l’opinion internationale ou les livrer au CNT – ou pire à la CPI – et perdre toute crédibilité sur le plan régional et international.
29/08/2011 à 21:49 |
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