Réalisation de la Grande mosquée d’Alger
Le caractère religieux du projet et la crise en Espagne compliquent l’attribution du contrat
La commission d’évaluation des offres techniques et financières du projet de construction de la Grande Mosquée d’Alger a achevé ses travaux début octobre. « La commission a travaillé durant tout le mois de Ramadhan et le mois de septembre. Elle a terminé son travail le 3 octobre », ont indiqué à TSA des sources proches du dossier.
Présidée par l’ancien ministre des Travaux publics, Mohamed Kortbi, cette commission est composée de cadres de haut niveau dans les domaines de la construction, de la géotechnique, des séismes et de l’architecture. « La commission n’a rien laissé au hasard. Plus de 1,8 tonne de documents ont été traités, page par page. Tout a été pris en compte », ajoutent nos sources. A la fin des travaux, la commission d’évaluation des offres a transmis ses notes au gouvernement et à l’Agence de réalisation de la Grande Mosquée d’Alger. « Les notes de la commission portent sur l’offre financière et technique des candidats. Chaque soumissionnaire est noté selon un canevas établi à l’avance », expliquent nos sources.
Rien n’a filtré pour le moment sur les conclusions de cette commission concernant les trois offres présentées le 17 juillet dernier à Alger. Le groupement algéro‑espagnol constitué par Cosider (groupe public algérien), ETRHB (groupe privé algérien) et FCC Construction (groupe espagnol) a présenté une offre prévoyant la réalisation de la Grande mosquée dans un délai de 44 mois pour 130 milliards de dinars (1,3 milliard d’euros). Un groupement italo‑libanais composé d’Astaldi (Italie) et ACC (Liban) a présenté une offre de 218 milliards de dinars (2,18 milliards d’euros) pour un délai de réalisation de 42 mois. Le groupe public chinois CSCEC a remis une offre financière de 109 milliards de dinars (1,03 milliard d’euros) pour un délai de réalisation de 48 mois.
Un choix difficile
« La décision d’attribution du projet n’a pas été annoncée. Aucune date n’a été fixée. D’autres considérations, autres que techniques, peuvent être prises en compte pour un meilleur choix », ajoutent nos sources. En fait, le choix du constructeur de la future plus grande mosquée du Maghreb, avec son minaret qui culminera à 275 m, n’est pas simple. « Techniquement, les trois soumissionnaires peuvent réaliser la Grande Mosquée d’Alger. Si on regarde les offres financières, les Chinois du CSCEC sont favoris pour décrocher le contrat parce que leur offre est la moins chère », expliquent nos sources.
Les chances du groupement italo‑libanais, avec une offre financière de 218 milliards de dinars, semblent très minces. La bataille de la Grande mosquée d’Alger devrait donc se jouer entre le groupement algéro‑espagnol et le groupe chinois. Chacun des deux soumissionnaires a de bons arguments à faire valoir. Grâce à la loi sur la préférence nationale contenue dans le dernier code des marchés publics, le groupement algéro‑espagnol va bénéficier d’une marge préférentielle de 12,5 %. Mais la ristourne sur 130 milliards de dollars sera calculée au prorata de la part du capital des entreprises algériennes dans le capital du groupement.
Toutefois, dans leur choix, les autorités ont un autre élément à prendre en compte : la situation du groupe privé espagnol FCC construction. « Ce groupe a la technologie pour réaliser la Grande Mosquée d’Alger. Il a réalisé des bâtiments en hauteur. Mais l’Espagne vit une crise économique d’envergure notamment dans l’immobilier. Cela représente un risque pour l’avenir de FCC Construction », expliquent nos sources. « Si FCC construction venait à être touché gravement par la crise espagnole, le projet de la Grande Mosquée risquerait d’en pâtir durablement. Les autorités ne veulent pas de ce scénario », ajoutent nos sources.
En fait, le gouvernement cherche des garanties sur la santé financière des groupes en lice. Et dans ce domaine, le chinois CSCEC semble offrir les meilleurs atouts. « CSCEC est une entreprise publique chinoise qui ne fera pas faillite. Il y a l’État chinois derrière avec qui le gouvernement peut discuter en cas de problème. Ce n’est pas le cas avec le gouvernement espagnol et FCC », estiment nos sources.
Mais le groupe CSCEC a l’inconvénient de se présenter seul, sans partenaires algériens. Le caractère religieux du projet nécessite la présence d’Algériens, ou de musulmans dans la réalisation. Le gouvernement a également le souci de faire participer des entreprises algériennes à ce projet pour qu’elles puissent apprendre à construire des ouvrages nécessitant de la haute technologie dans la construction. « Ce problème pourrait être résolu par l’obligation pour le groupement ou le groupe sélectionné de sous‑traiter une partie des travaux à des entreprises algériennes », affirment nos sources.
Ghlmallah, un ministre mal informé sur le dossier
Bouabdallah Ghlamallah, ministre des affaires religieuses et des Wakfs, est‑il informé de l’état d’évolution du projet de la Grande mosquée d’Alger ? Peu probable. Le 14 août dernier, invité du Forum du quotidien El Moudjahid, il avait affirmé que l’entreprise retenue pour la construction de la Grande mosquée d’Alger serait connue avant la fin du mois (lire). Non seulement le nom de l’entreprise de réalisation n’est toujours pas connu mais la commission d’évaluation des offres n’a terminé ses travaux que le 3 octobre. « Cette déclaration montre la complexité de la prise de décision en Algérie. Le ministre pensait avoir tous les éléments pour décider avant la fin août. Mais il n’a pas pris en compte d’autres considérations et paramètres qui le dépassent », explique un connaisseur des affaires économiques en Algérie. Ces paramètres sont techniques mais aussi politiques.
13/10/2011 à 22:29 |
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