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À une année de la présidentielle, des dirigeants de l’opposition haussent le ton

Des opposants ont haussé le ton, ce samedi 10 mars, à la salle El Djazairia, à Alger, à la faveur de la célébration du septième anniversaire de la création de Jil Jadid.

Sofiane Djillali, président de ce parti, a appelé à dire « Non » au 5e mandat pour le président Bouteflika en 2019. « La société algérienne, surtout la catégorie qui comprend mieux les enjeux actuels, doit refuser un cinquième mandat sans haine, sans esprit de vengeance et sans mépris. Nous leur disons, vous avez fait ce qu’il fallait, bon ou mauvais, mais le temps est venu que vous partiez, car il n’existe aucune autre solution », a-t-il déclaré.

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« S’ils persistent à défendre le cinquième mandat, je m’engage devant vous à sortir dans la rue, même seul », a-t-il annoncé, fortement applaudi. La société doit, selon lui, recouvrer sa souveraineté. « Nous avons créé un mouvement politique au milieu d’un climat stérile. Dès le début, nous avons œuvré pour tisser les liens de communication entre l’action politique, dont l’image a été détériorée, et une société plongée dans la déprime. Nous voulons garder ce lien si fragile et si ténu avec la société qui, demain, pourrait devenir le canal de dialogue entre une classe politique consciente des enjeux et une population qui doit retrouver sa confiance en elle », a ajouté Sofiane Djillali.

Le président de Jil Jadid a plaidé pour une transition et appelé à l’union. « Il est souhaitable, dans la mesure du possible, de s’entendre sur un programme de transition pour réorganiser les affaires de la maison. Aucun parti ne peut imposer son programme dans la phase actuelle parce que nous ne sommes pas prêts pour une démocratie ordinaire. Je vous appelle d’ici, travaillons ensemble ! », a proposé Soufiane Djillali. Il a appelé ensuite Rachid Nekkaz et Ali Benouari à le rejoindre sur scène. « Parce qu’ils n’ont pas toujours l’occasion de s’exprimer », a-t-il argué.

Rachid Nekkaz propose « un candidat unique » pour la présidentielle de 2019

« Si je n’avais pas été invité par Soufiane Djillali, je n’aurais pas pu entrer à Alger. Cela fait une année et demie que je n’ai pas pénétrer dans cette ville. Il faut qu’il ait un candidat unique pour la présidentielle (en 2019 pour l’opposition). Si nous nous entendons pas entre nous, la situation du pays ne s’améliorera pas », a déclaré Rachid Nekkaz avant de quitter la salle.

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Ali Benouari, ancien ministre du Trésor et ex-candidat à l’élection présidentielle de 2014, a appelé à saisir toutes les occasions qui se présentent avant 2019. « Nous nous acheminons petit à petit vers l’anarchie. Ils vont essayer de réduire la consommation des réserves de changes du pays pour se maintenir encore. Comment ? En limitant les importations. Ils vont affamer et appauvrir davantage le peuple en supprimant les subventions et en augmentant les prix des produits alimentaires, de l’électricité et du carburant. Le pouvoir d’achat de la population s’affaiblit », a-t-il prévenu.

Ahmed Benbitour prévient contre l’épuisement des réserves de changes après 2019

Ahmed Benbitour, ancien chef du gouvernement, a établi, de son côté, un constat alarmant de la situation économique du pays en s’appuyant sur des statistiques.

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La facture des importations est passée, selon lui, de 12 milliards de dollars en 2001 à 68 milliards de dollars en 2014. « S’ajoute à cela les 8 milliards de dollars de transferts des dividendes des entreprises étrangers vers l’extérieur. Le prix d’équilibre pour le budget d’un baril de pétrole est passé de 34 dollars en 2005 à 115 dollars en 2011. La même année, le budget de fonctionnement a augmenté de 47%. La production de l’énergie a chuté alors que la demande interne a connu une hausse. Le volume d’exportation des hydrocarbures s’est réduit de 25,6% entre 2006 et 2011. La hausse des prix du pétrole durant cette période a été de 77%. Elle a caché cette réalité. Depuis 2014, les recettes pétrolières ont chuté de 57%. Si nous continuons sur cette voie, les réserves de changes vont êtres épuisées après 2019. Il y aura risque d’explosion sociale en raison d’une crise d’approvisionnement », a averti Ahmed Benbitour.

Abdelaziz Rahabi : « Chakib Khelil et son groupe ont pollué ma page Facebook  ! »

Abdelaziz Rahabi, ancien ministre et ancien ambassadeur, est revenu sur le scandale de Sonatrach pour évoquer le phénomène de corruption. « J’ai partagé un article paru dans un journal italien sur l’affaire Sonatrach. Après deux jours, Chakib Khelil et son groupe ont pollué ma page. Khelil a une brigade numérique puisqu’il a les moyens. Après avoir échoué de se faire blanchir par les zaouias, Khelil tente de trouver une nouvelle virginité avec Google. Je refuse qu’il se fasse blanchir dans ma page Facebook. J’ai répondu à ses amis en leur disant que je n’ai aucun problème avec Chakib Khelil mais que lui a des problèmes avec la justice. Ils m’ont dit que Chakib est un docteur qui a étudié aux États-Unis. J’ai répondu : Hamdoullilah que le FLN n’a pas envoyé Ben M’hidi étudier aux États-Unis ! », a-t-il déclaré.

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L’ancien ministre a relevé que l’Algérie a commencé à importer le mazout à l’époque de Chakib Khelil (au ministère de l’Énergie et des Mines). « À la même époque, Sonatrach s’est spécialisée dans la construction des hôtels et des stations de dessalements. Nous nous sommes pas rendu compte, mais en vingt ans les moyens de l’Algérie ont été mis aux mains des étrangers. Est-il normal qu’on ait privatisé la SNTA (Société nationale de tabac et allumettes) ? Savez vous qu’après Sonatrach, le secteur du tabac est le plus grand contributeur à la fiscalité. Nous sommes le seul pays au monde à avoir privatisé la téléphonie mobile. On a privatisé, là où il y a de l’argent. Nous avons aujourd’hui l’impression que les hommes d’affaires participent dans la prise de décision politique », a dénoncé Abdelaziz Rahabi.

Il a parlé d’une crise de confiance en citant l’exemple du taux national de vaccination qui n’a pas dépassé les 15% cette année. « Que les gens ne fassent pas confiance en la justice, en la politique ou en économie est une chose, mais que cette perte de confiance touche aussi la vaccination, c’est très grave. Le taux de vaccination en 2018 est plus faible qu’en 1962! », a-t-il alerté.

Il a prévenu contre « la dépendance intellectuelle et scientifique » de l’étranger en parlant de la faiblesse de la production audiovisuelle en Algérie. « Je ne crois pas à la théorie de la main de l’étranger, mais je me dis que quand on a le bras court, le bras de l’étranger sera plus long », a-t-il schématisé.

Mustapha Bouchachi plaide pour une période de transition

Maitre Mustapha Bouchachi a soutenu, de son côté, que l’opposition algérienne n’est pas démissionnaire mais qu’elle n’a pas les espaces où s’exprimer et se rencontrer.

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« Nous devons réfléchir tous ensemble pour stopper l’effondrement de l’Algérie. Nous avons régressé dans tous les secteurs. Nous avons cassé les entreprises performantes, à la fin des années 1990, en mettant leurs cadres en prison. Des entreprises bradées. L’école, l’université et le système judiciaire ont été brisés. Le plus grave est que même la moralité de la société a été atteinte. Il y a comme un plan derrière tout cela. Cela ne relève pas uniquement de la mauvaise gestion ou de l’erreur d’un ministre », a-t-il dit.

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L’avocat a appelé à une période de transition pour « sauver le pays ». « Nous n’avons pas milité assez pour cela. Le combat doit se faire aux côtés du peuple, pas en dehors. Il faut prendre des positions, êtres présents, défendre les jeunes qui s’expriment sur Facebook et qui sont à chaque fois poursuivis. Le régime ne changera rien s’il ne trouve pas face à lui un mouvement populaire. Il sera amené à faire des concessions. Pour un changement démocratique dans le calme, nous avons besoin d’une période de transition avec la présence de la classe politique et le régime. Nous pouvons imposer le changement pacifique », a proposé Mustapha Bouchachi.

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