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Cancer du sein : en Algérie, les malades attendent 8 mois pour une radiothérapie

Cancer du sein : en Algérie, les malades attendent 8 mois pour une radiothérapie

Chaque année, l’Algérie enregistre  12 000 nouveau cas de femmes atteintes du cancer du sein. 3500 femmes trouvent la mort faute de dépistage précoce. La campagne Octobre Rose se veut un rendez-vous annuel de mobilisation nationale. Médias et associations mettent le paquet sur le volet de la sensibilisation.

Mais qu’en est-il réellement sur le terrain ? Devant la rareté des centres anti-cancer et la tension particulière qui pèse sur le CPMC (Centre Pierre et Marie Curie de l’hôpital Mustapha), les femmes atteintes de cette grave pathologie sont livrées à elles-mêmes. Les rendez-vous en radiothérapie sont très éloignés (environ 7 à 8 mois d’attente) avec un risque de récidive. Certaines, parmi les plus aisées, s’envolent à l’étranger ou sollicitent les centres privés. Le décalage entre le discours officiel et la réalité du terrain est on ne peut plus criard.

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Tension sur le CPMC

Dans la salle d’attente du CPMC de l’hôpital Mustapha (Centre Pierre et Marie et Curie) il y a foule comme tous les matins. Il faut valider son rendez-vous au niveau du secrétariat et attendre patiemment son tour pour une mammographie. Certaines femmes sont arrivées aux aurores des régions de l’intérieur du pays.

«  Mon fils a loué un taxi depuis Laghouat », nous dit une patiente, la soixantaine. « Nous avons démarré à 3 heures du matin pour ne pas rater mes examens de contrôle. En l’absence de centre anticancéreux dans le Sud, je suis obligée de me déplacer sur Alger ». L’attente est très longue et les passe- droits sont de mise, comme nous le confirme une autre patiente. « On voit des privilégiées débarquer comme des fleurs à 10 heures et passer en premier. Je suis ici depuis 7 heures du matin. Il est prêt de 13 heures et je suis encore dans le hall d’attente », se plaint-elle.

Situé à deux pas de l’hôpital Mustapha, l’association El Amel œuvre depuis 24 ans pour venir en aide aux femmes atteintes de cancer. Madame Kettab Hamida, secrétaire générale de cette association, souligne les progrès réalisés en matière de prise en charge du cancer du sein en Algérie, mais reconnaît que ces efforts restent insuffisants.

« En Algérie, nous sommes passés de trois centres anticancéreux à quinze. Certes, ce n’est pas encore suffisant mais cela a contribué à décentraliser la prise en charge des malades et à désengorger un tant soit peu les centres anticancéreux de Blida, Oran et Alger. Le plus débordé de tous reste le CPMC, qui accueille encore les femmes issues de tout le pays.

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Radiothérapie : un grand point noir

Qu’en est-il de la radiothérapie, indispensable après l’ablation de la tumeur ? Madame Hamida Kettab admet qu’effectivement, les rendez-vous sont très éloignés et que la radiothérapie demeure un point noir : « La patiente peut attendre 6 mois, voire plus avant d’avoir un rendez-vous à l’hôpital. Aujourd’hui, il existe 5 centres anticancéreux privés : Tizi-Ouzou, Constantine, Blida et Alger, avec deux adresses. Ces centres agréés par l’État sont équipés des dernières technologies en termes de  radiothérapie. Mais il faut avoir les moyens pour accéder aux soins. Cela coûte entre 300 000 à 400 000 dinars. En tant qu’association, nous bataillons afin que le ministère du Travail, via la Cnas et le ministère de la Santé, signent des conventions avec ces structures. Il faut aussi donner la chance aux femmes qui ne sont pas affiliées à la Cnas,  de pouvoir bénéficier d’une prise en charge en radiothérapie au niveau de ces centres anticancéreux privés. L’égalité à l’accès aux soins est primordiale. Face aux délais d’attente interminables, les femmes qui ont les moyens se rendent en Tunisie, Turquie ou en France pour se soigner. Ce n’est pas le cas des nombreuses patientes dépourvues de moyens financiers ».

Aucun centre de dépistage

Autre grande lacune, l’inexistence en Algérie de centres de dépistages du cancer du sein. « En l’absence de pareilles structures, le dépistage massif est impossible pour le moment, révèle notre interlocutrice. C’est pourquoi nos campagnes de sensibilisation visent à pousser toutes les femmes à effectuer une mammographie à partir de 40 ans, et même plus tôt, s’il y a eu des cas de cancer du sein dans la famille, par mesure préventive. En tant qu’association et grâce au travail de sensibilisation, nous constatons que ce sujet n’est plus tabou. Aujourd’hui, les femmes s’informent et prennent rendez-vous pour une mammographie même chez le privé, en payant cet examen de leur poche ».

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1% des cancers du sein touchent les hommes

Méconnu, mais il existe : le cancer du sein masculin. Il représente 1%  des cancers du sein. « Au CPMC, il y a plus de 200 patients souffrant de cette forme de cancer, affirme Madame Hamida Kettab. « Même s’il est rare, mieux vaut avoir une culture sanitaire et s’inquiéter en cas d’anomalie. Ce cancer se traite exactement de la même manière que chez les femmes : mammographie, ablation, chimiothérapie… ».

Une femme sur 8 risque de développer un cancer du sein. 12 000 nouveaux cas de ce type de cancer sont diagnostiqués chaque année en Algérie. Les campagnes de sensibilisation atteignent leur paroxysme chaque année, notamment au mois d’octobre. Le dépistage précoce reste le seul moyen pour contrer cette grave maladie et de sauver des vies.

Devant l’insuffisance, pour ne pas dire l’absence de centres anticancéreux, de centre anti-dépistage et de prise en charge rapide et efficace des malades, la situation risque hélas de s’aggraver encore davantage.

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