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Chants glorifiant Saddam Hussein : le dérapage de trop du public algérien

Les stades algériens font de nouveau parler d’eux, non pas pour les prouesses sportives des athlètes sur le terrain, mais par le comportement négatif des supporters dans les gradins.

Ce qui s’est passé dimanche soir au stade de Bologhine et qui a conduit à l’arrêt du match entre l’USM Alger et un club irakien vient rappeler, si besoin est, que beaucoup reste à faire en matière de lutte contre la violence dans les stades qui, comme on a pu le constater plus d’une fois, peut prendre des formes autres que les habituelles agressions et les « banals » jets de projectiles.

C’est en effet par une violence verbale que ce sont illustrés les supporters du club algérois, inimitables quand il s’agit de composer des chants créatifs à la gloire de leur équipe, une réputation que leur envient les fans des autres clubs algériens depuis des décennies. Mais cette fois, il sont allés trop loin en débordant sur un thème qui a sa place partout sauf dans une arène de sport : la politique.

À l’unisson, ils ont chanté les louanges de l’ancien président irakien Saddam Hussein, provoquant le retrait de l’équipe irakienne et un début de crise diplomatique entre les deux pays. Certes, il appartient à l’Histoire seule de décréter si Saddam fut un dictateur sanguinaire ou un dirigeant éclairé, un bourreau ou une victime, mais à la réaction des Irakiens, on comprend qu’ils ont été profondément choqués par ce qu’ils ont entendu.

Le public de l’USMA a fait plus que « chambrer » l’adversaire en le touchant dans ses sensibilités surtout que, parait-il, des slogans hostiles aux adeptes du chi’isme, principale religion d’Irak, ont été également entonnés à la même occasion.

Hélas, faut-il le reconnaitre, ce n’est pas la première fois que le public algérien se distingue par un tel comportement. Tous les week-ends, les travées des stades du pays se transforment en « défouloir » pour les frustrations et les haines refoulées, des tribunes d’où sont déversées toutes sortes d’obscénités, d’où fusent insultes racistes et régionalistes avec une telle banalité que tout le monde a fini par s’y habituer. Même les jets de projectiles et l’usage de fumigènes ne choquent plus. On ne réagit que lorsque le sang coule ou quand il y a mort d’homme, car malheureusement cela est arrivé plus d’une fois, comme en 2014, lorsque le joueur camerounais de la JSK, Albert Ebossé, fut tué sur le terrain même et devant les caméras.

Si cette fois la légèreté des supporters algériens a fait des vagues, c’est parce que la « cible » est un pays étranger où ce genre de comportement ne passe pas sans conséquences et dont les dirigeants ont eu la réaction qu’ils ont jugée adéquate.

Quoi que l’on dise, la réponse des joueurs irakiens qui ont refusé de continuer la partie et celle des autorités de ce pays qui ont convoqué l’ambassadeur d’Algérie à Bagdad, ne sont pas disproportionnées. Tout comme celle des Saoudiens qui avaient exigé et obtenu des excuses suite à une banderole jugée offensante à leur roi, brandie par les supporters de l’équipe de Aïn M’lila en décembre 2017. Ou encore celle des joueurs de l’équipe nationale de Libye qui, en 2012, soit quelques mois à peine après la révolution de 2011, avaient violemment réagi au comportement du public de Bilda qui avait brandi l’emblème de l’ancien régime et scandé des chants glorifiant le dirigeant déchu Mouammar Kadhafi.

La disproportion et l’excès sont sans doute ailleurs, précisément dans cette banalisation inacceptable de la violence verbale et physique, du régionalisme et du racisme dans les stades algériens.

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