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Faut-il aller vers des mesures de confinement plus drastiques ?

Faut-il aller vers des mesures de confinement plus drastiques ?

Les spécialistes sont formels et du reste confortés par les résultats que l’on constate sur le terrain dans de nombreux pays touchés de plein fouet par l’épidémie du coronavirus : le confinement est, à l’heure actuelle, l’unique moyen efficace de lutte contre la progression de la maladie.

L’Algérie a opté pour cette mesure dès le 23 mars alors que le pays comptait 230 cas confirmés et 17 décès. Le confinement a d’abord concerné totalement la wilaya de Blida et partiellement celle d’Alger avant d’être étendu progressivement, d’abord à neuf wilayas, puis à quatre autres et enfin à tout le territoire depuis ce samedi 4 avril.

Dans neuf wilayas, celles qui comptent le plus de malades et de décès, les habitants sont tenus de se cloisonner à partir de 15h, au lieu de 19h, jusqu’au lendemain. Le jour où les mesures de préventions ont été ainsi renforcées, le pays comptait 1251 cas et 130 décès.

Faut-il faire plus et aller vers un confinement plus drastique sur tout le territoire ? Une chose est sûre : ce n’est pas le moment de baisser la garde. Le 4 avril, le nombre de contaminations détectées a baissé certes de plus de la moitié par rapport à la veille (80, contre 185). Hier, lundi 5 avril, il a encore baissé à 69 nouveaux cas. Mais le nombre de décès demeure élevé – 152 au total- et les statistiques sur les contaminations demeurent relatives tant que la tendance ne se confirme pas sur plusieurs jours et surtout, tant qu’on ne connait pas les capacités réelles de dépistage des établissements en charge de l’opération.

Du reste, le ministre de la Santé lui-même vient d’évoquer ouvertement l’inéluctabilité d’une hausse progression « inquiétante » de la maladie dans les prochains jours. « Les cas de Covid-19 augmenteront à un rythme inquiétant durant les prochains jours, d’où l’impératif pour les citoyens de se mobiliser, de respecter les règles de confinement et d’éviter les rassemblements devant aggraver la situation », a déclaré Abderrahmane Benbouzid samedi sur la télévision publique.

Si le ministre a rompu avec le discours mesuré et rassurant tenu jusque-là, c’est pour mieux expliquer à la population l’importance de se conformer aux consignes de sécurité et de prévention. En dépit des moyens financiers et médicaux mis en place par l’Etat, le même responsable a assuré que l’Algérie ne pouvait pas faire face et lutter contre cette pandémie ayant touché plusieurs pays du monde si les citoyens ne respectaient pas les recommandations des autorités publiques. « La seule barrière efficace pour faire face à cette pandémie mortelle consiste à respecter par les citoyens les orientations du ministère de la Santé », a-t-il tranché.

Les problèmes d’approvisionnement

Autre élément qui plaide pour le confinement strict, les résultats obtenus dans les pays où il a été imposé et scrupuleusement respecté. La Chine, origine et premier foyer de la pandémie, a été le premier pays à la vaincre presque grâce à un confinement drastique. Aujourd’hui, le pays en est à la phase de déconfinement et l’activité économique reprend progressivement.

Les grands pays d’Europe occidentale avaient longtemps tergiversé et l’ont payé cash avec près de 45 000 morts. Ils commencent néanmoins à entrevoir une lueur d’espoir, notamment pour ce qui est de l’Italie, de l’Espagne, de l’Allemagne et de la France, après plusieurs semaines de confinement total et scrupuleusement observé.

L’Afrique du Sud, pays cité par l’OMS au début de l’épidémie comme porte d’entrée potentielle du virus en Afrique, au même titre que l’Algérie, a lui aussi opté pour un confinement drastique.

Le revers de la médaille du confinement, c’est la difficulté à approvisionner les populations. Cela est plus vrai en Algérie où les possibilités de télétravail et de paiement à distance sont moindres qu’en Europe. Des dysfonctionnements, on en a vu depuis le 23 mars et certains ont annihilé l’effet même du confinement en créant des situations encore plus propices à la propagation du virus, comme ces bousculades et files d’attente devant les minoteries ou les bureaux de poste.

La récente décision d’élargir la plage horaire du confinement est a priori salutaire, mais sans un mécanisme huilé et efficace d’approvisionnement, elle risque elle aussi de créer des situations préjudiciables, cette fois dans tous les magasins autorisés à ouvrir. C’est simple : les gens sont contraints de sortir en même temps, dans la matinée, pour s’approvisionner.

L’autorisation d’activités supplémentaires à ouvrir, comme les mécaniciens et les vulcanisateurs, pouvait aussi se limiter aux dépanneurs mobiles.

Le propos n’est pas de reprocher à qui que ce soit la moindre défaillance, la pandémie a pris de court des Etats plus avancés et mieux outillés qui ne font qu’adapter leurs dispositifs en fonction de l’évolution de la situation et des dysfonctionnements constatés sur le terrain.

Il est aujourd’hui admis que l’Algérie n’a pas d’autre choix que de décréter un confinement total et généralisé et d’imposer son respect strict. Les autorités sont en revanche tenues de régler dans l’urgence ce problème de l’approvisionnement qui risque de castrer tous les efforts de l’Etat.

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