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Film de Bachir Derrais : les réserves de Drifa Ben M’Hidi

La famille Ben M’hidi se dit attristée par l’actuelle polémique autour du film de Bachir Derrais, bloqué par le ministère des Moudjahidine pour non-respect du scénario initial.

« On aurait souhaité que le film sorte dans des conditions normales. À l’évidence, les ministères de Moudjahidine et de la Culture ont émis des réserves. On ne sait pas trop ce qu’il en est. Il est difficile d’en parler parce qu’on n’a pas tous les tenants et aboutissants de l’affaire. Ce qu’on a cru comprendre, d’après Bachir Derrais, est que le film est arrêté parce qu’il n’y a pas assez de scènes de batailles et parce qu’il a trop mis en avant tous les malentendus et les désaccords entre les leaders de la Révolution », explique Drifa Ben M’hidi Hassani, sœur de Larbi Ben M’hidi, dans une déclaration à TSA.

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Selon elle, la famille soutient le réalisateur à condition qu’il raconte les faits tels qu’ils se sont déroulés. « On lui a notamment reproché de ne pas avoir évoqué la torture de Larbi Ben M’hidi. Là, je suis d’accord avec le ministère des Moujahidine. Bachir Derrais a dit que Ben M’Hidi n’avait pas été torturé. Je ne suis pas d’accord avec lui parce que Larbi Ben M’Hidi a été torturé, même ses adversaires l’ont reconnu. On ne comprend pas pourquoi le réalisateur a déformé, n’en a pas parlé. Si c’est pour des raisons artistiques ou j’en sais trop quoi, il n’a pas le droit de le faire parce qu’il faut raconter l’Histoire telle qu’elle est », insiste Drifa Ben M’hidi.

« Paul Aussaresses a fait des déclarations révélant avoir torturé Ben M’hidi » 

Dans une interview accordée à Jeune Afrique, Bachir Derrais a expliqué que la commission du ministère des Moujahidine lui a reproché de ne pas avoir mis l’accent sur les tortures subies par Ben M’hidi durant sa période de détention entre les mains des parachutistes du colonel Marcel Bigeard en 1957.

« Or, aucun élément n’atteste que Ben M’hidi a subi des tortures durant sa captivité. Tous les témoignages des militaires français qui ont pris part à son arrestation, à sa détention et à son exécution attestent qu’il n’a pas été soumis à la torture, contrairement à d’autres militants comme Brahim Chergui, Rabah Bitat, Louisette Ighilahriz, Henri Aleg ou encore Maurice Audin. Je ne peux tout de même pas inventer un épisode de la Révolution algérienne qui n’a pas existé », a-t-il affirmé.

Faux, réplique Drifa Ben M’hidi. « Paul Aussaresses a fait des déclarations à Al Jazeera révélant avoir torturé et étranglé Larbi Ben M’hidi de ses propres mains. Donc, je ne suis pas d’accord avec Derrais lorsqu’il dit qu’il n’a pas été torturé. Tous les prisonniers algériens, hommes ou femmes, ont subi la torture des militaires français durant la Révolution. Ceux qui ne sont pas morts, sont sortis dans un mauvais état psychique et physique. Pourquoi Derrais a nié la torture ? Il y a quelque chose là-dedans que je ne saisis pas ».

En 2001, le général Paul Aussaresses, collaborateur du général parachutiste Jacques Massu, a reconnu dans son ouvrage « Services spéciaux : Algérie 1955-1957 », paru à Paris aux éditions Perrin, avoir eu recours à la torture et a justifié son utilisation.

« Il est difficile pour nous de s’exprimer sur le film »

La sœur du colonel Larbi Ben M’hidi est également revenue sur le reproche fait au film de Bachir Derrais par le comité du ministère des Moujahidine sur l’absence de scène de combats et de batailles.

« Larbi Ben M’hidi a commencé son militantisme à 17 ans jusqu’à sa mort. On ne peut pas dire qu’il n’a pas mené de combats. Le réalisateur a montré les réunions avec la présence de Ben M’hidi. Je me suis dit que c’est son point de vue mais pas au point d’arriver à dire que Larbi n’a pas été torturé. Je ne suis pas d’accord. Et je n’ai pas compris pourquoi », insiste-t-elle.

Drifa Ben M’hidi et sa fille affirment ne pas avoir vu le film.  « Nous n’avons pas vu le film de Bachir Derrais. Derrais nous a invitées et nous a projeté quelques séquences notamment celles où l’on voit Larbi parler avec Benkheda. En tout et pour tout, 5 à 6 minutes, montre en main. C’était très court. C’est la raison pour laquelle, il est difficile pour nous de nous exprimer sur le film », souligne la sœur de Ben M’hidi.

 « M.Bourboune nous a présenté une esquisse du scénario »

Bachir Derrais a soutenu dans ses déclarations à la presse et sur les réseaux sociaux avoir l’appui de la famille de Ben M’hidi.  « Non. La famille Ben M’hidi est nombreuse. Au tout début de l’aventure, Derrais est venu chez moi avec Mourad Bourboune pour dire qu’ils allaient raconter la vie de mon frère. Je lui ai parlé de la vie privée de Larbi, de la famille. Mais, il n’y a pas que moi. Il est parti voir d’autres personnes pour recueillir des témoignages sur Larbi. Nous n’avons rencontré qu’une seule fois M. Bourboune qui nous a présenté une esquisse du scénario, un petit résumé. C’était plus une visite cordiale qu’autre chose. Ils se sont beaucoup inspirés de ce que je leur ai raconté. Mais, je suis désagréablement surprise par le fait que Bachir Derrais dise que Larbi n’a pas été torturé. Je ne peux le soutenir là-dessus », a répondu Drifa Ben M’hidi.

Elle rappelle que Mourad Bourboune, scénariste, a émis des réserves sur le film. Dans une déclaration à TSA, Mourad Bourboune a en effet annoncé n’avoir pas vu le film, n’avoir pas été sollicité après la réécriture du scénario par Abdelkrim Bahloul et n’avoir pas été informé du début du tournage.

« Bachir Derrais a promis de me présenter le film terminé, mais il ne m’a pas appelé. Donc, je n’ai pas vu le film dans sa version finale, après le montage. Donc, je ne sais pas ce qu’il y a dedans. Je veux voir ce film », ajoute la sœur de Larbi Ben M’hidi.

« Brahim Chergui n’a pas remis la montre de Larbi à ma mère » 

Avant le tournage, le réalisateur a rencontré Brahim Chergui, un des compagnons de Larbi Ben M’hidi, pour nourrir le scénario, surtout sur la période de détention à Alger. Dans un précédent débat, Drifa Ben M’hidi avait accusé Brahim Chergui d’avoir livré Larbi Ben M’hidi aux militaires français (elle cité également le nom de Yacef Sâadi).

« Au début, j’ai cru que c’était lui. Après, on a cité d’autres noms. C’est devenu confus. Ce qui est sûr est que Larbi a été donné par un de ses compagnons, lequel ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûre. C’est encore un mystère. Nous n’avons pas de preuve sur la culpabilité de Brahim Chergui. Vous savez qu’ils ont été pris ensemble. Larbi a donné sa montre à Brahim Chergui pour la remettre à ma mère. Il savait qu’il allait mourir. La montre n’a jamais été remise à la famille de Ben M’hidi. Je lui fais ce reproche », conclut-elle.

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