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Flambée du Covid-19 en Algérie : les explications des spécialistes

Flambée du Covid-19 en Algérie : les explications des spécialistes

La hausse des cas de contamination au Covid-19 en Algérie interpelle certes par leur nombre, mais les spécialistes ne sont pas surpris.

« Les gens s’étonnent pourquoi ce rebond des contaminations. Or, le diagnostic est déjà fait clairement et les prévisions qu’on a établies sont en train de se réaliser », soutient Dr Mohamed Yousfi, chef du service des maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik.

Selon lui, « on ne peut arrêter cette chaîne et ainsi casser la transmission qu’en prenant nos responsabilités en tant que citoyens et en tant qu’Etat ».

Dr Yousfi exhorte les autorités locales à s’impliquer davantage, signalant au passage les décisions de certains walis d’instaurer un confinement partiel dans certaines de leurs communes.

Le chef du service d’épidémiologie à l’EPH de Blida appelle à l’application de la loi « partout ». « Ce qui a été fait à Sétif (confinement partiel, Ndlr) c’est pour éteindre le feu. Mais si l’on veut sortir progressivement de l’épidémie, cela suppose l’application de la loi tous les jours 24h/24 par rapport aux mesures sanitaires et à l’interdiction de tous les rassemblements qui favorisent la transmission du virus », a-t-il préconisé.

L’augmentation des examens de PCR « n’explique pas à elle seule » la hausse  

La hausse des contaminations enregistrée en Algérie est un phénomène de rebond qui suit une phase de déconfinement, explique le Pr Mustapha Khiati président de la Forem.

« Ce n’est pas propre à l’Algérie et a lieu un peu partout à travers le monde. Sauf qu’en Algérie, ce phénomène de rebond paraît plus important puisque les chiffres que nous enregistrons au fil des jours montrent un nombre de cas confirmés beaucoup plus important que ce que l’on pouvait attendre », relève-t-il.

Pour lui, l’augmentation des examens de PCR n’explique pas à elle seule la hausse des contaminations. « Ce qui l’explique c’est qu’après le déconfinement les citoyens ont cru, et ça c’est un défaut majeur de communication, que le problème était réglé et qu’ils pouvaient reprendre leurs activités comme si de rien n’était », explique-t-il.

Le Pr Khiati déplore les comportements de certaines familles qui ont, selon lui, voulu rattraper le temps perdu en organisant des mariages et des rencontres. « Le ministre de la Santé a déclaré tout récemment que la plupart des clusters sont à prédominance familiale, puisque 30 à 40% des atteintes sont intrafamiliales. »

Après un peu plus de 4 mois de l’instauration du confinement, Pr Khiati préconise de faire un « bilan d’étape », en analysant « ce qui a marché de ce qu’il ne l’a pas été ».

« Lorsqu’il y a des phénomènes de rebond, il est important d’intensifier les enquêtes épidémiologiques et surtout augmenter les dépistages ciblés. Pour ce qui est des enquêtes épidémiologiques, Pr Khiati regrette que la cellule opérationnelle chargée d’investigation et de suivi des enquêtes épidémiologiques soit « invisible et inaudible » alors qu’il reposait sur elle, estime Pr Khiati, « beaucoup d’espoir ».

Une grande différence entre la théorie et la pratique

Mustapha Khiati fait le constat d’une « grande différence entre la théorie et la pratique » au sujet de la gestion de l’épidémie Covid en Algérie. « Beaucoup de gens ont joué le rôle de théoriciens mais sur le terrain, ils démontrent des limites fâcheuses », accuse-t-il, sans aller dans le détail.

Le deuxième problème soulevé par Pr Khiati est relatif au dépistage ciblé qu’il juge en deçà des attentes. « Après 4 mois depuis le début de la pandémie, l’on s’aperçoit qu’on n’est pas encore tout à fait à la hauteur pour pouvoir faire un grand nombre de tests. Et cela malgré l’autorisation qui a été donnée aux laboratoires privés qui ont la possibilité de faire des tests », regrette le président de la Forem.

Il appelle à lever le « monopole » de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) sur cette question des dépistages. « On s’aperçoit que sur la vingtaine de points qu’il a autorisés à effectuer des tests notamment au niveau des hôpitaux, beaucoup ne reçoivent pas de kits. Ils ne peuvent donc pas effectuer de tests. Ce qui fait que nous sommes dans une situation de blocage épidémiologique dont le responsable est l’IPA », accuse Khiati. Il préconise aussi d’autoriser les centres de recherche et les universités à effectuer des tests d’autant qu’ils disposent de l’équipement nécessaire.

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