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France : le RN veut interdire certains emplois aux binationaux

À l’approche des législatives anticipées des 30 juin et 7 juillet en France, le Rassemblement national (RN), en tête dans les sondages, peine à rassurer et à dissiper les craintes suscitées par son programme. Les cinq millions de binationaux que compte la France ont de sérieuses raisons de s’inquiéter au vu de la rhétorique du RN et de ses engagements, comme le révèle le journal Le Monde ce samedi 22 juin.

Le 14 juin, Jordan Bardella, qui a de fortes chances de devenir Premier ministre après le 7 juillet, a tenté de dissiper les craintes par rapport à son programme. Il répondait à une question d’une auditrice détentrice d’un titre de séjour : “Les Français d’origine étrangère ou de nationalité étrangère n’ont rien à craindre, s’ils travaillent, paient leurs impôts, paient leurs cotisations, respectent la loi… ”.

Sciemment ou pas, le chef du RN a commis un lapsus qui, pour les observateurs, est une énième preuve que le changement de nom du RN, anciennement Front national (FN), ne s’est pas accompagné d’un changement de nature.

Un parti réellement “républicain” n’a pas de raison de distinguer les Français suivant leur origine. Même Marine Le Pen a reconnu que son successeur a dérapé. “Ça peut arriver, on est un peu sur les rotules”, a-t-elle justifié cette semaine.

Les binationaux dans le collimateur du RN

Mais peut-on la croire quand on sait que le RN est passé maître dans l’art de dire une chose et son contraire et surtout de dissimuler sa véritable nature.

“L’origine est un vieux fantasme du Front national, une manière de suspecter par principe l’étranger ou celui qui viendrait de l’étranger”, explique Cécile Alduy, sémiologue à l’université de Stanford (États-Unis), citée par le journal Le Monde.

Cette philosophie se traduit dans le programme du RN par son engagement à supprimer le droit du sol, c’est-à-dire l’acquisition automatique de la citoyenneté française par les enfants nés sur le sol français de parents étrangers en situation régulière.

Les Français binationaux sont de facto dans le viseur du RN car ils ont justement des origines étrangères, sans quoi ils ne détiendraient pas plus d’une citoyenneté.

France : ce qui attend les 5 millions de binationaux avec le RN au pouvoir

En France, les binationaux ne constituent pas une marge insignifiante comme on pourrait le penser. Les chiffres disponibles font état de plusieurs millions. Selon l’INED (Institut national des études démographiques), 3,3 millions de français vivant en métropole et âgés de 18 à 50 ans possèdent la double nationalité, soit 5 % de la population française.

Selon l’historien Patrick Weil, cité par Alternatives économiques, le nombre de binationaux atteindrait 5 millions si l’on inclut les Français vivant à l’étranger et dans les territoires d’outre-mer.

Parmi les étrangers ayant acquis la nationalité française, près de la moitié auraient gardé leur nationalité d’origine. Il y a aussi beaucoup de descendants de couples d’immigrés ou de couples mixtes qui portent les deux nationalités auxquelles ils ouvrent droit d’office.

Selon le même institut, les porteurs de la double nationalité (issus de couples mixtes ou d’immigrés, ou des immigrés devenus français) ont des origines maghrébines (Maroc, Tunisie et surtout Algérie), d’Afrique guinéenne, centrale et subsaharienne, de Turquie, d’Espagne et du Portugal. Que leur réserve le RN s’il accède au pouvoir ?

Ce parti était résolument contre la double nationalité qu’il envisageait de supprimer. Dans sa rhétorique, ceux qui la portent sont des “Français de papiers”. Marine le Pen qualifiait la double nationalité de « frein majeur à l’intégration », estimant qu' »il faut choisir sous peine de susciter des doubles allégeances qui pourraient être problématiques”.

Inscrire la préférence nationale dans la Constitution française

Selon Le Monde, Marine Le Pen rêve de soumettre à référendum un projet de Loi sur l’immigration dès son élection à la présidence de la République. Le document contiendrait une allusion implicite à la théorie raciste du « grand remplacement », excluant toute politique susceptible d’entraîner l’« installation d’un nombre d’étrangers sur le territoire national de nature à modifier la composition et l’identité du peuple français ».

Le texte vise à inscrire dans la Constitution la « préférence nationale » en matière d’emploi, de logement social ou de prestations sociales. Une discrimination qui ciblerait pour partie les binationaux, en plus des étrangers.

Le RN veut inscrire dans la Constitution la possibilité d’interdire, par une simple « loi organique », « l’accès à des emplois des administrations, des entreprises publiques et des personnes morales chargées d’une mission de service public aux personnes qui possèdent la nationalité d’un autre État ».

Renaud Labaye, ex-secrétaire général du groupe RN à l’Assemblée nationale, a confirmé au Monde que les binationaux seront concernés par ces interdictions qui viendraient s’ajouter aux emplois, la plupart dans la fonction publique ou la santé, déjà fermés aux étrangers.

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