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Hubert Védrine : « L’Algérie est très souverainiste…»

Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères français et président de l’Institut François Mitterrand, est revenu, dans un entretien ce mercredi 13 décembre à RFI, sur la récente visite du président français, Emmanuel Macron, à Alger et sur les questions soulevées lors de ce passage éclair, notamment sur le passé colonial de la France.

« Le passé commun entre la France et l’Algérie est connu. Nous n’avons jamais vraiment cessé d’en parler. Peut-être faudrait-il plutôt se demander pourquoi les peuples européens ont-ils été des peuples colonisateurs ? Pourquoi certains pays agressés se sont laissé coloniser, alors que d’autres ont livré des combats absolument féroces pour ne pas vivre sous la férule des puissances étrangères ? Ces questions, il me semble, relèvent du débat historique et n’ont rien à voir avec ce que l’Algérie et la France peuvent faire ensemble aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Il a confié avoir aimé la réaction de Macron pendant son passage à Alger à une question d’un jeune algérien sur la colonisation française. « “Vous n’avez jamais connu la colonisation. Qu’est-ce que vous venez m’embrouiller avec ça”, a-t-il répondu », a rappelé Védrine.  « La seule question pertinente que nous devons nous poser aujourd’hui, c’est de savoir si nos deux pays ont un avenir commun. Je crois que la réponse est « oui ». Les domaines de coopération ne manquent pas. Il me semble que la France peut notamment accompagner l’Algérie sur la question de son avenir post-pétrolier, un sujet sur lequel l’élite algérienne, je le sais, a déjà engagé une réflexion approfondie », a soutenu l’ancien secrétaire général de l’Élysée (1991-1995).

« L’Algérie, un pays qui compte »

Interrogé sur « la pacification du Sahel » et sur l’application des Accords d’Alger sur la paix au Mali (paraphés en 2015), l’ancien chef de la diplomatie française a souligné que l’Algérie est « un pays qui compte dans la région ».

« Et à ce titre, elle a de nombreux relais d’influence dans le Sahel. Je sais aussi que l’Algérie est très souverainiste et veut s’engager le moins possible dans des systèmes globaux ou multilatéraux. Ce pays pourrait faire plus pour la paix dans le Sahel, tout en gardant sa liberté de décision et d’appréciation », a-t-il analysé.

Une manière d’expliquer le refus d’Alger d’adhérer à l’Alliance militaire G5 Sahel, créée à l’initiative de Paris, réunie dans la capitale française, ce mercredi 13 décembre. La France a demandé, ces derniers mois, à l’Algérie de « faire plus » pour la mise en application des Accords d’Alger au Mali.

À la mi-octobre 2017, Abdelkader Messahel, ministre des Affaires étrangère, a répondu en déclarant, à Bamako, que l’Algérie est déterminée « à poursuivre sa coopération multiforme avec le Mali pour l’accompagner dans ses efforts visant à accélérer sa sortie de la crise qu’il endure ».

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