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L’Allemagne va faciliter l’immigration de main-d’oeuvre qualifiée

L’Allemagne va faciliter l’immigration de main-d’oeuvre qualifiée

Pour la première fois et face au vieillissement de sa population, l’Allemagne va se doter d’une loi pour recruter une main-d’oeuvre qualifiée étrangère, un sujet âprement débattu dans un contexte de montée du sentiment antimigrants.

Un projet de “loi sur l’immigration de travailleurs qualifiés” doit être adopté mercredi en conseil des ministres, après le succès de tractations de dernière minute entre les partis social-démocrate SPD et conservateur CDU/CSU de la “grande coalition”.

Le SPD insiste pour que ce projet phare du quatrième gouvernement d’Angela Merkel puisse être porté sur les fonts baptismaux avant la fin de l’année, faisant officiellement de l’Allemagne un pays d’immigration.

Il s’agit de montrer aussi que ce gouvernement est capable encore d’agir, après des mois de crises et disputes internes qui ont forcé la chancelière à annoncer son départ en 2021.

Mais face à la montée de l’extrême droite depuis l’arrivée de près d’un million de demandeurs d’asile en 2015, les députés conservateurs ont réclamé des ajustements au projet pourtant élaboré par deux ministres conservateurs (Intérieur et Economie) et un social-démocrate (Travail).

Le ministère de l’Intérieur a indiqué mardi soir que les derniers points de désaccord avaient pu être surmontés, sans fournir de précisions concrètes.

Les trois ministres concernés doivent s’exprimer mercredi.

Selon l’agence de presse allemande dpa, les conservateurs veulent une distinction nette entre droit d’asile et législation sur la main-d’oeuvre étrangère.

L’objectif du projet de loi, qui doit être adopté au parlement courant 2019, est de répondre au manque de main-d’oeuvre criant dans certains secteurs de l’économie phare en Europe.

Concrètement, il prévoit que les personnes originaires de pays hors de l’Union européenne disposant de qualifications nécessaires à l’Allemagne obtiennent un permis de séjour de six mois afin de décrocher un emploi.

– Propres moyens –

Durant cette période, ils devront disposer de leurs propres moyens de subsistance et démontrer un niveau d’allemand suffisant. Ils n’auront droit à aucune prestation sociale. Leur permis de séjour sera prolongé s’ils trouvent un travail.

L’Allemagne entend ainsi recruter dans des secteurs stratégiques comme l’informatique, les technologies de l’information ou les métiers de la cuisine et des soins aux personnes âgées. Les manques sont particulièrement criants dans les petites et moyennes entreprises (PME), “coeur” du modèle économique allemand.

Selon des experts de l’Université de Constance et de l’Agence fédérale pour l’emploi, face au vieillissement de ses actifs, l’Allemagne aura besoin jusqu’en 2050 annuellement en moyenne de 400.000 travailleurs originaires de pays hors de l’UE.

Le patronat réclame donc que cette immigration soit facilitée, la pénurie ayant été accentuée par la forte croissance des dernières années.

La droite conservatrice craint que cette nouvelle législation ne serve d'”appel d’air” pour une nouvelle vague d’immigration après l’arrivée de plus d’un million de migrants en 2015 et 2016 qui a redessiné le paysage politique allemand sur fond d’inquiétudes d’une partie de la population.

Ce projet de loi sera notamment soumis à une chambre des députés qui compte depuis 2017 plus de 90 députés d’extrême droite et où l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est le premier parti d’opposition depuis un an.

– Dumping sur les salaires –

De son côté, la Fédération des syndicats allemands DGB a mis en garde contre le texte, craignant qu’il ne provoque un dumping sur les salaires et l’exploitation de la main d’oeuvre étrangère.

D’âpres débats ont en outre opposé droite et gauche concernant les étrangers se trouvant déjà en Allemagne, en attente d’une décision sur leur demande d’asile et qui occupent un emploi.

Reste que c’est la première fois que l’Allemagne veut se doter d’une telle législation. Le pays compte déjà 14,9% de personnes nées à l’étranger, selon l’ONU, mais il reste une réticence à se considérer comme une terre d’immigration.

Si dès les années 60, elle a fait venir de Turquie et de Grèce de nombreux étrangers pour travailler dans ses usines, ils étaient considérés comme des “travailleurs invités” appelés à rentrer dans leur pays. Dans les faits, nombre d’entre eux sont restés, avec enfants et petits-enfants.

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