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L’appel de Bouteflika, attaques de Bouguerra Soltani : entretien avec Abderrezak Makri

L’appel de Bouteflika, attaques de Bouguerra Soltani : entretien avec Abderrezak Makri

Le président du MSP Abderrezak Makri revient dans cet entretien sur le dernier discours du président de la République, sur l’élection présidentielle de 2019 et répond aux attaques de Bouguerra Soltani.

Le président de la République a estimé lundi que la scène politique doit connaître une diversité, une confrontation de programmes et une course au pouvoir. Qu’est-ce que vous comprenez ?

C’est une bonne déclaration. Ce sont de bonnes idées. Mais le mieux est de donner les conditions nécessaires pour que les Algériens puissent croire en cela et commencent à s’intéresser à la politique. Il faut donner les conditions nécessaires pour encourager les partis politiques à entrer en compétition. On est très loin du seuil démocratique acceptable pour croire à une véritable compétition.

De tout temps, les élections étaient truquées et falsifiées. Même Abdelaziz Bouteflika l’avait déclaré à un certain moment. Aujourd’hui, c’est M. Ouyahia qui souffre de la non-neutralité de certaines institutions de l’État. Et il le dit lui-même.

Quelles sont ces garanties ou ces conditions ?

La première des garanties est la commission nationale indépendante pour l’organisation des élections. C’est devenu quelque chose de primordiale qui permettrait de redonner confiance dans la compétition politique. L’administration doit être complètement neutre. Cela dit, je ne crois pas qu’on remplira les conditions (nécessaires) pour 2019. C’est pour ça qu’on appelle au consensus.

Il y a un blocage en Algérie. Même s’il y aura une bonne gouvernance après les élections de 2019, on ne sortira pas de l’auberge. Nous sommes en plein crise économique. Même les institutions de l’État rendent compte de la situation très dangereuse et font état de perspectives très inquiétantes.

Les élections doivent se dérouler dans un cadre consensuel afin que le président et le gouvernement soient soutenus par toute la classe politique.

La déclaration du président n’est-elle pas un signe d’ouverture dans la perspective de 2019 ?

La première partie qui souffre du manque d’intérêt de la classe politique pour la compétition (les élections) est le pouvoir en place. Ce manque d’intérêt touche de plein fouet la crédibilité de la compétition et celle des responsables en place.

Le pouvoir a peur que la classe politique boycotte la prochaine élection présidentielle ?

Il y a déjà eu le boycott de l’élection présidentielle en 2014. Même ceux qui avaient pris part au début se sont retirés par la suite. En fait, il y a bien une crainte qu’il y ait un boycott total et inégalé pour les prochaines élections. Le risque existe. C’est pour cela que M. Abdelaziz Bouteflika et les autorités doivent fournir un effort pour convaincre la classe politique d’entrer dans cette compétition. Faire cet appel, c’est bien mais c’est très insuffisant.

Des personnalités de l’opposition appellent à une candidature commune. Êtes-vous favorable ?

Quelle candidature commune dans ce contexte de non-transparence, de tricherie et de fraude électorale ? Cela servirait à quoi d’avoir un candidat unique ? De travailler et de faire un effort extraordinaire pour l’intérêt d’une personne tout en sachant que cela n’aboutira pas ?

S’il faut faire des efforts de ce genre, je le ferai pour mon parti puisqu’il y a d’autres objectifs en dessous du but final et donc de la magistrature suprême : faire connaître le parti, toucher un nombre plus important de la population, faire connaître le candidat du parti.

Louisa Hanoune a appelé le président à l’organisation des élections pour une assemblée nationale constituante. Est-ce une bonne idée ?

Cela pourrait servir à quoi de faire des propositions dans un contexte où les rapports de force ne sont pas en faveur de l’opposition. Qui va accepter cette proposition ? En ce qui concerne la proposition, elle n’est pas dans notre programme.

Au MSP, nous voulons une assemblée élue démocratiquement. Pour nous, le problème est la fraude électorale. L’Algérie a besoin de démocratie et d’élections transparentes non-truquées.

Le secteur automobile est à nouveau confronté à une crise. Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est le résultat de la non-transparence, de la mauvaise gouvernance, de l’opacité du secteur économique et de l’absence de contre-pouvoirs. Des responsables dans les hautes sphères de l’État prennent des décisions comme ils veulent et ne tiennent pas compte des avis des experts. Le Parlement n’a aucun rôle dans la vie économique. Et aucune institution n’exerce le rôle de contre-pouvoir dans ces situations. C’est pour cela qu’il y a des contradictions.

La publication des prix des véhicules assemblés en Algérie est-elle un signe de transparence ?

On ne publie pas les prix (des véhicules). C’est le marché qui doit les déterminer. Et puis est-ce qu’ils ont les outils, la volonté, la capacité et le savoir-faire pour contrôler le marché ? Ce qui peut contrôler le marché, c’est la transparence et c’est le fait de sortir de la corruption. Ce n’est pas l’administration des prix qui règle les problèmes. C’est la législation, ce sont les institutions, la transparence, les contre-pouvoirs, la régularité des procédures, le savoir-faire et la bonne gouvernance.

Comment avoir une économie percutante et compétente lorsqu’on est dans un secteur économique réglé par la corruption où on façonne les hommes d’affaires, où on amplifie la richesse de certains d’entre eux par l’attribution de prêts bancaires, de projets faramineux et des facilitations dans le domaine financier ? Ce n’est pas possible.

Le congrès de votre parti se tiendra dans deux mois. Êtes-vous satisfait de votre bilan ?

Je suis très satisfait. Ce sont les chiffres qui parlent. En 2017, on a obtenu beaucoup plus de voix et beaucoup plus d’élus qu’en 2012. En 2012, on était dans quatorze wilayas. Aujourd’hui, on est dans 27 wilayas. Il ne faut pas oublier l’impact de la fraude électorale. Aux élections locales, nous avons eu plus d’APC et plus d’élus locaux. Parmi nos acquis, je peux également vous parler de la sortie de l’impasse pour le parti avec l’opinion publique. Celle-ci nous interpellait sur notre présence au gouvernement sans être pour autant un parti politique qui pèse ou qui fait partie de la décision. Aujourd’hui, nous sommes dans l’opposition et cela a eu un impact positif sur notre popularité en général.

Parmi les acquis, il y a aussi cette stabilité au sein du mouvement qui est extraordinaire. Évidemment, je n’oublie pas l’unification du mouvement. Avant 2012, on s’était divisés en trois partis. Aujourd’hui, on est dans l’unification.

Bouguerra Soltani vous accuse d’avoir relégué le parti à la deuxième division. Que lui répondez-vous ?

Ce sont les chiffres qui parlent. Cela dit, il est libre de le dire. Nous sommes un parti démocratique. Je suis très heureux qu’il y ait d’autres avis au sein de notre formation. Avant 2012, lorsqu’il y avait des gens qui avaient des avis différents, ils sortaient du parti. Ce n’est plus le cas maintenant. Aujourd’hui, les cadres s’expriment librement tout en restant dans le mouvement.

Vous voulez dire que la gestion des conflits ne se faisait pas de manière démocratique auparavant ?

Je ne veux attaquer personne. Je fais des constations seulement. Avant, quand quelqu’un s’exprimait, il se retrouvait en dehors du parti. Aujourd’hui, les personnes s’expriment et elles sont à l’intérieur du parti. C’est une évolution extraordinaire. On est en train de façonner une histoire de démocratie extraordinaire au sein d’un parti politique. C’est très important.

Il n’y aura pas de retour en arrière lors du prochain congrès ?

Pas du tout. Indépendamment de la direction qui sera en charge de diriger le parti, la ligne politique restera telle quelle.

Vous êtes d’ores et déjà candidat ?

Ce n’est pas encore le moment de poser les candidatures. Cela se fera lors de la prochaine session du conseil consultatif qui se tiendra début avril. À ce propos, je vous signale un changement démocratique important au sein du mouvement. Auparavant, aucun candidat ne pouvait contacter la base et faire campagne jusqu’au jour du congrès. On a révisé les statuts. J’ai fait une proposition qui avait été retenue. Il s’agit d’ouvrir la candidature juste après le conseil consultatif. Après la session, les candidats peuvent aller vers la base et entrer en contact avec les militants. Donc aujourd’hui, je suis vraiment fier de voir que des personnalités du mouvement peuvent s’exprimer librement dans la presse.

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