
Les scandales n’en finissent décidément pas pour le Makhzen. Les services de sécurité marocains sont de nouveau gravement mis en cause par un rapport international qui dénonce leurs méthodes pour espionner et faire taire opposants et journalistes critiques.
Le rapport est intitulé “On commence par le verdict. Au cœur de l’appareil de surveillance marocain”, et lève le voile sur les méthodes utilisées au royaume pour cibler les voix qui dérangent.
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Des cibles ont été enregistrées à leur insu en détention, dans des bureaux, des voitures, des aéroports et même au lit pour subir ensuite un chantage ou faire l’objet de poursuites. Outre l’utilisation de logiciels espions, notamment israéliens, les services marocains sont allés jusqu’à vendre à leurs cibles des téléphones pré-infectés avec la complicité de propriétaires de boutiques de téléphonie.
Un écosystème répressif
Le témoignage du lanceur d’alerte Safir, un ancien de la DGST qui a fait défection, a permis d’offrir un éclairage rare sur le fonctionnement du système de surveillance mis en place à large échelle.
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Gravement mis en cause plusieurs fois par le passé, notamment dans le scandale Pegasus, le Maroc a toujours tenté de nier. Mais de nouveaux éléments accablants sont apportés par Amnesty International.
Le rapport a pu déterminer que le Maroc achète ses outils de surveillance à des entreprises basées en Israël, dans l’Union européenne et aux États-Unis, et cela constitue “une nouvelle preuve de l’existence d’une économie mondiale de la techno-oppression, rendue possible par des entreprises et des États qui ne respectent pas leurs obligations aux termes du droit international”, écrit l’ONG.
Cet “écosystème répressif” rend difficile et dangereux d’exercer ses droits au Maroc et même après leur libération, “les personnes visées continuent de vivre sous surveillance et font l’objet de campagnes de dénigrement fondées sur des informations d’ordre privé ne pouvant être obtenues que par la surveillance”.
La DGST au cœur du dispositif
Diverses méthodes sont utilisées, dont l’infection physique des appareils, les attaques “un clic”, qui nécessitent que la victime clique sur un lien malveillant, les attaques “zéro clic”, sans besoin de cliquer sur un lien ni de faire une quelconque action et les attaques par injection réseau, menées par le biais du réseau de Maroc Telecom.
Dans le nouveau rapport, la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) est identifiée comme l’entité responsable des utilisations abusives de Pegasus et des autres méthodes d’espionnage et de surveillance des journalistes et opposants marocains.
Le lanceur d’alerte Safir a décrit le fonctionnement interne de la DGST et détaillé le vaste éventail d’outils et de techniques de surveillance utilisés. Le témoignage a été corroboré par Amnesty à partir de sources indépendantes, de preuves techniques et d’entretiens avec notamment 10 victimes de la surveillance.
Il a été ainsi établi que les personnes visées sont filmées et enregistrées à leur insu “en détention, dans leur bureau, leur voiture ou des cafés, et même dans leur chambre à coucher”.
Leurs appels téléphoniques sont régulièrement interceptés. Leurs données de localisation sont suivies, révélant les déplacements quotidiens des militants et de leurs associés.
Le lanceur d’alerte a aussi révélé que des boutiques de téléphonie ont été chargées de vendre des téléphones mobiles pré-infectés et que des voisins des cibles étaient recrutés comme informateurs.
Filmé dans son lit avec sa compagne
Les cybercafés sont aussi infectés avec le logiciel espion Remote Control System (RCS). “Les agents sur le terrain nous disaient dans quel cybercafé la cible se rendait, et nous pouvions voir ce qu’elle y faisait car nous avions au préalable infecté toutes les machines de l’établissement”, a témoigné Safir.
Les témoignages ont permis d’établir que les services marocains sont allés trop loin. Le journaliste Omar Radi a été par exemple espionné par des émetteurs installés dans les lampes de son appartement. Le militant des droits humains Fouad Abdelmoumni a été filmé à l’intérieur de son domicile avec sa compagne, et la vidéo a été diffusée sur WhatsApp. Une caméra a été installée dans son climatiseur. Et ce ne sont que quelques exemples des cas confirmés par le rapport.
“C’est très violent. Un ami m’a dit que, après avoir subi ça pendant des années, il avait ressenti une sorte de soulagement le jour où il avait été mis en prison”, a témoigné le journaliste Hicham Mansouri, lui-même surveillé et emprisonné pour des accusations fallacieuses d’“exploitation sexuelle”.