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Pétrole : comment Trump a fait fléchir le prince héritier saoudien

Pétrole : comment Trump a fait fléchir le prince héritier saoudien

C’est ce vendredi 1er mai qu’entre en vigueur l’accord sur la réduction de la production de pétrole signé le 12 avril par les pays de l’Opep et non-Opep. L’Algérie, qui assure la présidence du cartel pétrolier, insiste sur la stricte application de cet accord qui porte sur une réduction de 9.5 millions de barils/jour dans une première étape de deux mois.

« Face aux difficultés sans précédent auxquels le marché pétrolier fait face, il est de la plus grande importance que tous les pays signataires appliquent totalement l’accord de réduction de la production et que l’objectif doit être d’assurer un taux de conformité supérieur à 100% », a indiqué le ministre de l’Énergie et président de la Conférence de l’Opep, Mohamed Arkab, dans un communiqué rendu public ce jeudi 30 avril.

« L’Algérie est prête à réduire sa production dès le 1er mai, en conformité avec l’Accord » tout en remerciant les autres pays producteurs qui ont annoncé des réductions volontaires de leur production, a affirmé Arkab.

Se disant optimiste malgré l’impact sévère de la crise de coronavirus sur le marché pétrolier, le président de la Conférence de l’Opep, estime que « la hausse progressive de la demande pétrolière en raison de la reprise de l’activité économique mondiale d’une part, et la réduction de l’approvisionnement d’autre part, vont permettre une stabilisation progressive du marché pétrolier et une tendance haussière des prix ».

Cela dit, il reconnaît que les incertitudes sont nombreuses et que la volatilité restera élevée dans les prochaines semaines. « L’Opep continue à suivre l’évolution des conditions du marché pétrolier et de ses perspectives, et elle est prête à prendre les mesures qui seraient nécessaires, de manière coopérative et consensuelle avec ses partenaires de la Déclaration de Coopération », ajoute le communiqué.

À noter que malgré l’accord du 12 avril, les prix du pétrole ont continué de chuter à des niveaux historiquement bas, avant de remonter ces derniers jours. Les contrats à terme sur le pétrole américain sont tombés en dessous de zéro la semaine dernière, les vendeurs ayant payé les acheteurs pour éviter de prendre livraison du pétrole qu’ils n’avaient pas d’endroit où stocker. Les contrats à terme sur le Brent, la référence mondiale du pétrole, sont tombés à 15 dollars le baril – un niveau inégalé depuis le krach des prix du pétrole en 1999 – contre 70 dollars au début de l’année.

Trump a menacé l’Arabie saoudite

Sur un autre registre, l’agence Reuters vient de faire de retentissantes révélations sur le rôle du président américain dans le changement d’attitude de l’Arabie saoudite qui, après avoir engagé un bras de fer avec la Russie et provoqué l’inondation du marché, a fini par accepter un accord sur la baisse de production.

« Lors d’un appel téléphonique le 2 avril, Trump a déclaré au prince héritier saoudien Mohammed bin Salman qu’à moins que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ne commence à réduire la production de pétrole, il serait impuissant à empêcher les législateurs d’adopter une loi pour retirer les troupes américaines du royaume », rapporte l’agence britannique, citant quatre sources proches du dossier.

La menace de renverser une alliance stratégique de 75 ans était au cœur de la campagne de pression américaine qui a conduit à un accord mondial historique pour réduire l’offre de pétrole alors que la demande s’effondrait à cause de la pandémie de coronavirus, ajoute Reuters qui précise que Trump a transmis le message au prince héritier 10 jours avant l’annonce de coupes dans la production.

Le chef de facto du royaume a été tellement surpris par la menace qu’il a ordonné à ses collaborateurs de quitter la salle afin qu’il puisse poursuivre la discussion en privé, selon la même source.

Le prince héritier ne veut pas perdre l’appui de son allié américain alors qu’il est engagé dans un bras de fer avec l’Iran pour le leadership du monde musulman.

Cet effort a illustré le fort désir de Trump de protéger l’industrie pétrolière américaine d’une chute des prix historique alors que les gouvernements fermaient les économies du monde entier pour lutter contre le virus.

La semaine avant l’appel téléphonique de Trump avec le prince héritier Mohammed, les sénateurs républicains américains Kevin Cramer et Dan Sullivan avaient déposé une loi visant à retirer toutes les troupes américaines, les missiles Patriot et les systèmes de défense anti-missiles du royaume à moins que l’Arabie saoudite ne réduise la production de pétrole.

Le royaume avait ouvert les robinets en avril, déclenchant un flot de brut dans l’approvisionnement mondial après que la Russie ait refusé d’approfondir les réductions de production conformément à un précédent pacte d’approvisionnement de l’Opep.

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