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Politique économique : quand la Banque Mondiale « donne raison » au gouvernement Ouyahia

Politique économique : quand la Banque Mondiale « donne raison » au gouvernement Ouyahia

Anis Belghoul / PPAgency

Le scénario économique élaboré par le gouvernement Ouyahia pour l’année 2018 semble se réaliser pour l’instant sans encombre. Ce sont les institutions financières internationales elles mêmes qui, en ce début d’année, paraissent « donner raison » aux prévisions officielles. Une performance dont les responsables gouvernementaux ne manqueront certainement pas de se prévaloir au cours des prochains jours.

Mieux que la majorité des pays de la zone Mena

Selon les dernières estimations de la Banque Mondiale (BM), rendues publiques ce mercredi 10 janvier, le taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) réel de l’Algérie devrait s’établir à 3,6% en 2018. La BM revoit ainsi très sensiblement à la hausse ses chiffres pour la croissance économique de l’Algérie.

La Banque Mondiale a aussi révisé à la hausse ses chiffres concernant le taux de croissance économique de l’Algérie pour l’année qui vient de s’achever. Le dernier rapport de janvier estime ce taux de croissance à 2,2% en 2017.

Pour l’année 2018, l’Algérie tiendra une cadence élevée et fera mieux que la majorité des pays de la région Mena, y compris les exportateurs de pétrole, où la croissance va marquer le pas, selon la BM.

On se souvient qu’au printemps dernier, les prévisions du FMI et de la Banque Mondiale pour l’Algérie en 2017 et 2018 avaient été jugées très « inquiétantes » par beaucoup d’observateurs. Elles annonçaient une forte baisse de la croissance estimée à 1,6% en 2017 et à moins de 1% (0, 6 % selon le FMI) pour 2018. Ces estimations très pessimistes étaient accompagnées, de surcroit, de prévisions annonçant une hausse importante du taux de chômage.

Les explications données par la Banque Mondiale pour cette révision, très importante et très inhabituelle, de ses prévisions étaient attendues : « En Algérie, les nouvelles dépenses d’investissement du gouvernement associées au budget de 2018 et une politique budgétaire plus expansionniste que prévue auparavant est attendue pour relancer la croissance sur le court-terme ».

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Tout près des prévisions du gouvernement

Alors que l’année 2018 devait être celle de « tous les dangers » pour la croissance économique, les très fortes corrections apportées par la Banque Mondiale à ses prévisions semblent conforter la démarche du gouvernement Ouyahia.

La loi de finances 2018 affiche un objectif, qui avait été jugé généralement très ambitieux : 4 % de croissance pour l’année en cours. Un pari, et un calcul, à court terme, mais qui pourrait bien être gagné.

La croissance des dépenses publiques se concentre en effet essentiellement sur les dépenses d’équipement. Elle évite également la relance des grands projets d’équipement très gourmands en importations et cherche à privilégier les entreprises de réalisation nationales ainsi que la commande adressée aux entreprises locales.

Une « relance sur le court terme »

La croissance devrait donc être au rendez-vous en 2018. Seul problème, une telle opération de stimulation de l’activité économique,  rendue possible uniquement par le financement monétaire du déficit public (à hauteur de 1800 milliards de dinars pour 2018 selon le ministre des Finances), sera bien difficile à renouveler au cours des années à venir.

C’est dans cet esprit que la Banque Mondiale évoque une « relance sur le court terme » et prévoit en outre dans son nouveau rapport que la croissance du PIB réel de l’Algérie devrait ralentir sensiblement à partir de l’année prochaine pour s’établir à  2,5% en 2019 et à seulement 1,6% pour l’année 2020.

Le FMI aussi

Les nouveaux chiffres rendus publics par la BM précédent de peu ceux, également très attendus, qui seront communiqués prochainement par le Fonds monétaire international (FMI). Une mission d’experts du FMI a effectué un séjour discret d’une semaine en Algérie à la fin du mois de novembre dernier. Objectif : collecter des informations destinées à la révision du cadrage macroéconomique sur l’Algérie qui ne tenait pas compte jusqu’ici du virage économique opéré au cours de l’été 2017 et des nouvelles données contenues dans la loi de finances 2018.

À la fin du mois d’octobre dernier c’est à partir de Washington que le ministre des Finances, Abderahmane Raouya, indiquait  que « le ministère des Finances et le FMI procéderont à un recoupement de leurs prévisions lors de la prochaine mission du Fonds en Algérie ». Sur ce chapitre, le ministre des finances se montrait très confiant en estimant que « les corrections que le FMI apporte à ses prévisions initiales rejoignent souvent les taux projetés par l’Algérie ».

Les prochains épisodes sont donc déjà programmés. Il s’agira de la publication, courant janvier, des prévisions du FMI pour 2018. Elles devraient être très voisines de celles de la Banque Mondiale. Il s’agira aussi de la mission, qui devrait être beaucoup plus médiatisée, prévue dans le cadre de la coopération institutionnelle et qui interviendra à la fin du mois de mars prochain

Un rapprochement en trompe l’œil

C’est à l’occasion de cette prochaine mission du FMI qu’on devrait s’apercevoir que le rapprochement  des prévisions de croissance entre les autorités algériennes et les institutions financières internationales donne une indication trompeuse sur la qualité de leur  dialogue avec  les autorités algériennes. Ce dernier est, en réalité, très loin de marquer une convergence des analyses sur la situation économique de notre pays. On peut considérer au contraire, selon nos sources, que ces dernières n’ont jamais été aussi éloignées qu’au cours des derniers mois.

Qu’il s’agisse des déficits publics, du recours à la planche à billet, de la gestion de la valeur de la monnaie nationale, ou de l’endettement extérieur, sans même parler du chantier de longue haleine des « réformes de structures », les options récentes du gouvernement algérien tournent résolument le dos aux recommandations des institutions de Bretton woods.

Elles annoncent un « dialogue de sourd » qui pourrait bien se poursuivre pendant encore plusieurs années si on en juge par les mesures économiques et les aménagements législatifs adoptés depuis l’été dernier par les autorités algériennes.

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