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1er vol entre le Maroc et Israël : plus d’enthousiasme à Tel-Aviv qu’à Rabat

Le Maroc et Israël ont entamé la mise en œuvre de leur accord annoncé par le président américain Donald Trump jeudi 10 décembre portant sur la normalisation de leurs relations.

Ce mardi 22 décembre, un premier vol commercial de la compagnie israélienne El Al s’est posé à l’aéroport de Rabat. L’établissement de liaisons aériennes directes entre les deux pays est la première étape d’un processus de normalisation devant d’aboutir à l’ouverture de représentations diplomatiques.

L’accord annoncé le 10 décembre est un deal triangulaire entre le Maroc, les États-Unis et Israël, prévoyant la proclamation par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occupé et la reconnaissance d’Israël par le royaume du Maroc.

Celui-ci est le quatrième pays arabe à normaliser ses relations avec l’État hébreu en trois mois, après les Emirats arabes Unis, Bahreïn et le Soudan. L’architecte de cette normalisation tous azimuts s’appelle Jared Kuchner, beau-fils et conseiller de Donald Trump.

Kuchner était à bord de l’appareil d’El Al qui s’est posé ce mardi à Rabat. A côté de lui, Meir Ben-Shabbat, conseiller du Premier ministre Israélien Benjamin Netanyahou.

L’avion est frappé du symbole de la Khamsa (main de Fatima) et du mot paix écrit en Arabe, en hébreu et en anglais.

Les deux pays entretenaient des échanges continus mais jamais assumés publiquement et de nombreux israéliens originaires du Maroc se rendaient régulièrement dans ce pays en effectuant des escales.

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C’est la première fois qu’un vol commercial direct est effectué entre les deux pays. Pour Israël, c’est un grand événement, plus que pour le Maroc. En tout cas, l’enthousiasme est perçu plus du côté israélien, avec une forte médiatisation, des post en direct sur les réseaux sociaux, notamment de Jared Kuchner, et une multiplication des déclarations.

Au Maroc, on n’en parle pas autant, même si la visite comporte aussi des enjeux économiques avec la signature de mémorandum d’entente dans divers domaines, dont l’agriculture, le tourisme et la gestion de l’eau.

Biden pourrait revenir sur la décision de Trump

Du côté de Rabat, on ne perd pas de vue que le deal a été signé dans les derniers moments de Donald Trump à la Maison Blanche. Ayant perdu l’élection américaine du 3 novembre, Trump cédera officiellement son poste au démocrate Joe Biden le 20 janvier prochain.

Avant de partir, le républicain a tenu à parachever son projet d’amener le maximum de pays arabes à reconnaitre Israël. Le prix payé cette fois est la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental occupé.

Les Marocains ont compris que cela n’a rien d’un fait accompli. Si Donald Trump lui-même a remis en cause des lois adoptées sous son prédécesseur Barak Obama, comme celle sur la santé, l’Obama Care, il sera plus facile à Biden de revenir sur la reconnaissance du Sahara comme territoire marocain.

Sur le dossier, le nouveau président américain pourrait revenir à une orientation, celle largement partagée aux États-Unis, à savoir que le conflit est une question de décolonisation devant être réglé sous l’égide des Nations-Unies. Pour le moment, le président élu ne s’est pas prononcé sur le sujet.

Même dans son propre camp, Donald Trump est désavoué après sa décision, notamment par son ancien conseiller à la sécurité nationale, John Bolton qui a récemment déclaré que l’annonce de Trump a « brisé un engagement américain perçu comme inébranlable ».

« La meilleure chose à faire pour Biden dès son investiture serait d’annuler la décision relative à la souveraineté marocaine. Ce ne sera pas facile étant données les attentes, mal inspirées, du côté de Rabat (et d’Israël). Si Biden veut faire un revirement de 180 degrés, il devra le faire immédiatement après son installation, cela minimisera les dégâts, » a par ailleurs assuré Bolton.

Une éventualité qui semble susciter la prudence des Marocains qui espèrent que, pendant ce dernier mois qui lui reste à la Maison Blanche, Trump procède à l’ouverture d’un consulat dans l’une des villes occupées du Sahara occidental, pour matérialiser sur le terrain la reconnaissance des États-Unis de la souveraineté du Maroc sur les territoires sahraouis.

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