Direct Live Search
Search

Sécheresse : l’Algérie veut miser sur le gisement des eaux usées

Malgré les récentes inondations, le manque d'eau reste préoccupant en Algérie. Les eaux traitées constituent un gisement considérable pour l'agriculture.

Sécheresse : l’Algérie veut miser sur le gisement des eaux usées
Durée de lecture 4 minutes de lecture
Suivez nous sur Google News
Suivez nous Google News
Clock 4 minutes de lecture

Face à la sécheresse endémique et le manque d’eau, l’Algérie veut miser sur le gisement considérable des eaux usées pour son agriculture.

Malgré les inondations qui ont touché fin mai le nord du pays, le manque d’eau reste préoccupant en Algérie qui fait face à une sécheresse endémique.

A lire aussi : Air Algérie casse les prix avec une nouvelle promotion

Avec plus de 200 stations d’épuration, les eaux traitées constituent un gisement considérable pour l’agriculture. Longtemps négligée, l’utilisation de ces eaux se développe.

C’est le cas à Aïn Hout dans la wilaya de Tlemcen où la station d’épuration (Step) traite quotidiennement 30.000 m3 d’eau usée. Dans le fracas du bruit des moteurs des aérateurs fonctionnant 24 heures sur 24, Nabila Habiba Ben Djilali, responsable de la station, détaille le processus d’épuration.

A lire aussi : La France s’intéresse à la pomme de terre algérienne 

Un trajet classique avec dégrillage, dessablage et déshuilage avant la phase d’épuration proprement dite. Dans d’immenses bassins, l’eau chargée de matière organique est continuellement brassée.

L’oxygène apportée par les aérateurs active les micro-organismes qui digèrent alors les matières en suspension. L’eau ensuite éclaircie peut alors être utilisée pour l’irrigation.

A lire aussi : Algérie : la galère des importateurs de véhicules

Contrairement à la station de Baraki (Alger), à Aïn Hout, il n’y a pas de traitement tertiaire de l’eau. Un type de traitement à base de chlore, rayons UV ou ozone qui permet la destruction des germes infectieux dont les coliformes fécaux.

Une technologie cependant à la portée des entreprises et des start-up locales. Aussi, si l’eau épurée de la station est utilisée pour l’irrigation de toutes sortes de cultures, le maraîchage en est exclu. Pour s’assurer de la qualité des eaux épurées, des analyses sont régulièrement réalisées par divers laboratoires, dont celui de la station.

Des agriculteurs utilisateurs des eaux épurées

Depuis des années, les agriculteurs du périmètre irrigué de Hennaya utilisent les eaux de la station d’Aïn Haout. Aux 350 hectares irrigués à partir de 2011, ce sont près de 900 hectares qui le sont aujourd’hui.

Ainsi, Tadj Ben Djeddi, le président de la chambre d’agriculture locale, confie à la Web-TV El Filaha dépendant de la Chambre nationale d’agriculture (CNA) : « C’est un exemple réussi de réalisation. »

Quant à Salim Lableg, président d’une association locale qui rassemble 190 agriculteurs irrigants, il se réjouit de ce projet qui a mis fin à une sécheresse endémique. Mais il ne manque pas de regretter l’insuffisance du niveau des dotations en eau et des horaires de lâcher de ces eaux.

Autre avantage de la Step, la production de boues résiduaires utilisées comme engrais.

A Boumerdès, des agriculteurs utilisent aussi l’eau épurée de la Step locale. C’est le cas d’Abderrahmane Flissi et de Hamid Damouni qui irriguent depuis 2003 des parcelles de vignes et d’orangers.

Satisfaits de leur partenariat avec la station, ils indiquent être confortés par les analyses réalisées régulièrement par les services concernés.

Abdelkader Kahlouch, président de l’association locale des irrigants, indique : « Dans le secteur de Khemis El Khechna, nous avions l’habitude d’irriguer à partir du barrage d’El Hamiz, mais il n’y a plus d’eau. Avec cette station, nous souhaitons que plus aucune goutte d’eau ne soit rejetée en mer et que l’eau disponible aille directement vers les agriculteurs. »

De son côté, Sadek Boumediène, président de la Chambre d’agriculture de Boumerdès, est ravi : « Ce type de réalisation est exemplaire et nous souhaitons son extension pour protéger la production et cela dans l’intérêt de l’agriculture et du pays. »

Algérie : le parc de stations d’épuration en voie d’extension

C’est l’Office national de l’assainissement (ONA) qui gère la plus grosse partie des Step d’Algérie et développe les traitements tertiaires dont seront équipées 16 nouvelles stations en cours de réalisation. Un programme qui devrait permettre un apport annuel de 140 millions s’ajoutant au volume de 1,16 milliard de m3 d’eaux usées actuellement épurées.

L’ONA est ainsi chargé de l’exécution de la stratégie de l’Algérie de valorisation des eaux non conventionnelles. L’objectif est d’arriver en 2030 à traiter 2 milliards de mètres cube d’eau usée, de quoi irriguer 160.000 hectares de terres agricoles.

Dans le sud algérien, l’espace disponible permet la mise en place de stations selon un procédé de lagunage naturel et aéré. Ainsi, à Ghardaïa, la station est installée sur 60 hectares et jusqu’à 160 hectares dans le cas de celle de Guerrara avec à chaque fois la possibilité d’utilisation des eaux en agriculture.

Co-auteur d’une étude sur l’épuration des eaux usées dans le sud, l’universitaire Chabaca Mohammed Nacer note que ce procédé est écologique et « moins consommateur d’énergie que les autre procédés. »

Dans les stations conventionnelles comme celle d’Aïn Hout, afin d’éviter un éventuel arrêt des aérateurs, la station a même investi dans un groupe électrogène.

Début janvier, lors d’un Conseil des ministres, le chef de l’Etat a demandé de : « relancer et mettre en service l’ensemble des projets de stations d’épuration des eaux usées à l’arrêt au niveau des wilayas. »

L’ONA et les autres organismes en charge des stations font face à de nombreuses difficultés, à commencer par des stations-services et de lavage qui déversent directement des huiles usagées dans le réseau d’eaux usées ou des unités industrielles non encore équipées de moyens de prétraitement qui font de même avec des huiles et autres effluents lourds.

Retards de livraison et stations sous-équipées

Si les budgets ne manquent pas, la contrainte peut venir de la défaillance des entreprises en charge des travaux.

C’est le cas de la station de Taharacht à Akbou (Bejaia) sur laquelle a enquêté en mai dernier le quotidien El Watan. Entre résiliation de contrat, sélection de nouvelles entreprises et surcoûts, le projet lancé en 2015 et réalisé à 80 % n’est toujours pas réceptionné. Celui de Sidi Aïch (Bejaia) est achevé à près de 98 % et devrait permettre de réduire la pollution dans la Vallée de la Soummam.

Quant aux stations déjà installées, selon un état de l’ONA en 2022, le bilan est loin d’être totalement positif. La station de Chlef construite en 2006 n’est exploitée qu’à 30 % de ses capacités en raison « du manque de collecteurs raccordés à la station. »

Ses capacités sont tombées à 14 % en 2018 suite à des inondations qui ont entraîné l’arrêt de la station de pompage principale. Situation identique à Skikda où la station construite en 2014 n’est exploitée qu’à 20 % de ses capacités du fait d’un faible taux de raccordement. A Mascara c’est la capacité de la station qui est dépassée obligeant des rejets d’eaux non traitées dans la nature.

Agriculteurs, accéder à tout prix à l‘eau

A travers sa chaîne TV El Filaha, la Chambre nationale d’agriculture est aujourd’hui à même de vulgariser de nouvelles techniques agricoles.

Cette institution qui représente la profession a su attirer des compétences pour ainsi se doter d’une cellule de communication performante.

Au-delà d’une simple vulgarisation, la CNA exprime aussi les préoccupations des agriculteurs et se donne ainsi la possibilité de peser dans les débats en cours dont le dossier des eaux épurées.

SUR LE MEME SUJET : 

Le Maroc frappé par une sécheresse historique

Lien permanent : https://tsadz.co/iqlwj

TSA +