
Un climat d’insécurité juridique s’installe parmi les étrangers titulaires de titres de séjour en France. Qu’ils soient fraîchement débarqués ou établis dans le pays depuis plusieurs années, leurs demandes de renouvellement risquent à tout moment de se heurter à un refus de la préfecture.
Adressée en janvier dernier aux préfets de France, la circulaire Retailleau ne cache pas ses objectifs : délivrer le moins de titres de séjour aux étrangers (non européens) et expulser plus. Les conséquences de cette circulaire n’ont d’ailleurs pas tardé à se faire ressentir sur terrain.
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Samy, un Algérien établi en France depuis plus de 40 ans, a été stupéfait quand la préfecture de l’Aveyron a refusé sa dernière demande de renouvellement de titre de séjour et l’a placé sous le coup d’une OQTF. Le demandeur a pourtant passé la quasi-totalité de sa vie en France.
Titre de séjour : « Pourquoi vous ne rentrez pas dans votre pays ? »
Arrivé dans l’Hexagone à l’âge de 4 ans, Samy s’installe d’abord à Paris avec sa famille ou il fait sa scolarité. Après son BAC pro, il met le cap vers l’Aveyron pour poursuivre une carrière dans le secteur de la cuisine.
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Ce ressortissant algérien a deux enfants de nationalité française et a vécu toute sa vie en France. Il renouvelait son titre de séjour chaque 10 ans, sans problème, jusqu’à ce que l’impensable se produise cette année.
Il y a quelques mois, la préfecture de l’Aveyron oppose un refus à sa dernière demande de renouvellement de titre de séjour. Samy se retrouve sous OQTF et assigné à résidence (impossible donc pour lui de travailler).
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Il risque ainsi d’être renvoyé en Algérie, son pays d’origine… dont il ne connaît presque rien. À la préfecture d’Aveyron, on lui a même lancé une phrase qui l’avait profondément marqué. « Pourquoi vous ne rentrez pas dans votre pays ? ».
« J’ai tous mes souvenirs ici en France »
Depuis son arrivée en France, Samy n’était pas revenu en Algérie, hormis pour assister aux funérailles de son père. « Je ne parle même pas la langue, j’ai tous mes souvenirs ici », a-t-il confié au média français La Dépêche.
Samy se considère comme étant une « victime du conflit diplomatique » entre l’Algérie et la France et estime que la circulaire Retailleau, outre le tort qu’elle cause aux sans-papiers demandeurs d’une régularisation, impacte aussi négativement les étrangers légalement installés en France demandeurs de renouvellement de leurs titres de séjour.
Cet Algérien ne compte pas baisser les bras et assure vouloir se battre jusqu’au bout pour faire valoir ses droits. « Je suis en France depuis bientôt un demi-siècle… Je combattrai avec tous les recours… Je ne veux pas qu’ils fassent de nos enfants des orphelins », a-t-il assuré.