
En France, un sondage de l’IFOP sur les musulmans crée une vive polémique. La communauté musulmane, qui se sentait déjà discriminée, se retrouve suite à ce sondage pointée du doigt et accusée d’être de plus en plus « radicalisée ».
L’étude de l’IFOP, menée sur plus de 1.000 sondés, extrait d’un échantillon plus large composé de plus de 14.000 individus âgés de 15 ans et plus, souligne un « phénomène de réislamisation qui affecte tout particulièrement les nouvelles générations et s’accompagne d’une progression préoccupante de l’adhésion aux thèses islamistes », lit-on sur le site de l’institut.
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IFOP : des chiffres pour faire peur
L’IFOP livre plusieurs chiffres : une proportion des musulmans en France de 7 %, ce qui fait de l’Islam « la deuxième religion du pays ». Mais là où le bât blesse, c’est quand l’institut pointe une « sur-religiosité » des musulmans, notamment chez les moins de 25 ans.
En effet, l’IFOP indique que 24% des musulmans de France se disent « extrêmement » ou « très » religieux, précisant que c’est le cas chez 30 % des musulmans de France de moins de 25 ans. Le sondage se penche aussi sur la pratique quotidienne de la prière chez les jeunes musulmans de France, assurant que 67 % d’entre eux prient quotidiennement.
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Mais le chiffre qui peut semer la terreur, c’est celui lié à la Charia. Selon l’IFOP, « près d’un musulman sur deux (46%) estime que la loi islamique doit être appliquée dans les pays où ils vivent ». Le sondage indique aussi que « 38 % des musulmans approuvent tout ou une partie des positions « islamistes » en 2025 ».
Un sondage « hautement critiquable »
Mais que valent vraiment ces chiffres ? Selon Emilien Houard Vial, chercheur associé au CEE, le sondage est « hautement critiquable, ne serait-ce que par le choix de mélanger islam et islamisme dans son titre ».
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C’est ce que confirme la critique du recteur de la Grande Mosquée de Paris, qui estime que ce ne sont pas les chiffres qui posent problème, mais la manière de les regarder. Selon lui, « prêter à cette quête une intention politique relève du contresens ».
Il donne l’exemple de la prière et explique que « prier signifie accomplir les cinq rituels quotidiens obligatoires », mais que la réponse des sondés, qui disent pratiquer quotidiennement la prière, « devient un signe d’orthodoxie stricte ».
« Les musulmans veulent simplement avoir le droit de vivre leur foi »
« Une statistique naïve se mue, par un glissement rhétorique, en un discours de danger », a-t-il souligné, assurant que de cette naïveté, nait « une conclusion commode : spiritualité, donc rigorisme, donc « tentation islamiste », donc radicalisation ».
Pour Chams-Eddine Hafiz, « on a pris la religion pour la preuve d’un projet, fait du cœur une idéologie, et transformé le croyant en adversaire supposé », or, assure-t-il, les musulmans de France « veulent simplement avoir le droit de vivre leur foi sans être suspectés ».
Concernant l’application de la Charia, le recteur assure que « 3 musulmans sur 4 ne mettent aucun projet politique derrière ce mot », comme le montre un autre sondage de l’IFOP commandé par la Grande mosquée de Paris en septembre dernier.
« C’est ce qu’on disait des juifs il y a un siècle »
La polémique suscitée par ce sondage s’est aussi invitée dans les plateaux TV et sur les réseaux sociaux. Sur BFM TV, la journaliste Neila Latrous a exprimé sa gêne de la « méthodologie » adoptée par l’IFOP lors de la réalisation de son sondage.
Elle explique que l’échantillon sondé est composé de « musulmans français mais aussi des étrangers et des personnes maîtrisant mal le français, comme le précise la notice de l’institut ». « J’aurai préféré une enquête qui ne cible que les français de confession musulmane », a-t-elle conclu.
J’ai quitté le plateau de Morandini sur @cnews ce matin.
Un sondage sur l’Islam de France, commandé par le @lefigaro à @ifop, basé sur un échantillon de 1000 sondés, ne peut résumer la position des jeunes musulmans de France‼️#morandinilive #islam pic.twitter.com/zz76ajTFS5— Rachida Kaaout (@RKaaout) November 18, 2025
« Un sondage sur l’Islam de France…, basé sur un échantillon de 1000 sondés, ne peut résumer la position des jeunes musulmans de France », a-t-elle écrit sur Twitter.
Cette journaliste de BFM est gênée car ils travaillent avec l’IFOP, mais elle voit bien que ce sondage est une escroquerie orientée.
Ils ciblent des personnes étrangères ou non francophones pour obtenir les réponses voulues et créer un climat hostile envers les français musulmans pic.twitter.com/dJ5wAi0bfp— Kunta van den Kinté (@denkinte_2) November 18, 2025
Jean-Pierre Apathie, chroniqueur chez l’émission Quotidien de TMC, explique que ce type de lectures du sondage fait du musulman français un véritable « apatride qui est plus attaché à sa propre communauté qu’au pays dans lequel il est… C’est ce qu’on disait des juifs il y a un siècle ».
Sur les réseaux sociaux, le sondage est critiqué de toutes parts. « L’IFOP et Frédéric Dabi qui alimentent leur réseau de médias islamophobes avec leurs sondages bidons sur les musulmans », écrit une internaute.
Sondage de l’IFOP : une aubaine pour l’extrême droite
« Le sondage IFOP relayé par toutes les petites mains sales de l’extrême-droite n’est destiné qu’à salir les musulmans français dont ils ont peur des votes », estime un autre, soulignant que « les musulmans ne représentent que 7 % de la population mais sont utilisés pour alimenter peur, haine et division ».
Bien entendu, le sondage a été du pain béni pour la fachosphère française. Marion Maréchal Le Pen parle de « chiffres édifiants » mettant en garde contre une prolifération de l’islamisme qui va mettre la France face à « des millions de musulmans radicaux ».
Pour conclure, le recteur de la Mosquée de Paris a rappelé « qu’une société qui scrute une communauté uniquement pour y déceler le pire ne découvre jamais rien d’autre que sa propre angoisse ».