
Des abus sont constatés après le relèvement du montant de l’allocation touristique à 750 euros en Algérie.
Mercredi 10 décembre, la justice a annoncé l’arrestation d’un citoyen algérien en flagrant délit de détournement de l’usage de cette allocation, alors que, depuis plusieurs jours, les annonces se multiplient pour contrer de telles pratiques.
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Cinq mois après l’entrée en vigueur du nouveau montant, certains se demandent déjà s’il ne faut pas revoir les règles d’octroi de l’allocation touristique, étant donné que les tentatives d’abus sont inévitables vu l’important écart entre les cours officiel et parallèle des devises étrangères, qui avoisine les 100 %.
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Le montant de l’allocation touristique a été augmenté substantiellement sur décision du président de la République Abdelmadjid Tebboune en décembre 2024, passant de l’équivalent de 15.000 dinars (environ 100 euros) à 750 euros pour les adultes et 300 euros pour les mineurs, dans la limite de deux enfants. Le nouveau montant est entré en vigueur le 20 juillet dernier.
Un seul voyage peut rapporter à une famille une année de travail au Smig
Les cours officiel et parallèle des devises en Algérie font que changer au marché noir, à 281 dinars pour un euro hier jeudi 11 décembre, les montants obtenus en banque au taux de près de 160 DA pour un euro, peut rapporter gros.
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À titre d’exemple, un couple avec deux enfants paie en banque 2.100 euros pour 336.000 Da et peut les revendre au marché noir pour 589.100 dinars et faire un bénéfice de 253.100 dinars, soit plus d’une année de travail au SNMG (salaire national minimum garanti qui est de 20.000 DA brut actuellement) sans fournir le moindre effort. Avec de tels gains, la tentation de la fraude devient forte.
Les observateurs redoutaient dès le début que des malversations puissent être constatées du côté de la destination Tunisie, car il suffisait de traverser la frontière pour bénéficier du change et rentrer ensuite revendre les devises en Algérie.
Les autorités ont mis des garde-fous dès la mise en application du nouveau montant en juillet dernier. Des règles strictes ont été édictées par la Banque d’Algérie pour pouvoir bénéficier de l’allocation touristique.
La mesure phare a été d’exiger un titre de voyage aller-retour justifiant un séjour d’au moins sept jours à l’étranger. Il faut aussi être de nationalité algérienne et résident, âgé de 19 ans et plus ou entre 12 et 19 ans pour les mineurs, présenter un passeport valide et un visa le cas échéant.
Il était attendu que ce nouveau montant fasse baisser le cours des devises sur le marché parallèle, mais c’est le contraire qui s’est produit. Il y a une année, des observateurs, comme l’ancien président de Jil Jadid, Djilali Soufiane, avaient mis en garde contre le risque de voir cette allocation alimenter le marché noir des monnaies étrangères.
La flambée des devises de cet automne (l’euro a effleuré la barre des 300 dinars) est expliquée essentiellement par l’importation de véhicules d’occasion de Chine.
L’Algérie a mis fin aux importations groupées de ce type de véhicules le 24 novembre dernier. Il n’est pas exclu aussi que les véhicules de moins de trois ans importés soient financés en partie par des devises de l’allocation touristique économisées lors de voyages en Tunisie.
Allocation touristique : que se passe-t-il à la frontière tunisienne ?
Une affluence inhabituelle des Algériens sur ce pays voisin est en tout cas constatée ces dernières semaines, en dehors de la saison estivale.
Cette semaine, les autorités algériennes ont décrété aux bus l’obligation de présenter une autorisation de circulation internationale. Plusieurs bus se sont ainsi retrouvés bloqués à la frontière algérienne.
Le 7 décembre, la Banque d’Algérie a dû apporter une importante précision, rappelant que l’allocation touristique est « accessible à tout citoyen algérien résident une fois par année de référence visée par l’instruction » de juillet dernier. Cette année de référence a cours « du 20 juillet de l’année au 19 juillet de l’année qui suit ».
Elle a aussi rappelé que le droit de change « est servi uniquement à destination du bénéficiaire effectif » et que la réglementation « interdit et sanctionne le recours à toute manœuvre visant à dévier l’usage du montant du droit de change ».
Mercredi 10 décembre, un premier cas de fraude avérée a été annoncé par les autorités. Il s’agit d’un Algérien qui s’est rendu légalement en Tunisie après avoir bénéficié de l’allocation touristique.
Il a été arrêté à la frontière alors qu’il tentait de rentrer clandestinement au pays avant l’expiration du délai de sept jours imposé par le règlement de la banque d’Algérie. Les agents ont trouvé sur lui le montant de l’allocation presque entier : 700 euros. Présenté devant la justice, il a été écroué.
À la suite de toutes ces péripéties, beaucoup se demandent s’il n’est pas opportun de revoir les règles mises en place en juillet dernier.
Il est inconcevable, en effet, qu’une mesure consentie par l’État pour soulager les citoyens puisse être détournée de l’usage pour lequel elle a été instituée et profiter à des affairistes.
D’autant plus que les montants déboursés jusque-là sont colossaux. Entre juillet et septembre 2025, soit en deux mois seulement, 470.000 Algériens ont bénéficié de l’allocation touristique pour un montant total de 400 millions d’euros. Ces chiffres ont été révélés par le président de la République fin septembre dernier.
Dans ce contexte, un changement des règles d’octroi de cette allocation pourrait éloigner les trafiquants et éviter des détournements, en exigeant par exemple de justifier l’origine des fonds nécessaires pour l’obtenir et qu’il n’a aucune dette vis-à-vis des impôts.
Par exemple, un chômeur qui se présente dans une banque avec 240.000 dinars pour obtenir 1.500 euros pour lui et son épouse, également sans emploi, doit justifier l’origine des fonds.