
Le ministre de l’Intérieur et des Transports, Saïd Sayoud, a révélé des chiffres hallucinants concernant la fraude à l’allocation touristique en Algérie, et pointé du doigt la complicité des agences de voyage.
Les abus ne constituent pas hélas, des cas marginaux, mais une pratique généralisée, œuvre de réseaux organisés. Décidée par l’Etat pour soulager les citoyens qui voyagent à l’étranger, l’augmentation du montant du droit de change, qui a été porté à 750 euros depuis le 20 juillet dernier contre l’équivalent en devises de 15.000 DA (100 euros), a fatalement attiré les adeptes du gain facile.
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Quelques cas de fraudeurs arrêtés et présentés devant la justice ont été rapportés ces derniers jours. Mais ce n’est que la face visible de l’iceberg. S’exprimant lundi 15 décembre à l’Assemblée populaire nationale (APN), le ministre de l’Intérieur a révélé que pas moins de 100.000 cas similaires ont été enregistrés en seulement un mois et demi. Plus grave encore, cette fraude à large échelle est l’œuvre de réseaux organisés avec la complicité d’agences de voyage.
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Le montant de l’allocation touristique est passé depuis juillet dernier de l’équivalent de 15.000 dinars (environ 100 euros) à 750 euros pour les adultes et 300 euros pour les mineurs, dans la limite de deux enfants.
Si les tricheurs sont attirés, c’est à cause de l’écart entre les taux de change officiel et parallèle, qui avoisine les 100%. Revendre au marché noir les devises acquises à la banque rapporte gros.
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Complicité des agences de voyage
Selon Saïd Sayoud, des réseaux de trafiquants ont mis en place un stratagème pour contourner l’obligation de séjourner au moins sept jours à l’étranger.
Ils transportent par le biais d’agences de voyage des chômeurs vers la Tunisie par bus en passant par les postes frontaliers réglementaires, les font rentrer au pays illégalement et les acheminent de nouveau vers le pays voisin, toujours clandestinement, avant de rentrer enfin au pays par un poste frontalier.
Ainsi, les ”voyageurs”, après avoir pris les 750 euros de l’allocation touristique, n’auront pas passé une seule nuit à l’étranger tout en étant en conformité avec la loi, les cachets de leurs passeports faisant foi.
Sur un bus de 50 personnes adultes, ce sont pas moins de 37.500 euros qui sont détournés. Pour les 100.000 cas signalés par le ministre de l’Intérieur, la saignée s’élève à 75 millions d’euros pour les réserves de change du pays. Depuis l’entrée en vigueur du nouveau montant, soit depuis le 20 juillet, le préjudice, à ce rythme, serait de plus de 200 millions d’euros.
Nouvelles règles de la Banque d’Algérie
Selon Sayoud, des agences de voyage sont complices de ce large trafic, d’où la décision des autorités d’imposer aux bus l’obligation d’obtenir préalablement une autorisation de circulation internationale. Cette mesure a provoqué le blocage de nombreux bus à la frontière avec la Tunisie.
Il s’agit seulement d’une mesure d’urgence. Tout en assurant que l’Etat ne reviendra pas sur sa décision d’augmenter le montant de l’allocation touristique, Sayoud a annoncé que d’autres dispositions seront prises afin d’éviter ce genre d’abus. Ces mesures ont été adressés lundi 15 décembre par la Banque d’Algérie aux banques.
Il s’agit notamment de l’interdiction de payer en espèces l’équivalent en dinars et de l’obligation de disposer d’un compte bancaire au niveau de la banque sollicitée pour obtenir le droit de change. Enfin, les banques doivent vérifier la provenance des fonds pour le paiement de l’allocation touristique.