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Gaz : l’Algérie, grand gagnant des tensions Trump-Europe ?

Les tensions entre Trump et l’UE mettent en lumière les fragilités de l’Europe, mais aussi l’importance du gaz algérien sur le marché européen

Gaz : l’Algérie, grand gagnant des tensions Trump-Europe ?
Dans un contexte de tensions Trump - Europe, quels enjeux pour l’Algérie et le marché du gaz ? / Par Ali Mucci de Pexels
Ali Idir
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Alors que l’Europe -du moins certains de ses dirigeants- pointaient le danger à venir de Russie, c’est de l’allié le plus proche que vient la menace avec les velléités du président américain Donald Trump de prendre possession du Groenland, et de courcircuiter l’ONU avec son Conseil de la paix.

Ces tensions mettent en lumière les multiples dépendances militaires, technologiques et énergétiques des pays de l’Union européenne vis-à-vis de la superpuissance américaine.

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Quelles conséquences pourraient avoir ces développements sur la carte énergétique mondiale et sur l’Algérie, dont l’Europe est le principal débouché pour son gaz ?

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Le gaz algérien, valeur refuge pour l’Europe

Il y a quatre ans, après le déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, le mot d’ordre en Europe était l’affranchissement des hydrocarbures russes. Le chemin passait par le sud, précisément par l’Algérie, reliée par des gazoducs à deux pays du sud de l’Europe, l’Italie et l’Espagne. Les délégations se sont succédé à Alger pour solliciter une augmentation immédiate et substantielle des livraisons algériennes de Gaz.

L’Algérie a accédé à la demande dans les limites que permettaient ses capacités de production et de transport. L’aubaine était vite saisie par les autorités algériennes pour réaliser plusieurs objectifs à la fois.

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Le premier était évidemment de renflouer les caisses du pays par des ventes supplémentaires, de surcroît dans un contexte de très forte hausse des cours sur les marchés mondiaux.

L’Algérie a aussi demandé et obtenu la révision à son avantage des contrats de long terme avec ses clients espagnols et italiens. Elle a également utilisé la situation comme argument pour convaincre les Occidentaux d’investir plus dans le secteur énergétique algérien qui a souffert pendant de longues années du faible flux des capitaux étrangers.

Le pays a pu conforter son image de fournisseur fiable d’énergie, et c’est cette réputation qui devrait lui permettre de tirer son épingle du jeu dans un éventuel chamboulement de la carte énergétique mondiale. Enfin, l’Algérie a montré qu’elle était maîtresse de sa décision malgré ses bonnes relations avec la Russie qui est son principal fournisseur d’armements.

Carte mondiale de gaz : les atouts de l’Algérie

L’Algérie dispose de réserves importantes de gaz (près de 2500 milliards de mètres cubes), a de grandes capacités de production et deux gazoducs qui la relient au sud de l’Europe, en plus des  moyens de transport de Sonatrach dans le GNL.

En plus de sa stabilité politique, l’Algérie gère ses livraisons suivant une logique purement économique et ne les utilise pas comme levier politique ou diplomatique. Lors de la crise avec l’Espagne entre mars 2022 et fin 2023, l’Algérie a procédé à la suspension du commerce extérieur entre les deux pays mais a respecté strictement ses obligations contractuelles en matière de vente de gaz.

Grâce à ses livraisons à l’Espagne et l’Italie, l’Algérie est devenue l’un des principaux fournisseurs de l’Union européenne, dont elle assure environ 20 % des importations de gaz, le reste provenant de Norvège, de Russie, du GNL américain et d’autres fournisseurs.

Après le retour au pouvoir de Donald Trump début 2025, l’Union européenne a cédé à la sommation du président américain qui exigeait l’augmentation des achats de GNL américain sous peine d’imposer de fortes taxes douanières sur les produits européens. Mais l’Algérie a su préserver sa place de gros fournisseur du Vieux continent.

Trump met en lumière les fragilités de l’Europe

Un statut appelé à se consolider, quelle que soit l’issue du bras de fer en cours avec Donald Trump sur le Groenland qui a montré les dépendances européennes militaire, technologique et économique vis-à-vis des États-Unis.

À maintes reprises, le président Trump a menacé d’imposer des surtaxes sur les produits européens, et demain, il pourrait bien être tenté d’utiliser l’arme du gaz contre ses anciens alliés européens.

Dans ce contexte, des voix s’élèvent en Europe pour reprendre le contrôle sur les secteurs stratégiques, alors qu’il y a quelques mois, en France notamment, l’extrême droite appelait à arrêter les importations de gaz algérien pour le remplacer par du GNL américain.

Des menaces qui ne sont pas restées en l’état, puisqu’en septembre dernier, la société énergétique italienne Edison, filiale du géant français GDF, a annoncé avoir réduit ses importations de gaz d’Algérie au profit du GNL américain.

Avec les tensions actuelles entre les États-Unis et l’Europe, le gaz algérien apparaît, une nouvelle fois, comme une valeur refuge pour les pays de l’UE.

En plus d’avoir confirmé sa fiabilité et sa régularité même dans les épisodes de fortes tensions géopolitiques, l’Algérie est sur un ambitieux programme de renforcement de ses capacités de production.

Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a émis le vœu fin 2022 de doubler la production algérienne de gaz (alors estimée à une centaine de millions de mètres cubes par an), et dégager la moitié pour l’exportation.

L’objectif est en bonne voie. Selon la plateforme américaine Energy News, la production de l’Algérie a atteint 137 milliards de mètres cubes en 2024.

Parallèlement, le pays multiplie les appels d’offres d’exploration et les contrats avec les firmes mondiales.

Des investissements records sont aussi annoncés. En février 2022, le président Tebboune a fait savoir que 39 milliards de dollars seront investis dans le secteur énergétique en quatre ans.

En octobre 2025, le ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, a annoncé l’investissement de 60 milliards de dollars d’ici 2029.

Le grand défi pour l’Algérie est de maîtriser sa consommation intérieure qui absorbe à peu près la moitié de sa production qui est sans cesse grandissante.

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