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Automobile : Stellantis pris en tenaille entre l’Algérie et l’Italie

Le groupe automobile Stellantis suscite la colère des syndicats en Italie pour ses projets en Algérie où il doit tenir ses engagements.

Automobile : Stellantis pris en tenaille entre l’Algérie et l’Italie
Entre ses engagements en Algérie et la fronde en Italie : le gros casse-tête de Stellantis. | Par Mike Dot / AdobeStock
Badreddine Khris
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Les projets de Stellantis en Algérie butent sur la pression que subit le groupe en Italie. Augmenter le taux d’intégration de l’usine FIAT d’Oran, comme l’exige la législation algérienne, passe par le transfert d’une partie des activités des fournisseurs de l’Italie vers l’Algérie. Ce qui, en Italie, est perçu comme de la “délocalisation” et suscite de vives critiques.

En Algérie, Stellantis s’est engagé à porter le taux d’intégration des véhicules qui sortent de son usine Fiat ouverte en 2023, à Tafraoui (Oran), à 30 % durant l’année 2026. Il compte augmenter ce taux de 10 % actuellement à 20 % avec la production de son nouveau modèle, la Fiat Grande Panda qui succède à la Fiat 500.

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En tous cas, il est tenu d’atteindre un taux de 40 % après cinq années d’activité en Algérie, conformément au cahier des charges qu’il a signé en 2022. Un engagement que le gouvernement algérien lui a rappelé en juillet dernier. Le premier ministre Sifi Ghrieb, alors ministre de l’Industrie, a demandé à Stellantis d’“accélérer l’intégration locale, tout en encourageant le tissu industriel national, notamment dans le domaine de la sous-traitance, et en le développant”.

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Pour tenir ses engagements en Algérie sur laquelle il mise dans la stratégie d’expansion en Afrique, le groupe automobile franco-américano-italien doit constituer un réseau de sous-traitants en s’appuyant sur des industriels algériens en mesure de répondre aux standards internationaux, et en faisant appel à des équipementiers italiens.

Or, depuis son installation en Algérie, il est confronté à un épineux problème, soit le manque d’équipementiers locaux capables de garantir les pièces et les composants majeurs d’un véhicule, indispensables pour augmenter le taux d’intégration tel qu’exigé par le gouvernement algérien.

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La filiale algérienne du groupe aux 14 marques dont PSA (Peugeot, Citroën et DS), Fiat, Alfa Romeo, Opel, Jeep… a, certes, conclu ces deux dernières années, plusieurs partenariats avec des fabricants algériens dans le but de créer un tissu autour de son usine et d’augmenter le taux d’intégration, mais il s’agit seulement de production d’accessoires et de quelques consommables. 

Un tissu de sous-traitance faible en Algérie

La fabrication des pièces maîtresses du véhicule ne se fait toujours pas en Algérie. Face à cette situation, Stellantis a décidé de puiser dans le riche « vivier » de la sous-traitance italienne, réputée pour la qualité et la sécurité des pièces de rechange fournies aux constructeurs mondiaux.

Il a, dans ce cadre, organisé, lundi 2 février à Turin, une réunion avec les équipementiers automobiles pour les convaincre de venir investir en Algérie.

Selon un communiqué de l’ambassade d’Algérie à Rome, 120 sociétés italiennes et 20 autres algériennes ont pris part à cette rencontre.  

Ce choix a suscité, cependant, moult réactions au sein des syndicats et une opposition de la part de certains milieux politiques qui considèrent cette décision comme une véritable délocalisation des usines italiennes vers l’Algérie.

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La rencontre avec les entreprises sous-traitantes italiennes a été une occasion pour Stellantis d’apporter les clarifications nécessaires sur ses intentions, de lever les appréhensions des organisations syndicales et des dirigeants politiques et de réfuter leurs accusations.

« Cette réunion turinoise est née de la prise de conscience du rôle crucial des équipementiers automobiles italiens pour la croissance du marché algérien », a expliqué Stellantis, selon Agenzia Nova. Le groupe soutient mordicus qu’il «ne s’agit en aucun cas de délocalisation ou de production en Algérie destinée à l’exportation vers l’Europe ».

Alessandro Gruner, représentant de Confindustria Canavese (Confédération générale des industries italiennes, une association qui regroupe de petites, moyennes et grandes entreprises italiennes) a, pour sa part, qualifié cette réunion de « fructueuse pour élargir les perspectives commerciales ». 

« La réunion a été très intéressante car nous avons discuté du développement potentiel d’une collaboration avec Stellantis Algérie. Je la qualifierais de très fructueuse, car elle ouvre de nouvelles perspectives pour nos entreprises, notamment en cette période de crise », a affirmé ce chef d’entreprise à Agenzia Nova.  

Selon son interprétation, l’idée n’est pas de délocaliser mais plutôt de « consolider nos entreprises au Piémont (région nord-ouest d’Italie), y compris par le biais de nouvelles activités à l’étranger ».

Opportunités en Algérie et levée de boucliers en Italie

Tous ces arguments n’ont pas convaincu les syndicalistes en Italie qui voient en cette réunion avec les équipementiers une manière de promouvoir le marché algérien étant donné les opportunités intéressantes, les avantages comparatifs qu’il offre et une tentative de persuader ces industriels à venir y investir.

L’inquiétude des syndicats italiens, c’est de voir ces sociétés suivre cette voie. Une éventualité qui engendrerait de lourdes conséquences sur le plan économique. Car, ce sont des milliers de postes d’emploi qui risquent de disparaître, élevant ainsi le taux de chômage en Italie.

Les équipementiers italiens sont conscients qu’en Algérie, la main d’œuvre est moins chère, le coût de l’énergie est captivant, l’intérêt des autorités locales pour l’industrie automobile est clairement affiché et que le climat des affaires a nettement évolué. Autant d’atouts qui peuvent influer sur leur choix.

Serait-il, toutefois, intéressant pour eux, de venir investir en Algérie où le volume de la production locale reste encore faible ?

Le président du Conseil d’administration de Stellantis Algérie, Raoui Badji, a fait savoir en novembre 2025 qu’environ 60 000 véhicules ont été produits à l’usine de  Tafraoui depuis son lancement fin 2023. Les prévisions pour 2026 ne dépassent pas les 90 000 unités. Avec de tels volumes, le marché algérien reste peu attractif pour les équipementiers automobiles étrangers.

Reste à savoir si les choses changeront avec l’apport de l’usine Opel annoncée le 14 janvier 2026 par le constructeur automobile allemand, relevant du groupe Stellantis.

Stellantis se retrouve ainsi face à un dilemme : se suffire des sous-traitants algériens et risquer de ne pas pouvoir tenir ses promesses d’augmentation du taux d’intégration, ou convaincre les équipementiers italiens à lancer des projets d’investissements en Algérie, et faire perdurer la levée de boucliers en Italie.

Du 10 au 12 février, le groupe sera présent au salon  Mechanica à Oran pour recruter de nouveaux fabricants de pièces de rechange afin de renforcer son réseau algérien de sous-traitants qui compte déjà une douzaine d’entreprises.

Lien permanent : https://tsadz.co/tz5ew

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