
Tribune. Les frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran ne sont ni des opérations défensives, ni des missions humanitaires.
Ce sont des actes d’agression, des violations claires du droit international et des démonstrations de force destinées à rappeler au monde qu’au Moyen-Orient, la loi du plus fort prime sur la loi tout court !
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Bombarder un pays souverain sans avoir été agressé au préalable par lui n’est pas une mesure de sécurité. C’est une rupture avec l’ordre juridique international.
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Cibler ses responsables pour les éliminer, quel que soit le jugement que l’on porte sur leur régime, ne relève pas de la justice, mais de l’exécution politique, une élimination extrajudiciaire comparable dans son illégalité à des enlèvements de dirigeants ailleurs dans le monde.
Le mensonge humanitaire et le mythe de la démocratie exportée
On nous parle de « menace existentielle », de « sécurité », de démocratie, de libération et de bien-être du peuple iranien. Mais ce discours, nous l’avons déjà entendu.
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En Irak, l’invasion de 2003 devait soi-disant apporter la liberté : elle a détruit un État, fragmenté une société et semé le chaos pour des décennies.
En Libye, l’intervention de 2011 a été faite sous le couvert de la protection des civils : elle a laissé un pays morcelé, livré aux milices et aux trafics.
En Syrie, les ingérences multiples et les attaques d’Israël ont dépecé le pays, dont une partie a été livrée à des hordes armées et instrumentalisées qui l’ont plongé dans une tragédie prolongée.
En Afghanistan, vingt ans d’occupation occidentale se sont soldés par un effondrement brutal et une population abandonnée.
À chaque fois, la même promesse. À chaque fois, le même résultat : destruction des infrastructures, effondrement institutionnel, souffrance des civils. Pourquoi l’Iran ferait-il exception ?
Les bombardements en cours n’ont pas été demandés par les Iraniens, pas plus que le changement imposé par l’étranger. Ces choix sont le résultat de stratégies élaborées ailleurs, qui ignorent les aspirations profondes des peuples à vivre dans la paix, la justice et l’autodétermination.
Ce qui se joue réellement
Il ne s’agit pas de démocratie. Il s’agit de puissance. Derrière le discours moral, il y a la logique des puissances. Et derrière la rhétorique démocratique, il y a l’intérêt stratégique.
Pour Israël, il s’agit d’éliminer un adversaire stratégique régional et d’imposer un rapport de force militaire et stratégique durable dans un contexte où la question palestinienne demeure irrésolue et les tensions régionales permanentes.
Pour les États-Unis, l’enjeu dépasse la sécurité : il concerne l’équilibre énergétique mondial, le contrôle des routes commerciales, l’influence stratégique dans une région clé reliant l’Asie, l’Europe et le Golfe.
Nous assistons donc à la transformation du monde en un lieu où la loi internationale est remplacée par la force et la brutalité.
Installer à Téhéran un dirigeant façonné de l’extérieur, un Hamid Karzai version iranienne, ne produira ni stabilité ni prospérité. Cela produira ce que ces expériences ont toujours produit : fragmentation, radicalisation, dépendance et chaos.
L’Iran n’a pas besoin d’être « sauvé » par des missiles. Il a besoin, comme tout peuple, de décider lui-même de son avenir, sans menaces extérieures, sans manipulations, sans changement de régime imposé.
Un choix de civilisation
Fermer les yeux et se taire devant ces attaques, c’est accepter que le droit international soit optionnel. C’est accepter que certaines puissances puissent frapper quand elles le veulent, où elles le veulent, au nom de leur propre définition de la sécurité.
C’est accepter un monde instable, dominé par la force plutôt que par la règle. C’est accepter l’impunité aux Etats qui se comportent comme des Etats voyous et qui s’arrogent le droit de bombarder des civils, assassiner des dirigeants, bafouer les souverainetés d’autres Etats, y commettre des actes terroristes et les occuper. C’est accepter que les frontières deviennent temporaires, les souverainetés optionnelles et la sécurité des Etats conditionnée aux ambitions des puissants.
Refuser cette logique, ce n’est pas défendre un régime. C’est défendre un principe : la souveraineté des peuples et la primauté du droit.
L’histoire récente a été plus qu’instructive sur le prix humain de l’arrogance stratégique. Elle nous a montré ce que produisent les guerres préventives et les changements de régime forcés : des régions dévastées et des générations sacrifiées.
*Vice-président de Jil Jadid
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