
En décidant de lancer une offensive militaire sur l’Iran, Israël et les États-Unis d’Amérique ont une fois de plus démontré à la face du monde qu’ils n’accordent aucun égard aux principes du droit international.
Assurée de l’impunité et de la complaisance de l’Occident depuis plusieurs années, Israël, présenté comme « poste avancé de la démocratie occidentale » au Proche-Orient, frappe quand il veut, là où il veut. Seuls comptent ses objectifs stratégiques.
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En l’occurrence, son rêve expansionniste pour l’établissement du « Grand Israël », un projet fantasmagorique, semble nourrir ses agressions répétées contre tous les pays attachés à leur souveraineté et susceptibles de contrarier ses desseins.
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Qu’importent les victimes humaines, les droits de l’homme, la souveraineté des États, les conséquences économiques, la paix régionale ou encore la légalité internationale.
Comme lors de la guerre contre la bande de Gaza, survenue après les attaques lancées par le Hamas le 7 octobre 2023, des attaques de juin dernier contre l’Iran ou encore des frappes contre le Liban et la Syrie, la nouvelle agression contre l’Iran n’a bénéficié d’aucun mandat du Conseil de sécurité.
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Aucune référence au cadre juridique régissant les relations internationales n’est avancée pour appuyer cette opération. À l’intention de son opinion publique, Israël invoque l’argument de la « guerre préventive » et même religieuse, tandis que Donald Trump évoque, à l’adresse de la sienne, de vagues menaces sur les Américains que présenterait, selon lui, le régime des mollahs.
Mais ni l’un, ni l’autre ne dispose d’arguments solides et légitimes pour justifier cette entreprise belliciste. D’autant que les accusations concernant l’ambition de Téhéran de se doter de l’arme atomique devenaient caduques dès lors que le chef de la diplomatie omanaise annonçait, la veille de l’agression, l’imminence d’un accord sur le nucléaire iranien, source de tensions permanentes entre l’Occident et l’Iran.
En précipitant donc l’usage de la force, Washington et Tel-Aviv semblent poursuivre au moins trois objectifs immédiats. D’abord, éliminer un régime perçu comme une menace permanente pour la sécurité d’Israël.
Ensuite, faciliter l’expansion territoriale et stratégique d’Israël en affaiblissant durablement les États perçus comme opposés à son hégémonie régionale.
Enfin, garantir à Washington une mainmise accrue sur les ressources régionales notamment le pétrole et le gaz, et sur les routes géostratégiques, notamment pour contrer l’influence chinoise, en particulier le long de la Route de la Soie.
La logique de puissance
« L’escalade et le risque d’embrasement du Proche-Orient ne profitent qu’à Israël, qui a ainsi réussi à différer le processus de normalisation de l’Iran avec les pays du Golfe, lesquels ont gagné ces dernières années une place de choix en termes de soft power et s’imposent comme des acteurs diplomatiques de poids. La situation actuelle va consolider la rente d’Israël, qui se présente comme le bouclier de la région contre le programme nucléaire de l’Iran et affirmera son statut de représentant exclusif des intérêts stratégiques des États-Unis dans la région », estime le diplomate et ancien ministre Abdelaziz Rahabi.
Cette nouvelle guerre, loin de faire consensus, intervient dans un contexte et le prolongement d’autres agressions où l’usage de la force a supplanté le droit.
On l’a vu avec le génocide à Gaza ou encore récemment lors de l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien Nicolas Maduro.
«La loi du plus fort a remplacé le droit international », a jugé le géo-politologue Pascal Boniface, directeur de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), qualifiant cette action de signe d’un « nouvel impérialisme américain » qui bafoue les normes internationales de souveraineté.
Malgré les appels répétés de nombreux responsables politiques et de plusieurs capitales au respect du droit international, y compris de la part d’alliés traditionnels de Washington et de Tel-Aviv, l’administration de Donald Trump poursuit une politique où ses objectifs stratégiques priment sur les règles internationales.
Une position qui se reflète dans l’effacement du Conseil de sécurité et dans la décision unilatérale de Trump d’instaurer un « Conseil de la paix » pour remplacer l’ONU. De quoi ouvrir la voie à une logique où les États se feraient justice eux-mêmes, renforçant la course aux armements et démantelant les mécanismes juridiques de prévention des conflits, selon les observateurs.
« L’Occident, qui est le primo-géniteur du droit international actuel, réclame son application en Ukraine et au Groenland mais pas en Palestine ou en Iran, ouvrant ainsi la voie au retour du règne sans partage de la force. Trump en fait une démonstration brutale et déraisonnable et son attitude va paradoxalement favoriser la prolifération des armes nucléaires, qui s’imposent de plus en plus comme la seule garantie de paix dans un monde marqué par l’équilibre de la terreur », souligne Abdelaziz Rahabi.
Une perspective que n’écarte pas également l’ancien premier ministre français Dominique de Villepin, devenu célèbre grâce à son discours à l’ONU en 2003 contre la guerre en Irak.
Il déplore, en effet, ce qu’il perçoit comme une dérive vers une « politique au marteau » et un mépris des règles mondiales. Selon lui, les États-Unis « paieront très cher » l’abandon d’un ordre international fondé sur le droit au profit d’une logique de rapports de puissance.
Le multilatéralisme, rempart contre le chaos international
Maintenant que le pouvoir moral de l’Occident s’est gravement érodé, que le droit est piétiné et que les instruments de son application sont défaillants, comment restaurer le droit international, respect auquel de nombreux pays et personnalités appellent de leurs vœux ?
Pour les observateurs, plusieurs pistes sont à explorer. La première consiste à réformer le Conseil de sécurité. Un nombre croissant de pays appelle à une transformation profonde de cette instance afin qu’elle reflète mieux la réalité géopolitique actuelle, limite l’usage du veto et reprenne son rôle de garant de la paix.
Parmi eux figurent des États comme l’Algérie, qui plaide pour une représentation plus juste des régions du Sud global et particulièrement du continent africain et pour la fin des blocages systématiques qui paralysent l’action internationale.
La deuxième piste vise à renforcer les mécanismes juridiques internationaux. Il s’agirait notamment de redonner à la Cour internationale de justice et à la Cour pénale internationale un rôle réellement opérationnel.
Enfin, plusieurs voix plaident pour assurer l’applicabilité des normes humanitaires, en garantissant le respect des Conventions de Genève et des principes fondamentaux du droit humanitaire grâce à des mécanismes d’enquête et de sanction indépendants capables de prévenir l’impunité.
« Nous ne pouvons pas laisser les États-Unis décider seuls de l’avenir de cette région comme de l’avenir du monde. Il y a un moment où l’unilatéralisme produit tous les risques. On ne peut pas fermer les yeux et attendre que cela passe. Il faut en tirer toutes les conclusions, et la conclusion est que l’Europe doit se faire respecter », a affirmé l’ancien président français François Hollande.
En d’autres termes, le multilatéralisme apparaît désormais comme un rempart au désordre engendré par l’unilatéralisme. En privilégiant la coopération entre États, notamment dans le cadre de l’Organisation des Nations unies, cela permettra de rétablir un minimum d’équilibre et de régulation dans les relations internationales.
« La Charte des Nations unies demeure au cœur de l’ordre international et qu’il n’existe pas d’alternative viable à un règlement pacifique des différends », a assuré le SG de l’ONU, Antonio Gutteres.
C’est dire que sans un retour à un système fondé sur la légalité, la souveraineté des États et l’application uniforme du droit international, l’ordre mondial sera redessiné par la logique du plus fort.