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Algérie : après le blé russe, le blé ukrainien se fait une place

L’Algérie a décidé de diversifier ses fournisseurs en céréales. Après le blé russe, c’est le blé ukrainien qui commence à se faire une place sur le marché algérien.

Algérie : après le blé russe, le blé ukrainien se fait une place
Après le blé russe, le blé ukrainien : l’Algérie peine à réduire sa dépendance aux importations. / DR
Djamel Belaid
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Après la progression des importations de blé russe en Algérie, celles en provenance d’Ukraine s’avèrent importantes alors que le gouvernement multiplie les mesures pour augmenter la production de céréales afin de réduire les importations.  

L’Association ukrainienne des céréales annonce qu’avec 16 millions de quintaux, l’Algérie figure actuellement en 2ème position parmi ses principaux acheteurs de céréales.

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L’annonce a été faite le 13 mars dernier par le site UkrAgroConsult. Parmi les 10 principaux acheteurs de blé ukrainien de la région méditerranéenne et d’Asie du Sud-Est, l’Égypte occupe la première position avec 23,6 millions de quintaux, suivie par l’Algérie, l’Indonésie, le Yémen puis viennent ensuite le Liban, l’Espagne, la Tunisie puis l’Italie.

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Ces dernières années, l’Ukraine mais aussi les pays baltes ont réalisé une percée spectaculaire en matière d’exportation de blé et de maïs.

En novembre 2021, le premier ministre s’étonnait qu’un pays aussi petit que la Lituanie exporte du blé vers l’Algérie.  Ce pays est entré en 2004 dans l’Union européenne. Une entrée qui a donné à l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie « un véritable élan au développement de leur agriculture, notamment céréalière » font remarquer des analystes d’Intecéréales, la filière céréales française. 

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En octobre 2022, l’ambassade d’Ukraine en Algérie se félicitait dans un communiqué que « du blé ukrainien est arrivé en Algérie » et que le navire Super Martinelli ait accosté dans le port de Jijel dans le cadre d’une vente de « 31.500 tonnes de blé ukrainien ». Le communiqué ajoutait que, l’Ukraine a « toujours été, est et sera perçue par l’Algérie comme un fournisseur fiable ». 

L’Office algérien des céréales (OAIC) a toujours prôné la diversification de ses fournisseurs. En juillet 2022 Nacerddine Messaoudi, le secrétaire général de l’office confiait au quotidien El Moudjahid : « Nous sommes passés de 22 à 32 fournisseurs ». 

Ukraine, de grandes exploitations de céréales

L’Ukraine présente des atouts avec près de 33 millions d’hectares de terres particulièrement fertiles : les terres noires, le tchernoziom. Un sol riche en humus, considéré comme le meilleur sol au monde pour l’agriculture.

L’Algérie est loin de pouvoir rivaliser avec de telles conditions d’autant plus que les techniques de dry farming de l’époque coloniale ont épuisé les sols sans qu’après 1962 ces pratiques soient abandonnées. Seule la pluviométrie et les sols de la Mitidja ainsi que ceux des plaines littorales peuvent rivaliser avec les conditions ukrainiennes.

Un autre atout de l’Ukraine réside dans la taille des exploitations : « près de 4 millions de fermes familiales, avec des exploitations allant jusqu’à 100 hectares, 15 000 entreprises patronales de 100 à 10 000 hectares… et 184 agro-holdings, avec des surfaces exploitées allant de 10 000 à 570 000 hectares », selon l’économiste Sandrine Levasseur. 

Celle-ci décrivait en 2022 une agriculture duale avec des micro-fermes d’autosubsistance et quelques dizaines d’immenses agro-holdings « qui structurent la production et l’essentiel des exportations agricoles ».

Aujourd’hui, si l’Ukraine se situe parmi les principaux exportateurs européens de blé, elle le doit donc à des sols fertiles combinée à l’utilisation de matériel et de techniques modernes.

Augmentation de la production de blé

En Algérie, pour augmenter la production de céréales, les pouvoirs publics axent leurs efforts sur l’agriculture saharienne et celle du nord à travers un large soutien financier aux investisseurs et agriculteurs. 

Actuellement, l’accent est mis sur la mécanisation à travers le déploiement de « coopératives de matériel ». Déjà en 2015, l’Onudi faisait état pour l’Algérie d’une moyenne d’un tracteur pour 75 hectares contre 145 en Tunisie.

Cependant, le coût des tracteurs reste élevé. Malgré leur plus grande disponibilité, leur coût reste important. Selon des données locales, en 2018, le prix moyen d’un tracteur correspondait à 550 quintaux de blé contre 700 quintaux en 2026. Quant à la location, elle reste élevée. 

Reste l’appui technique aux agriculteurs confrontés aux manifestations du réchauffement climatique notamment dans les wilayas de l’ouest du pays.

Jusqu’à présent les services agricoles se contentent de conseiller aux agriculteurs de « suivre l’itinéraire technique ». Un itinéraire qui peut varier d’une région à l’autre ou d’une exploitation à l’autre lorsque celle-ci pratique l’élevage du mouton, une activité très rentable qui peut concurrencer la culture du blé.

Récemment, un chercheur de l’ENSA d’El Harrach s’inquiétait du risque des faibles retombées techniques à destination des petits agriculteurs des grands projets au sud faisant intervenir des partenaires étrangers. 

Une lacune qui pourrait être comblée par le fait que l’Algérie a signé le 11 mars dernier un accord avec l’Union européenne pour renforcer sa coopération en matière de recherche et d’innovation en région méditerranéenne.

La partie algérienne devrait apporter au PRIMA (Partenariat pour la recherche et l’innovation dans la région méditerranéenne) 6 millions d’euros. Un programme qui vise à développer des solutions pour, notamment « améliorer la productivité agricole et promouvoir la résilience des systèmes alimentaires dans toute la région méditerranéenne » selon ses promoteurs.

Une initiative louable. Souvent des chercheurs algériens installés en France ont pu constater l’absence de l’Algérie dans des instances internationales de recherche.

L’Algérie mise sur la mécanisation pour produire plus de céréales

Depuis les années 1970 les experts étrangers se sont succédé en Algérie sans réel effet sur le niveau de production du blé. Seul le projet de Bretagne International en 2014 a permis des résultats, mais il s’agit d’élevage laitier. Au-delà de l’expertise, ce projet « Alban » avait prévu la mise sur pied de groupes d’appui technique aux éleveurs dont la production laitière a immédiatement bondi.

Récemment, Ghali Benali, le président du Conseil national de la filière céréales, partageait sur les réseaux sociaux l’avis d’un chercheur tunisien concernant l’intérêt de l’agriculture de conservation.

Une technique qui vise à protéger le sol contre la sécheresse et l’érosion. Cet intérêt est nouveau. L’implication des organisations professionnelles agricoles est déterminante selon l’agro-économiste Denis Pommier. En 2009, à propos de ces organisations, il déclarait lors d’un colloque sur les perspectives des politiques agricoles en Afrique du Nord : « Le rôle de l’Etat est de fournir un cadre juridique et politique approprié afin de favoriser leur éclosion et leur développement. » 

En musclant l’aspect technique de son secteur céréalier, l’Algérie se donne progressivement les moyens de limiter, un tant soit peu, les importations de céréales.

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