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Sahara occidental : quand le Maroc prend ses mirages pour des réalités

Dans le dossier du Sahara occidental et faute d’avancées dans les négociations avec le Front Polisario, le Maroc recourt à la propagande et prend ses mirages pour des réalités.

Sahara occidental : quand le Maroc prend ses mirages pour des réalités
La normalisation par le Maroc de ses relations avec Israël était le fruit d'un deal prévoyant la reconnaissance par Washington de la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental / Par Oleksii / Adobe Stock pour TSA
Riyad Hamadi
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Cela fait 50 ans que ça dure. Le Maroc a tendance à prendre ses rêves, et parfois ses mensonges, concernant le Sahara occidental pour des réalités.

Le royaume s’enfonce davantage dans le délire depuis la normalisation de ses relations avec Israël en 2020 sous l’égide des États-Unis de Donald Trump. Son dernier fantasme en date, contraindre l’Algérie à fermer les camps de réfugiés sahraouis sur son territoire.

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Aucune partie ne s’en était cachée à l’époque : la normalisation par le Maroc de ses relations avec Israël était le fruit d’un deal prévoyant la reconnaissance par Washington de la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental.

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Il semble toutefois qu’à Rabat, on ait donné à ce deal une étendue qu’il n’a pas : celle de faire de la première puissance mondiale un outil entre ses mains pour imposer les thèses marocaines dans ce dossier.

Pour beaucoup d’observateurs, c’est de ce sentiment qu’est né l’enhardissement du Maroc ces dernières années envers plusieurs grands pays d’Europe, notamment l’Espagne et la France.

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La méthode marocaine est désormais éculée. À chaque fois que le palais royal et ses services veulent quelque chose dans le dossier sahraoui, ils chargent leurs relais de le présenter comme une décision actée ou sur le point de l’être.

C’était par exemple le cas pour la lubie du classement du Front Polisario comme « organisation terroriste ».

Après plusieurs années de propagande mensongère sur une prétendue aide de l’Iran et du Hezbollah libanais au mouvement sahraoui, deux lobbyistes pro-marocains ont déposé une proposition dans ce sens au Congrès américain.

Dans la presse et dans les déclarations des officiels marocains, c’était suffisant pour conclure à la résolution de Washington de franchir un tel pas. Ce qui est évidemment faux. La proposition reste marginale aux États-Unis et Donald Trump n’y pense même pas.

Camps sahraouis de Tindouf : la dernière lubie marocaine

On a aussi très vite conclu à une « victoire », voire à la fin du conflit sahraoui, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté en octobre dernier une résolution mentionnant pour la première fois le plan d’autonomie marocain.

Depuis 2007, année de la présentation du plan, le rêve du Maroc est de le voir retenu par l’ONU et la communauté internationale comme solution au conflit à la place du référendum d’autodétermination.

Et c’est ainsi que la résolution 2797 a été faussement présentée par la propagande marocaine qui a feint d’ignorer que le texte n’exclut pas l’option de l’autodétermination et a renouvelé le mandat de la Minurso, dont la mission première est d’organiser un référendum.

Plusieurs mois après la résolution, les États-Unis n’ont rien imposé, si ce n’est qu’ils parrainent des discussions entre les deux parties en conflit qui n’ont rien de différent des rounds passés.

Toujours de la même matrice, un nouveau gros mensonge est sorti au Maroc à l’annonce du déplacement fin avril à Alger du numéro 2 du département d’État américain, Christopher Landau. Celui-ci se rendra ensuite au Maroc, a annoncé le département d’État vendredi 24 avril.

Dans les journaux et autres outils de la propagande marocains, on a vite prêté au responsable américain une mission imaginaire : faire pression sur l’Algérie afin qu’elle ferme les camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf. Pour les mettre où ?

Encore un vieux fantasme du Maroc que ses propagandistes prennent pour une réalité sur le point de se concrétiser. À Rabat, on a toujours commis l’erreur de voir, du moins depuis la normalisation et encore plus depuis le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025, la relation Alger-Washington à travers le prisme du dossier sahraoui.

Or, entre la première puissance mondiale et la troisième plus grande puissance économique d’Afrique, il y a d’autres centres d’intérêt, allant des investissements énergétiques à la lutte contre le terrorisme, en passant par le commerce.

Il y a surtout une relation d’État souverain à État souverain, basée sur le respect mutuel et aucunement sur la contrainte ou les pressions.

Il est vrai que les Marocains n’ont jamais eu le souci de la cohérence dans ce dossier et dans d’autres. Ce qu’ils omettent aussi de préciser, c’est le sort des occupants des camps de Tindouf, à supposer que ces derniers seraient réellement fermés alors que, jusqu’à preuve du contraire, la question sahraouie n’est pas encore réglée.

Prêter une telle intention aux États-Unis au moment même où ils parrainent un processus de paix est une insulte d’abord à la diplomatie américaine.

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