Direct Live Search
Search

Fuite massive vers Ceuta : l’indifférence troublante de Mohammed VI

Le roi Mohammed VI qui s’est auto-glorifié le jour de la Fête du Trône alors qu’une partie de ses sujets fuyaient vers Ceuta observe une indifférence troublante dans cette crise inédite

Fuite massive vers Ceuta : l’indifférence troublante de Mohammed VI
Alors que l'évasion vers Ceuta ne s’est pas complètement estompée, Mohammed VI a organisé la traditionnelle cérémonie de renouvellement des allégeances dans un spectacle d’un autre âge / Par Andrea Aigner / Adobe Stock
Riyad Hamadi
Durée de lecture 3 minutes de lecture
Clock 3 minutes de lecture

Avec l’attitude incompréhensible qui est celle du palais royal, il est difficile de faire une lecture précise de ce qui s’est réellement passé au Maroc jeudi 30 juillet.

 L’évasion collective vers l’enclave espagnole de Ceuta étant survenue le jour-même de la célébration de la “fête du trône”, le roi Mohammed VI a maintenu son programme de célébration, y compris la cérémonie d’ “allégeance”, ignorant “royalement” le drame qui se jouait au même moment dans son royaume.

A lire aussi : Jamel Debbouze : son restaurant à Paris épinglé pour vente de vins israéliens

Cette attitude renforce les conjectures quant à une probable orchestration des événements par les autorités marocaines pour “punir” Madrid. Une telle lecture n’enlève toutefois pas aux événements le caractère d’une expression du ras-le-bol des Marocains de la misère et de la malvie.

A lire aussi : Le Sahara occidental au Ticad 2025 : nouveau revers pour le Maroc

Fuite massive de Marocains vers Ceuta : une opération orchestrée pour “punir” l’Espagne ?

La gêne des outils de la propagande marocaine est perceptible, tant l’une et l’autre des deux hypothèses portent un sérieux coup à l’image de la monarchie. Si, dans le monde entier, des voix accusent le Maroc d’avoir “lâché la bombe migratoire” sur l’Espagne, ce n’est pas sans raison. D’abord, parce que ce n’est pas la première fois que cela arrive.

Un tel chantage a été utilisé par le passé, avec des passages à l’acte, notamment pendant l’été 2021, jusqu’à ce que Madrid ait cédé sur sa position historique dans le dossier du Sahara occidental en mars 2022.

Ceux qui accusent les services marocains soulignent aussi la coïncidence du retour des évasions collectives des Marocains vers Ceuta avec le rapprochement entre Alger et Madrid, acté par la visite en Algérie du président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, le 20 juillet. Des analystes vont plus loin et y voient un service rendu par le Maroc à ses alliés américain et israélien pour punir le gouvernement espagnol, coupable de soutien à la cause palestinienne.

Un tel agissement est de nature à achever ce qui reste de la crédibilité du Maroc. Si l’Espagne a apporté son appui au plan d’autonomie marocain en 2022, c’est dans le cadre d’un deal -jamais annoncé de part et d’autre- incluant la fin du chantage migratoire et des revendications marocaines sur les enclaves de Ceuta et Melilla. Sans même un tel engagement, un État souverain qui aspire à la respectabilité internationale ne se comporte pas ainsi.

Les Marocains fuient massivement leur pays

Évidemment, l’hypothèse d’une orchestration n’est pas à balayer d’un revers de main, tant beaucoup d’éléments la confortent, mais elle n’occulte pas la terrible réalité que vit le Maroc, à savoir que le royaume est rongé par les inégalités, la paupérisation et la précarité de larges franges de sa population.

Quand bien même le palais royal le souhaiterait, il ne peut pas faire marcher dans sa machination un tel nombre de citoyens s’ils avaient le strict minimum. On parle tout de même de 70 000 personnes qui ont pris d’assaut à la nage l’enclave espagnole, dont des familles entières. Il y a aussi des morts, une soixantaine.

L’évasion pourrait aussi être spontanée car elle est survenue le jour de la fête du trône à l’occasion de laquelle le roi Mohammed VI a prononcé un discours entièrement consacré au prétendu développement économique et social du royaume sous sa direction. Pouvait-il en même temps ordonner, pour quelque acquis diplomatiques, une opération qui offre au monde l’image d’une monarchie que ses sujets fuient en bravant la mort ?

Le plus intriguant est le silence du palais royal. Alors que l’évasion ne s’est pas complètement estompée, Mohammed VI a organisé la traditionnelle cérémonie de renouvellement des allégeances dans un spectacle d’un autre âge. Pas un mot sur ce qui se passe à la frontière avec Ceuta, ni sur les dizaines de Marocains morts en tentant de rejoindre à la nage l’enclave espagnole pour une vie meilleure.

Un pied de nez aux Marocains et à l’Europe

Il s’agit d’un pied de nez et d’un mépris, il n’y a pas de doute. Il reste à savoir à quelle partie il est destiné : aux Marocains, aux dirigeants européens ou aux deux à la fois. L’attitude du roi cache mal en effet l’arrogance qui est celle du Maroc depuis qu’il a signé les accords de normalisation et qu’il se croit sous la protection du parapluie américain.

Un sentiment d’impunité renforcé par l’indulgence de l’Europe qui s’est toujours arrangée pour couvrir les agissements inacceptables et prouvés du Maroc, du chantage migratoire à la corruption de députés, en passant par l’espionnage de téléphones de chefs d’État. Depuis l’éclatement de la crise de Ceuta, les pays de l’Union européenne ménagent curieusement le Maroc, préférant à s’en prendre à l’Espagne et son chef du gouvernement Pedro Sanchez.

Dans cette grave invasion de Ceuta, de nombreux politiques européens, au pouvoir ou s’apprêtant à y accéder, y vont un autre coupable : le président socialiste du gouvernement espagnol qui aurait, selon eux, provoqué un appel d’air en décidant d’une régularisation massive de migrants.

Or, dans tous les cas de figure, le seul vrai responsable de ce qui s’est passé c’est le régime marocain : soit parce qu’il a lâché ses migrants sur un pays membres de l’UE, soit parce qu’il a affamé sa population par une politique qui creuse les inégalités et par des dépenses inutiles dans l’armement et dans la construction de stades et l’organisation de compétitions internationales.

Lien permanent : https://tsadz.co/qvevc

TSA +