Politique

A Boumerdès, des magistrats manifestent pour appeler au respect de la Constitution

Des magistrats, des avocats, des notaires et huissiers de justice ainsi que les auxiliaires de la justice de la wilaya de Boumerdès ont tenu, ce mercredi 13 mars, un rassemblement devant le siège de la Cour de justice. Ils entendaient protester contre l’empiètement, selon eux, sur la Constitution au lendemain de l’annonce du président Bouteflika de reporter les élections présidentielles prévues le 18 avril, créant une situation juridico-légale inédite.

Les protestataires, drapés de l’emblème national, ont scandé sur le perron du Palais de justice des slogans contre « la violation de la Constitution », pour le respect du droit et pour dire « non à l’humiliation » et « oui pour la légalité ».

Certains protestataires ont entonné via des mégaphones des chants patriotiques repris en chœur par la foule devant une présence policière discrète. « Djazair Hourra démocratia (Algérie libre et démocratique », « Ni Washington ni Paris, c’est nous qui décidons qui peut (doit) être notre président », ont encore lancé les manifestants.

Les différentes catégories ont tenu à marquer leur soutien aux citoyens qui sortent massivement pour manifester contre le président Bouteflika et crier leur ras-le-bol de la situation du pays. « Les huissiers de justice sont aux côtés du peuple » ; « les juges sont indépendants et délibèrent au nom du Peuple », « les avocats sont du peuple et avec le peuple », peut-on entre autres lire sur des pancartes bien mises en avant par les manifestants.

Il y a lieu de relever que la présence des juges a été quelque peu timide en raison des pressions exercées sur eux par la tutelle, nous dit-on sur place. Un magistrat qui a requis l’anonymat nous a indiqué qu’« à Boudouaou la tutelle a programmé une journée d’inspection pour les magistrats. Ce n’est autre qu’une manière de les empêcher de protester ».

« Nous dénonçons cette supercherie du report des élections sans aucun fondement constitutionnel et le détournement des lois de la République », souligne l’avocate Me Noura Chenoun. L’avocate apporte un soutien inconditionnel au mouvement citoyen dénonçant la prolongation du mandat du président sortant et pour le changement du système aux commandes du pays.

Pour elle, ce n’est pas tant la personne de M. Bouteflika qui poserait problème mais plutôt son état de santé « qui ne permet pas d’exercer convenablement ses charges de Président de la République. La Constitution prévoit que tous les postes doivent être exercés par des personnes valides. Sinon, à quoi serviraient les lois ? » estime-t-elle.

Selon l’avocate, le renoncement de M. Bouteflika à un cinquième mandat « ne règle pas pour autant le problème du non-respect de la Constitution ». « Le report des élections n’est pas prévu dans la Constitution. Normalement, il doit y avoir la déclaration de vacance du poste de président de la République. Et cela va régler tous les problèmes du fait qu’il y aura, une fois cette vacance déclarée, le président du Sénat qui va assurer l’intérim tout en étant tenu d’organiser des élections dans un délai bien précis. Or, en l’espèce le report tel qu’annoncé n’est pas prévu par la loi fondamentale. On semble dire ‘’on prendra tout notre temps’’ et Dieu sait combien de temps cela leur prendra », s’offusque l’avocate.

S’agissant de qui mènera la transition et la question de la représentativité des différentes corporations, l’avocate suggère que l’ensemble des corporations s’organisent de telle sorte à faire sortir un représentant qui aura à coordonner avec les représentants des autres corporations. Notre interlocutrice souhaite plus d’adhésion de toutes les catégories sociales.

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