Politique

Ahmed Ouyahia : « L’État a prouvé par le passé qu’il peut maîtriser la rue »

« Bouteflika sera candidat à 99 % ». Ahmed Ouyahia secrétaire général du RND, n’a aucun doute concernant la candidature du chef de l’État.

« Notre choix est fait. Nous serons aux côtés du président pour qu’il se représente à un autre mandat », a-t-il dit, ce samedi 2 février, lors d’une conférence de presse à Alger.

À un journaliste qui l’interrogeait sur l’annonce de candidature de Bouteflika, Ouyahia a répliqué : « Vous doutez encore s’il sera candidat ou pas. Nous avons encore 34 jours avant la clôture du dépôt des dossiers de candidature. Ma conviction est que Bouteflika sera candidat (…) je ne parle pas au nom de Bouteflika, il va envoyer sa lettre aux Algériens, sans doute. C’est lui seul qui décide de sa candidature ».

Comme en 2014, Bouteflika ne mènera pas de campagne électorale sur le terrain. Ahmed Ouyahia a une explication. « Si c’était pour le premier mandat, le peuple aurait besoin de connaître Bouteflika. Aujourd’hui, le peuple connaît Bouteflika et sait ce qu’il a fait. Il sait aussi que la santé du président n’est pas celle d’hier. Avec toutes ces données, le peuple a voté pour lui. Le président est tombé malade en avril 2013. Il a été réélu en avril 2014 », a-t-il souligné.

Existe-t-il un plan « B » au cas où Bouteflika n’est pas candidat ? « Si Bouteflika n’est pas candidat, il y aura probablement un plan B. Mais, il n’y a pas de plan B, faites un calcul mathématique et vous verrez qu’il sera candidat », a-t-il appuyé.

Un bilan du 4e mandat de Bouteflika devant l’APN

Autre certitude : Ahmed Ouyahia ne sera pas directeur de campagne du candidat Bouteflika. « Je suis occupé par la gestion du gouvernement. Je ne suis pas inscrit dans la liste des postulants au poste de directeur de campagne », a-t-il dit.

Selon le chef du RND, le problème de l’opposition avec Bouteflika n’est pas nouveau. « En 2004, ils ont avancé le slogan tout sauf Bouteflika. Le peuple a donné la victoire à Bouteflika. En 2014, ils ont mis en avant une disposition de la Constitution pour déclarer l’incapacité du président à gérer le pays. Le peuple lui a renouvelé sa confiance. Bientôt le gouvernement va présenter la déclaration de politique général (à l’APN) qui portera sur les résultats du quatrième mandat du président. Un mandat passé par le président dans son état de santé actuel. L’opposition dit que le président est malade et donc ne peut pas gérer. C’est acceptable en tant que discours d’opposition, mais, sur le terrain, le président va annoncer sa candidature, va gérer le pays et les gens constateront les résultats de sa gestion dans les domaines sociaux et économiques », a-t-il soutenu.

La déclaration de politique générale du gouvernement sera faite avant la présidentielle. « J’appartiens sans complexe à un camp politique. Appelez le camp du pouvoir ou camp de la majorité. Pour l’instant, nous voulons Bouteflika. C’est notre choix. J’ai l’impression que pour certains cette équation est difficile. Nous défendons la candidature de Bouteflika parce que nous avons besoin de stabilité. Il est le mieux à même de la garantir. Et la stabilité, c’est le rassemblement que nous sommes en train de bâtir autour du président de la République », a-t-il confié.

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« Pas de recours à la rue pour la présidentielle ou en dehors »

La rencontre des partis de l’Alliance présidentielle (FLN, RND, TAJ et MPA), prévue au siège du FLN, ce samedi 2 février, annonce, selon Ahmed Ouyahia, le début de l’élargissement du cercle des partisans de Bouteflika.

Pour le chef du RND, la transparence de la présidentielle sera garantie par l’Instance de surveillance et par la présence d’observateurs étrangers (le gouvernement a envoyé des invitations). « Le souk de la politique fait que des critiques seront émises, c’est sûr. Ce qui est sûr aussi c’est que les observateurs étrangers et locaux assisteront à des élections transparentes », a-t-il promis.

Ahmed Ouyahia estime que les boycotteurs ont le droit d’avoir cette position politique. « Mais, pas de recours à la rue pour la présidentielle ou en dehors. L’État a prouvé par le passé qu’il peut maîtriser la rue. Nous avons fait comprendre au groupe, qui sillonnait le pays en appelant au boycott, de demander des salles. Mais, ils ne feront pas sortir le peuple dans la rue. Nous les empêcherons de maîtriser la rue ou de nous créer de l’anarchie », a-t-il menacé.

« Nous partons chaque cinq ans aux urnes »

À propos de l’annonce faite par Amar Ghoul, président de TAJ, à propos de l’organisation d’une Conférence de consensus national après la présidentielle, Ahmed Ouyahia a déclaré que le président Bouteflika dira des choses lors de l’annonce de sa candidature.

« Nous lui faisons confiance avec ou sans conférence de consensus national. À son arrivée en 1999, Bouteflika a constitué un gouvernement composé de neuf partis de l’extrême gauche à l’extrême droite », a-t-il rappelé.

D’après Ahmed Ouyahia, il n’y a pas de crise politique en Algérie. « La preuve ? Nous partons chaque cinq ans aux urnes. Nous avons des défis sociaux et économiques que nous devons affronter avec un consensus le plus large possible. L’Algérie a besoin de mobilisation face à ces défis (…) nous l’avons dit à la délégation du MSP que nous avons reçu ici au siège. Nous avons besoin de dialogue et de consensus, parce que pour nous il n’y a pas de crise », a-t-il noté.

Interrogé sur la rencontre entre Abderrazak Makri et Said Bouteflika, Ahmed Ouyahia a soutenu que cela prouve que la présidence de la République est ouverte aux algériens. « Ils ont parlé de bunker qui était à El Mouradia et qui aurait été transféré à Zéralda. Ceux qui veulent discuter avec le pouvoir, Zéralda est ouvert aussi. Makri doit assumer la responsabilité de ce qu’il a dit », a-t-il rassuré.

Ahmed Ouyahia a souhaité ne pas commenter les récentes déclarations du général major à la retraite Ali Ghediri, candidat à la présidentielle, sur «la rupture » et « la deuxième République ». « Il est libre de dire ce qu’il veut. Durant la campagne, je ne parlerai d’aucun autre candidat. Nous défendons qu’un seul candidat et un seul programme (…) Il n’y a pas de problème qu’un officier de l’armée soit candidat à la présidentielle. Nous ne cherchons pas qui est candidat et qui ne l’est pas. Lors de la première campagne électorale en 1999, Bouteflika a été attaqué alors que lui qualifiait ses concurrents de cavaliers. In fine, c’est le Conseil constitutionnel qui va décider pour les dossiers de candidatures », a répondu le premier responsable du RND.

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« Je ne suis un professionnel de la politique »

Une révision constitutionnelle est-elle programmée après la présidentielle d’avril 2019 ? « Attendons que notre candidat gagne, après on verra, s’il va réviser ou non la Constitution », a-t-il précisé.

Interrogé sur sa propre carrière et sur la possibilité de sa propre candidature à la présidentielle, Ahmed Ouyahia a évoqué son parcours en diplomatie. « Pour vous dire franchement, je ne suis pas un professionnel de la politique. J’étais à l’aise. J’étais dans un métier où beaucoup de cadres voudraient être pour terminer leur carrière. J’étais ambassadeur. Des responsables de l’État m’ont fait appel pour apporter servir mon pays. Je sais que j’ai empêché certains de dormir. C’est leur affaire. Je suis tranquille car le président de la République m’a honoré en me permettant de continuer à servir le pays. Cela me suffit et m’occupe », a-t-il répondu.

« Les candidats doivent venir avec des idées concrètes »

Ahmed Ouyahia, qui est également Premier ministre, a confirmé la baisse des réserves de changes sous de la barre des 80 milliards de dollars, 79,8 milliards dollars. « Cela exige une réflexion. Et ceux qui aspirent à gérer le pays (les candidats) ne doivent pas réfléchir qu’aux slogans, au départ de Bouteflika ou à la rupture. Les candidats doivent venir avec des idées concrètes sur l’amélioration de la situation économique du pays », a-t-il conseillé.

À propos de la bousculade de candidats à la candidature devant le ministère de l’Intérieur pour retirer les formulaires, Ahmed Ouyahia n’a pas écarté l’introduction de nouvelles mesures légales pour freiner cet élan qu’il n’a pas hésité de qualifier de « fléau ». Il a reproché aux médias de l’avoir amplifié.

 

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