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Algérie -France et France-Algérie : une contribution de l’Association Josette et Maurice Audin

Algérie -France et France-Algérie : une contribution de l’Association Josette et Maurice Audin

Alors que le rapport de l’historien Benjamin Stora fait couler beaucoup d’encre et suscite des réactions contrastées, l’Association Josette et Maurice Audin poursuit ses actions de rapprochement entre la France et l’Algérie, pour la vérité et pour la justice. Et met en débat ses suggestions.

Les pistes

  • Dire et partager la vérité sur la colonisation de l’Algérie par la France et les atrocités et injustices commises par celle-ci sur le peuple algérien
  • Ouvrir toutes les archives relatives à la colonisation et la guerre d’Algérie/guerre d’indépendance algérienne
  • Continuer à établir la vérité sur les conditions de l’assassinat de Maurice Audin et la disparition de milliers d’Algériens et de Français de cette guerre
  • Soutenir politiquement et financièrement toutes les initiatives citoyennes de solidarité et d’amitié entre les peuples français et algérien

L’Association Josette et Maurice Audin créée en 2004 à l’initiative du mathématicien Gérard Tronel (ancien membre du comité Audin 1957-1962) s’est donné comme objectifs d’établir la vérité sur les circonstances de l’assassinat de Maurice Audin par des militaires français et sur le lieu où sa dépouille a été enterrée; d’établir la vérité sur la disparition de milliers d’Algériens et de Français pendant la guerre; dénoncer l’utilisation de la torture comme système de terreur à l’égard de la population algérienne et plus largement combattre l’utilisation de la torture contre les peuples dans le monde entier; agir pour la défense des mathématiciens victimes de persécutions et de répression dans le monde entier; renforcer les liens d’amitiés et de solidarité entre les peuples algérien et français, en particulier avec le Prix Maurice Audin de mathématiques.

L’affaire Maurice Audin

Le combat de Josette Audin et de ses enfants, de leurs avocats, de médias, de mathématiciens, d’élus, de militants politiques et associatifs a permis que le 13 septembre 2018 le président de la République Emmanuel Macron reconnaisse la responsabilité de l’État français dans l’assassinat de Maurice Audin et dans la mise en place d’un système d’arrestations, de tortures et d’assassinats, soutenu par l’ensemble des pouvoirs publics à l’encontre des militants de l’indépendance algérienne.

En 2019 un cénotaphe (monument funéraire ne renfermant pas de dépouille) a été inauguré au cimetière parisien du Père-Lachaise, cimetière où les cendres de Josette Audin, disparue début 2019, ont été répandues. Un représentant de l’ambassade d’Algérie en France assistait à cette inauguration. Ce cénotaphe, qui est le seul monument en France dédié à un combattant de l’indépendance algérienne, a donc acquis une position symbolique importante.

Depuis, chaque année, le 11 juin, date anniversaire de l’enlèvement de Maurice Audin, un rassemblement est organisé autour de la famille, des militants de l’Association, des élus locaux, des parlementaires, des mathématiciens, des historiens, et des journalistes.

 >  Le 11 juin 2021 et les 11 juin suivants, il serait bien que la République française soit représentée au plus haut niveau de son Exécutif à cette cérémonie anniversaire.

>  Un nouvel appel à l’ouverture d’archives privées et de collecte de témoignages doit être lancé afin de continuer à rechercher des éléments à propos de l’assassinat de Maurice Audin et du lieu où il a été enterré.

Les disparus

La question des personnes « disparues » comme Maurice Audin entre les mains des forces de l’ordre françaises durant la guerre d’Indépendance algérienne est une préoccupation majeure de l’AJMA.

Celle-ci soutient depuis son lancement en septembre 2018 le travail de recherche mené sur le site www.1000autres.org, qui fait appel à témoignages sur le sort d’un gros millier de personnes victimes de disparition forcée, restées anonymes depuis leur enlèvement par l’armée française à Alger en 1957. Il a reçu des centaines de témoignages qui lui ont permis à ce jour d’identifier 320 disparus définitifs, morts sous la torture ou d’exécution sommaire, leurs corps restant introuvables.

Le 20 septembre 2019, l’AJMA a coorganisé à l’Assemblée nationale une riche journée d’étude impliquant des historiens, des archivistes et des juristes, consacrée à cette question. L’intégralité des communications et débats a été diffusée en ligne. Au cours de cette journée, le projet d’un recours devant le conseil d’État pour obtenir la levée de l’entrave à l’accès à certaines archives concernant les disparitions, recours déposé depuis, avait été débattu et formulé.

La recherche de ces « disparus » doit être menée beaucoup plus activement qu’elle ne l’a été depuis 1962. Un bilan de l’activité du groupe de travail dédié depuis 2012 à cette recherche doit être rendu public. Une véritable campagne d’appel au versement dans les centres d’archives publics des archives privées des acteurs de l’époque doit être menée. L’Association contribuera pour sa part à des initiatives et rencontres en Algérie avec des proches et descendants de disparus.

> Soutenir l’idée avancée par Benjamin Stora de reconnaissance de l’assassinat d’Ali Boumendjel [avocat, ami de René Capitant, compagnon du général De Gaulle, défenestré par l’officier français, Paul Aussaresses, en mars 1957, meurtre avoué par le bourreau dans ses Mémoires]. Cette reconnaissance marquerait un pas supplémentaire dans le fait de regarder en face ce passé colonial, comme une suite de la déclaration Audin, en souhaitant que tous les proches et descendants des victimes de la disparition forcée, de la torture et des exécutions sommaires reçoivent aussi cette réparation symbolique qu’elles attendent du crime dont elles ont été victimes. Le site 1000autres.org fournit la preuve de l’importance de cette question des disparus.

 L’État français et l’État algérien doivent coopérer et mettre en place des moyens afin de recueillir des informations pour identifier les tombes et fosses communes, ainsi que des moyens pour l’identification des corps.

Les archives

Bien qu’une communication « de plein droit » découle de la loi en vigueur pour les archives de plus de 50 ans, une instruction interministérielle _IGI _rend obligatoire une procédure de déclassification préalable pour tous les documents classifiés depuis… 1934!

L’effet immédiat de ce texte est d’interrompre brutalement des centaines de travaux de recherche – dont des thèses de doctorat – dans les archives publiques ayant trait à la vie publique de notre pays. Ce sont des décennies couvrant des périodes aussi sensibles que la seconde guerre mondiale, la guerre froide et les conflits coloniaux ou encore Mai 68, qui sont désormais soumises au bon vouloir et aux faibles moyens humains des administrations, ainsi qu’aux longs délais d’échanges entre les services versants et les centres d’archives alors que la loi de 2008 les rend en principe librement communicables jusqu’en 1970.

Cette IGI asservit la liberté de la recherche et porte une atteinte irrémédiable à ce sans quoi il n’existe pas de République démocratique : le respect de la loi. Avec l’IGI-1300, un texte réglementaire se substitue à la loi et va à l’encontre d’un principe fondamental de notre droit intégré à la Constitution « Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas » (art. 5 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, 1789).

Elle contrarie considérablement la réalisation de la promesse du président de la République lors de sa visite à Josette Audin d’une plus grande ouverture des archives de la guerre d’Algérie, notamment concernant les disparus. « Aussi le travail de mémoire ne s’achève-t-il pas avec cette déclaration. Cette reconnaissance vise notamment à encourager le travail historique sur tous les disparus de la guerre d’Algérie, français et algériens, civils et militaires. Une dérogation générale, dont les contours seront précisés par arrêtés ministériels après identification des sources disponibles, ouvrira à la libre consultation tous les fonds d’archives de l’État qui concernent ce sujet ». (Déclaration du président de la République le 13 septembre 2018).

Cette situation soulève une vive protestation d’historiens, français et étrangers, d’archivistes et de citoyens.

>  L’Instruction interministérielle doit être annulée, et l’accès aux archives être soumis à la loi de 2008. Des directives du premier ministre et de la ministre de la Culture doivent être données à l’ensemble des administrations détentrices des archives.

> La dérogation générale annoncée par le président de la République le 13 septembre 2018 doit être prise sans tarder.

>  La venue en France de chercheurs algériens pour consulter les archives françaises doit être facilitée.

> Le guide des disparus de la guerre d’Algérie doit être complété, remanié notamment en ce qui concerne la période couverte ainsi que sur la nature des disparitions par exemple les cotes d’archives non encore communicables et indiquées dans le guide doivent être  rendues communicables par un arrêté de dérogation générale. Le travail du site www.1000autres.org doit être reconnu et aidé par les autorités publiques et une collaboration doit être introduite entre ce site et les équipes des Archives nationales qui ont commencé à établir un Guide des disparus.

Les anticolonialistes en France

Benjamin Stora: « Ces anticolonialistes, intellectuels et militants surtout, sont encore peu connus en France et en Algérie… De Louise Michel à Jean Jaurès ; d’André Breton à François Mauriac ; d’Edgar Morin à Emilie Busquant, la femme de Messali Hadj ; ou de Pierre Vidal-Naquet à Gisèle Halimi, les noms et les trajectoires de ceux qui ont refusé le système colonial doivent être porté à la connaissance des jeunes générations, pour que l’on sorte des mémoires séparées, communautarisées« .

Promouvoir cette histoire, qui au-delà des noms connus est celle des « soldats du refus« , des éditeurs, des journalistes, des militants politiques ou des manifestants …

Le prix de mathématiques Maurice Audin

En 2004 à l’initiative du mathématicien Gérard Tronel et de l’Association Maurice Audin un prix de mathématiques Maurice Audin a été créé reprenant ainsi l’initiative lancée en 1958 par le mathématicien Laurent Schwartz, président du comité Audin.

La particularité de ce prix de mathématiques est qu’il est attribué (d’abord chaque année et maintenant tous les deux ans) à deux mathématiciens : un Algérien et un Français.

Il est d’une grande valeur scientifique car le jury est composé de mathématiciens de renom, algériens et français, certains titulaires de la célèbre médaille Fields (Pierre-Louis Lions, Wendelin Werner, Cédric Villani, Ngô Bảo Châu). Afin que les lauréats puissent présenter leurs travaux à leurs collègues, ils reçoivent une somme d’argent couvrant les frais de déplacement. Il est soutenu en Algérie par la direction générale de la recherche scientifique et le ministère chargé de la recherche scientifique, en France par l’Institut Henri Poincaré et les sociétés de mathématiques. Ce prix est l’expression d’une volonté de coopération scientifique entre mathématiciens algériens et français.

> Cette initiative inscrite dans la durée mérite d’être mieux connue et valorisée. Des moyens financiers durables [ministère des Affaires étrangères, ministère de l’Enseignement supérieur, …] doivent venir appuyer l’initiative et permettre ainsi de la pérenniser.

> Les chaires de mathématiques Maurice Audin dans les deux pays doivent également être mieux connues et encouragées.

Échanges et liens d’amitiés

Un rapprochement des peuples algérien et français passe par des échanges, échanges réguliers et soutenus dans de nombreux domaines : culturel, scientifique, sportif, associatif. L’accueil réciproque des chercheurs doit être organisé et amplifié.

> Revoir la politique des visas afin de faciliter ces échanges.

> Contribuer à la production d’événements ou de documents, notamment audiovisuels, permettant de faire connaître largement cette histoire et ses enjeux, en particuliers aux jeunes. L’association soutient d’ores et déjà plusieurs projets en ce sens.

Le 4 février 2021

L’Association Josette et Maurice Audin communique cette contribution au président de la République ainsi qu’aux ministres en charge des différents sujets : ministre de la Culture, ministre de l’Enseignement supérieur, ministre des Affaires étrangères, ministre de l’Intérieur.

Ce document est également adressé à l’ambassadeur d’Algérie en France, ainsi qu’à l’ambassadeur de France en Algérie, ainsi qu’à l’ensemble des médias, français et algériens.

Lorsque la situation sanitaire le permettra l’Association organisera des rencontres en Algérie avec des proches et descendants de disparus.

Association Josette et Maurice Audin

c/o Ligue des Droits de l’Homme, 138 rue Marcadet, 75018 Paris.

[email protected]

www.association-audin.fr

@asso_audin


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