
Il y a trois ans, partout en Algérie les consommateurs se plaignaient de la cherté des œufs. Une situation bien différente aujourd’hui car les prix sont à la baisse pour cause de surproduction. Si cette situation fait la joie des consommateurs, cela n’est pas le cas des aviculteurs. Pour la première fois, l’Algérie devrait exporter des œufs.
La décision a été prise le 23 juin à l’issue d’une réunion au ministère du Commerce extérieur et de la promotion des exportations en présence de la Fédération nationale des aviculteurs, de représentants des ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur, de la Banque d’Algérie ainsi que des Douanes algériennes.
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Dans un communiqué publié à l’issue de la réunion, la Fédération nationale des éleveurs de volailles s’est félicitée de cette mesure destinée, selon elle, à assurer « l’équilibre du marché » et à éviter aux aviculteurs des faillites en raison de « l’accumulation des pertes ».
Actuellement la plaque de 30 œufs se vend à 300 DA l’unité contre 520 DA à l’été 2022. La décision était attendue des professionnels, car la baisse du prix des œufs ne leur permet plus de payer leurs charges. A lui seul l’achat d’aliments correspond à 60% des dépenses des éleveurs.
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Faiblesse des performances de certains élevages
Une situation d’autant plus difficile pour certains élevages que les performances sont en dessous des normes internationales requises. En 2019, une étude de l’université de Tizi-Ouzou portant sur un complexe avicole de la wilaya de Bouira révélait une production de 267 œufs contre 315 à l’étranger et un taux de mortalité de 12% contre 5,8% à l’étranger.
Les auteurs de l’étude attiraient l’attention sur la faible efficacité alimentaire au sein de cet élevage et concluaient que « la quantité d’aliment nécessaire pour la production d’un œuf de consommation étant trop élevée, la rentabilité de ce type de centre et par conséquent le prix de vente des œufs sur le marché local se trouvent affectés. »
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Pour les aviculteurs algériens, l’origine de cette surproduction provient de la conjonction de plusieurs facteurs. Les fortes chaleurs découragent les producteurs qui élèvent des poulets de chair sous des serres. Aussi des couvoirs ont réduit leur activité et les œufs destinés à faire éclore des poussins destinés à ce type d’élevage se sont retrouvés sur le marché.
Il y a également la mesure de régularisation des élevages informels prise depuis le début de l’année par les services agricoles. Ce qui aurait rassuré les éleveurs a augmenté leur production d’œufs.
Gérer les flux
Contrairement à la production de poulet de chair dont la durée d’élevage peut durer 56 jours, celle des poules pondeuses est d’une année. Aussi est-il impossible de l’arrêter avant. Et un éleveur ne peut passer d’un type d’élevage à un autre. L’élevage des poulets de chair se fait au sol tandis que celui des poules pondeuses se fait en cages.
Pour juguler les quantités d’œufs sur le marché, il ne restait que peu d’options. En général, il est admis qu’un œuf frais ne peut être conservé au-delà de 3 semaines à un mois.
Cependant, depuis peu des casseries industrielles arrivent à séparer le jaune du blanc d’œuf et de conditionner ces ovoproduits dans des bouteilles ou bidons après pasteurisation. La date limite de consommation de ces produits peut aller de 7 à 28 jours et en cas de congélation à – 18°C, cette durée passe de 12 à 24 mois. Cette stratégie est encore peu connue en Algérie aussi ne restait que l’exportation.
Une filière fortement subventionnée
Cette exportation pose la question des matières premières importées et des subventions accordées à la filière avicole principalement sous la forme d’exonération de TVA.
En 2021, le directeur général de l’Office national des aliments du bétail (ONAB) déclarait que « l’Algérie importe annuellement 4 millions de tonnes de maïs et 1,25 million de tonnes de soja pour 1,2 milliard de dollars. »
En mars de la même année, en vue de réduire le prix à la consommation des œufs et viande de poulet paraissait au Journal officiel un décret indiquant que « les opérations de vente de l’orge, du maïs et les produits destinés à l’alimentation de bétail et de volailles sont, désormais, exemptées de la taxe sur la valeur ajoutée ».
L’export, palliatif à la surproduction
L’exportation ne s’improvise pas. A plusieurs reprises, les responsables de la filière des fruits et légumes ont alerté leurs adhérents sur le fait que l’exportation ne peut être un palliatif à une surproduction conjoncturelle. Pour ces professionnels, l’acte d’exporter exige prospection des marchés, qualité et régularité des quantités. Dans le cas des œufs, l’exigence de traçabilité vient se rajouter aux normes sanitaires. Ainsi, les œufs exportés vers l’Union Européenne doivent comporter des mentions obligatoires marquées sur la coquille des œufs.
Face à la surproduction actuelle d’œufs, l’exportation représente un pis-aller. Le secteur avicole algérien emploie jusqu’à 300 000 exploitants et la mévente des œufs aurait pu fragiliser ces élevages.
Pour les pouvoirs publics l’option est donc d’arriver à l’avenir à maîtriser le rythme de mise en production des bandes de poules pondeuses et d’encourager les investissements dans les casseries industrielles.
La mesure d’exporter des œufs illustre les difficultés de réguler le flux des produits agricoles en Algérie. Actuellement la production de concombres, courgettes et pastèque est également en excès. Ces surproductions sont cependant le signe d’un dynamisme du secteur agricole. Un dynamisme à canaliser dans le bon sens.