
Le prix du poulet s’effondre en Algérie. Une situation bénéfique à court terme aux consommateurs, mais pénalisante pour les éleveurs. Une situation ponctuelle qui secoue la filière et jusqu’aux poussins.
Sur les réseaux sociaux, un professionnel témoigne : « Le prix de gros du poulet vivant chez l’éleveur s’effondre à 200… 210 dinars/kg. Le prix du poulet vivant sur le marché de gros de la province de M’Sila, El Bordj et El Eulma, aujourd’hui lundi 8 décembre 2025… 210 dinars le kilo » contre 220 et 240 DA il y a deux semaines.
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Tandis que chez les commerçants, les prix sont compris entre 330 à 360 DA/kg contre 460 à 480 DA/kg en septembre 2024 selon Ali Benchaïba, le président de Fédération nationale des aviculteurs (FNAV).
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Ce prix de vente à la sortie du poulailler de 210 DA/kg est à comparer à un coût de production estimé entre 250 et 280 DA/kg. Il fait perdre de l’argent aux éleveurs.
Le professionnel poursuit son témoignage et énumère les charges : 100 à 110 DA le poussin et 8 000 DA le quintal d’aliments et conclut : « une situation qui menace de ruiner des dizaines d’éleveurs et d’en faire partir beaucoup d’autres. »
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D’autant plus que de nombreux éleveurs achètent à crédit l’aliment volailles et face à ces prix de vente non rémunérateurs, ils sont dans l’incapacité de rembourser leurs dettes.
Les poussins victimes de la baisse des prix
Avec de tels coûts, nombreux sont les éleveurs qui ne démarrent pas l’élevage de nouvelles bandes de poulets de chair. Ils préfèrent attendre une prochaine remontée des prix de vente.
Cette stratégie peut mettre en danger la survie de leur activité lorsqu’ils doivent faire face à des charges fixes : main d’œuvre ou location des terres sur laquelle sont installés leurs poulaillers.
Le non démarrage de nouvelles bandes de poulets se répercute sur l’activité des couvoirs où des œufs arrivent chaque jour à éclosion. Une naissance de poussins qui intervient après 21 jours et que les propriétaires de couvoirs ne peuvent différer.
Malgré la baisse jusqu’à 10 DA du prix des poussins consenti aux éleveurs, ils ne trouvent pas d’acheteurs.
Résultats des dizaines de milliers de poussins qui sortent quotidiennement des couvoirs et qui ne trouvent pas preneurs. Sur les réseaux sociaux, un site spécialisé en agriculture met en ligne le sort de ces poussins dont plus personne ne veut.
Au bord de route, un amas de cartons renversés car jetés à la hâte d’un camion. Tout autour des poussins qui pépient et courent dans tous les sens. Certains gisent morts au sol. De l’amas de cartons certains tentent encore de s’extraire.
Les poussins encore vivants sont condamnés à moins d’être dirigés immédiatement vers un élevage. Ils ne peuvent survivre qu’une seule journée en puisant dans leurs réserves. Plus grave, ils sont très sensibles au froid.
La vidéo a été visionnée par de très nombreux internautes choqués par le sort réservé à ces poussins abandonnés dans la nature et condamnés à une mort certaine.
Réduire les coûts dans la chaîne de valeur
Pour arriver à faire face à la chute des prix de vente du poulet, les éleveurs adoptent plusieurs stratégies. Ceux qui ont dégagé assez de bénéfices les mois précédents continuent de produire tandis que d’autres arrêtent momentanément.
Pour réduire les coûts, ces derniers mois, la FNAV a demandé et obtenu des services agricoles que la durée d’élevage des poulets de chair soit ramenée de 45-50 jours à 32-35 jours. L’avantage est double. Les ménages à faible revenu trouvent plus intéressant d’acheter des poulets de poids moins élevé.
Enfin, selon le président de la FNVA : « nous pourrons augmenter le nombre de bandes d’élevage/an, passant de 4 ou 5 bandes à 7, ce qui se traduira par un accroissement substantiel de notre production nationale » sachant qu’un vide sanitaire de 2 semaines est indispensable entre deux bandes.
Côté éleveurs, ils dépensent moins d’aliment. En effet, lors des dernières semaines d’élevage, les poulets rentabilisent moins l’aliment. Or, celui-ci représente jusqu’à 70% des charges des élevages. Un phénomène notamment lié à l’inflammation de l’intestin des poulets par des parasites et qui sont à l’origine de coccidioses.
Seul un lavage et une désinfection des poulaillers entre l’élevage de deux bandes de poulets et le respect d’un « vide sanitaire » préconisé par les vétérinaires peut réduire ce parasitisme. Une opération difficile pour les poulaillers aménagés dans des serres tunnel au sol en terre-battue.
Sensibilisés au risque de coccidiose, quelques éleveurs tentent d’y venir à bout en recouvrant le sol d’un film plastique avant d’épandre la sciure de bois ou la paille constituant la litière.
Entre l’éleveur et le commerçant au détail, les volailles passent par une étape obligatoire, les abattoirs. Un intermédiaire indispensable mais dont les services se payent.
Progrès de la contractualisation
Depuis plusieurs années, le ministère de l’Agriculture développe une stratégie de contractualisation à l’image de la convention signée en mars 2022 par le Conseil national interprofessionnel de la filière avicole (CNIFA) et l’Office national des aliments de bétail (ONAB).
Un accord qui vise à fournir les éleveurs notamment en poussins au prix de 80 DA l’unité. En contrepartie, ils doivent s’engager à livrer leur production à des entreprises publiques afin de fournir le marché à des prix raisonnables.
En septembre 2024, le président de la FNAV faisait état dans la presse d’une opération de contractualisation entre les éleveurs, l‘ONAB et la Société algérienne de régulation des produits agricoles (SARPA) et précisait que l’ONAB fournirait aliments et poussins. Le contrat devant indiquer le prix de l’aliment, celui des poussins ainsi que le prix de vente du poulet.
La fixation du prix du poussin n’est pas négligeable qu’en 2021 son prix est passé de 120 DA à 180 DA voire parfois à 200 DA.
Un effet des importations de poulets brésiliens ?
Désespérés, certains éleveurs accusent l’importation de poulets. « Et pour aggraver encore les choses, au lieu d’absorber l’excédent et de le stocker, le processus se déroule à l’inverse ?! On importe des quantités de poulets brésiliens congelés ?!?! » s’offusque un professionnel sur les réseaux sociaux.
Afin d’agir sur de précédentes flambées des prix, les pouvoirs publics ont eu recours à l’importation depuis le Brésil de poulets congelés. Vendus à 295 DA/Kg l’opération a remporté un vif succès auprès des consommateurs.
Début septembre, un déstockage de 9 tonnes de viande blanche à 250 DA/kg a été effectué par les autorités dans le but de réapprovisionner le marché en vue de la mise en place d’un nouveau stock. Dans le cadre de la préparation du prochain mois de ramadan, il serait prévu « l’importation de 12.365 tonnes de viandes blanches congelées ».
Les échanges entre les professionnels de la filière avicole et le ministère de l’Agriculture montrent que la concertation est permanente. Outre le soutien à la filière et les projets de contractualisation, la demande récente du président Abdelmadjd Tebboune d’accélérer le processus de numérisation avant la fin de l’année devrait permettre une meilleure connaissance des besoins de la filière et réaliser les ajustements nécessaires en temps réel.