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Assassinat de Saleh Al Arouri : Israël bombarde Beyrouth dans l’impunité totale

Israël a franchi un nouveau pas dans l’illégalité en tuant un dirigeant du Hamas sur le territoire d’un État souverain, le Liban. Saleh Al Arouri, haut responsable du mouvement palestinien, a trouvé la mort, mardi 2 janvier, dans un tir de drone qui a ciblé son bureau dans la banlieue de la capitale libanaise.

Al Arouri figurait en haut de la liste israélienne des dirigeants palestiniens à abattre. Il y a un mois, sa maison à Ramallah, en Cisjordanie, a été détruite par l’armée israélienne.

Le numéro deux du bureau politique du Hamas se savait ciblé, au même titre que Yahya Sinwar, Mohammed Deïf, Ismaïl Haniyeh, Khaled Mechaal et tous les autres dirigeants du mouvement palestinien. Quelques jours avant sa mort, il a déclaré à la chaîne qatarie Al Jazeera que « le sang des dirigeants n’est pas plus précieux que celui des autres martyrs ».

En ordonnant son assassinat, le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu a pris un risque insensé d’embrasser toute la région. Al Arouri était réfugié au Liban et était très proche du Hezbollah libanais qui n’est pas tout à fait entré en guerre contre Israël.

Depuis le 7 octobre, le mouvement chiite se contente d’actions limitées, comme le tir de roquettes sur le Nord d’Israël, en soutien au Hamas. Le Hezbollah a néanmoins mis en garde qu’il élargirait ses actions en cas d’attaque israélienne sur le territoire libanais pour cibler les dirigeants de la résistance palestinienne.

Le mouvement dirigé par Hassan Nasrallah a promis après ce meurtre de riposter et le monde se demande si on n’est pas à la veille d’une confrontation ouverte de l’armée israélienne avec le Hezbollah, voire avec l’Iran. D’autant plus que ce crime survient une semaine après l’assassinat en Syrie de Razi Moussavi, un haut gradé des Gardiens de la révolution et que Téhéran a promis de venger.

Le gouvernement israélien n’exclut aucun scénario. Ce mercredi 3 janvier, il a mis les unités de son armée dans le Nord en état d’alerte maximale et une réunion du cabinet de guerre est annoncée pour ce jeudi.

La région n’a jamais été aussi proche d’une généralisation du conflit et c’est Israël qui l’aura cherché avec l’assassinat du dirigeant du Hamas en territoire libanais.

Israël : assassinats ciblés et impunité

C’est la première fois que l’armée israélienne cible directement Beyrouth depuis la fin de la guerre de 2006, perdue face aux combattants du Hezbollah. Cet attentat, qui a fait deux autres tués parmi les membres du Hamas et de nombreux blessés parmi la population civile, fait planer le spectre d’une nouvelle guerre au Liban et rappelle celle de 1982, lorsque l’armée israélienne a envahi ce pays pour déloger la résistance dirigée par Yasser Arafat dans les camps de réfugiés palestiniens.

Cette guerre s’est soldée par le massacre odieux des camps Sabra et Chatila au cours duquel 3.500 Palestiniens ont été tués par les unités commandées par Ariel Sharon. Ce crime est resté jusqu’à aujourd’hui impuni.

Malgré le caractère illégal de l’opération du mardi 2 janvier, et ses potentielles retombées pour la paix régionale, les alliés d’Israël ne l’ont pas condamné. Ce n’est pas la première fois que cet État cible impunément des résistants palestiniens sur le territoire d’états étrangers souverains ou en Palestine, et tous les crimes de ce type commis ces dernières décennies sont restés impunis, comme l’assassinat d’Abou Jihad à Tunis en 1988 par un commando israélien.

Les assassinats ciblés ont toujours été le recours de l’armée israélienne à chaque fois qu’elle peine à affronter la résistance palestinienne sur le terrain.

En 1996, les services israéliens ont tué l’artificier du Hamas dans la bande de Gaza, Yahia Ayache, en plaçant une mini-bombe dans son téléphone. En 2000, c’est le fondateur et chef spirituel du Hamas, Cheikh Yassine, qui a été assassiné sur son fauteuil roulant par un missile tiré d’un hélicoptère.

Pendant la seconde intifada, entre 2000 et 2008, les services israéliens ont assassiné 386 Palestiniens dans des attentats ciblés, selon l’ONG pacifiste israélienne B’tselem. Israël est aussi soupçonné d’avoir provoqué la mort de Yasser Arafat par empoisonnement en 2004. Tous ces assassinats n’ont, tout compte fait, servi qu’à ternir davantage la réputation d’Israël. Ils n’ont pas empêché la résistance palestinienne de grandir et de se renforcer jusqu’à organiser la spectaculaire attaque du 7 octobre 2023.

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