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Bac : tout savoir sur la session 2018

Bac : tout savoir sur la session 2018

Ils sont 709 448 candidats à passer le baccalauréat ce mercredi 20 juin, soit 7,31% de moins qu’en 2017. Âgés entre 16 et 17 ans, les candidats inscrits à cet examen décisif vont tenter de décrocher le précieux sésame pour accéder aux études supérieures.

Un Bac sous haute surveillance

Pendant cinq jours -hors vendredi-, les lycéens en classe de terminale vont passer deux matières par jour en fonction de leur spécialité. Le premier jour débutera avec l’épreuve d’arabe et de science islamique pour toutes les filières à l’exception des candidats du Bac spécialité gestion économique qui auront à se pencher sur un sujet de Droit en plus de ces deux matières.

Comme chaque année, cet examen mobilise administrations, enseignants, inspecteurs et forces de sécurité. La Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a ainsi mis en place un plan portant mobilisation de plus de 18.000 policiers de différents grades. Ce plan prévoit la sécurisation de 2108 centres d’examen à travers le territoire national, de 14 centres de collecte, 70 centres de correction, deux centres d’impression et 66 centres de conservation des copies. Les services de la DGSN seront mis également à contribution pour la sécurisation des centres avancés de conservation des sujets.

Ces préparatifs visent à assurer une gestion optimale des incidents qui pourraient se produire. « Rien n’a été laissé au hasard, le moindre détail est important, précise, Nouria Benghabrit, ministre l’Éducation nationale.

Mesures antifraudes et logistique high-tech

Depuis la fraude à grande échelle de 2016, tous les centres d’examen sont équipés de caméras de surveillance et de brouilleurs dont le nombre et l’emplacement restent confidentiels. Ce dispositif fait partie des mesures préventives pour éviter toute tentative de fraude.

Il est également prévu la coupure de l’Internet pendant la première heure de chaque épreuve et l’interdiction au niveau des centres d’examen des téléphones portables et autres tablettes, des outils numériques et objets connectés.

Ces mesures concerneront aussi bien les candidats au Baccalauréat que les enseignants, les surveillants et le personnel administratif. « L’Internet sera coupé pendant une heure, au début de chaque épreuve du baccalauréat, pour éviter tout ce qui peut entacher cet examen scolaire », a annoncé la ministre de la Poste et des Télécommunications.

La mesure de la coupure de l’Internet est « un élément qui nous est imposé, c’est un cas de force majeure, on n’est pas à l’aise pour le recours à la coupure, mais on ne doit pas baisser les bras devant de tels phénomènes », avoue pour sa part la ministre de l’Éducation. Autre nouveauté cette année : les visites des responsables et des autorités locales sont interdites dans les centres d’examens.

Par ailleurs, tous les candidats sont informés des consignes à respecter et des sanctions encourues en cas de fraude ou de tentative de fraude, grâce à une notice d’information affichée sur la porte de chaque salle d’examen et lue par les surveillants au début de chaque épreuve.

Les syndicats sceptiques

L’autre nouveauté décidée par le ministère de l’Éducation nationale pour le baccalauréat 2018, c’est cette possibilité accordée aux candidats arrivant une demi-heure en retard d’accéder aux salles d’examen.

Cette dérogation stipule que « les retardataires auront une demi heure pour accéder aux salles d’examen, à condition que le président du Centre enregistre les données personnelles du candidat dans un registre spécial et qu’en cas de récidive, le candidat sera systématiquement exclu ».

Cette logistique high-tech de lutte anti-fraude peine, toutefois à convaincre certains syndicats dont le Snapest. Son président Meziane Meriane est formel : « Ce dispositif demeure inefficace sans la publication des résultats de la commission d’enquête sur la fraude massive qu’a connue l’examen du baccalauréat de 2016. C’est à travers ces résultats qu’on pourra situer les responsabilités et pouvoir mettre un dispositif efficace à même de palier à cette fraude. On est en droit de connaitre qui était derrière ce phénomène ».

En 2016, des épreuves partielles du baccalauréat ont été organisées suite à une fuite massive de sujets. Et c’est à l’occasion de ces épreuves qu’il a été décidé de couper les réseaux sociaux durant l’examen. Même scénario en 2017 qui a vu la publication des sujets en ligne après environ un quart d’heure du début des épreuves, et ce, malgré le « blocage » des réseaux sociaux.

Les sujets sont puisés dans le programme

L’une des principales préoccupations des élèves et de leurs parents est liée aux choix des sujets notamment pour les candidats issus des wilayas touchées par la grève du début de l’année. « Les sujets des épreuves du baccalauréat pour cette année seront tirés du programme scolaire », a affirmé Mme Benghabrit.

« Les sujets du Bac ne contiendront aucun piège », abonde le directeur de l’Éducation national d’Alger-centre. « L’évaluation de l’élève est basée sur les connaissances et non pas sur les pièges », a ajouté Noureddine Khelladi, soulignant que toutes les dispositions sont prises au niveau de l’Onec qui prépare les sujets de l’examen.

Même constat chez les syndicats. Le Snapest, par la voix de son président, tient à rassurer les candidats des wilayas concernées par la grève. « Les sujets porteront sur les chapitres étudiés. La commission du suivi des programmes et de préparation de sujets a tenu compte de l’achèvement des programmes dans les différentes wilayas du pays dont notamment les wilayas touchées par la grève ». Il faut, en revanche, reconnaître, explique Meziane Meriane, que « la grève influera inévitablement sur l’ensemble du cursus scolaire des candidats d’où le travail de l’administration qui doit sérieusement se pencher sur cette problématique et trouver des solutions afin d’anticiper ces débrayages ».

Retard causé par la grève des enseignants

Un bilan sur le rattrapage des heures perdues s’impose, aujourd’hui, pour notamment les régions où le débrayage du syndicat des enseignants s’est fait le plus ressentir à l’exemple de Blida et Bejaïa. Le département de Benghabrit se dit satisfait du travail des inspecteurs qui ont pu réguler les programmes dans ces deux régions afin qu’ils soient terminés au plus tard le 25 mai dernier.

« Le retard était d’une cinquantaine de jours pour la wilaya de Blida et de Bejaia et d’une vingtaine de jours pour le reste du territoire national », selon Mme Benghabrit. Pour le cas de Blida, elle ajoutera : « Il y a eu un recrutement d’enseignants contractuels qui ont pris la relève jusqu’à la composition du deuxième trimestre et ce durant toute la période d’interruption des cours par les enseignants du Cnapest ».

Évoquant ce retard, Meziane Meriane se montre sceptique par rapport aux déclarations de Benghabrit. Pour lui, « la question qui se pose est dans quelles conditions ont été achevés les programmes scolaires notamment pour les classes de terminale. On ne peut pas dire que les inspecteurs n’ont pas fait leur travail pour rattraper le retard causé par la grève. Mais il faut savoir que pour chaque volume de travail équivaut à un volume horaire et dès que cette équation est déséquilibré, l’élève est désorienté ».

Préparation psychologique des candidats

« On ne parle de la préparation psychologique des candidats qu’à la fin de l’année, voire à la veille de l’examen. C’est une préparation qui doit, pourtant, commencer dès le début de l’année pour mettre à l’aise les candidats et éviter qu’ils soient sous pression. C’est aussi l’occasion de les sensibiliser sur la fraude pour qu’ils prennent conscience que le Bac est, avant tout, un examen et non pas un concours », déplore M. Meriane.

Le Snapest assure avoir vainement interpellé, à maintes reprises, le ministère de l’Éducation sur l’importance de cette sensibilisation. Ce qui a laissé, selon lui, « libre cours aux charlatans qui sont très sollicités à la veille de cet examen par les parents pour des « roqia » ou toutes sortes de talismans ».

Pour ministère de l’Éducation, la balle est dans le camp des parents.

La ministre de l’Éducation a, ainsi, lancé un appel aux parents pour « sensibiliser leurs enfants aux sanctions prévues à l’encontre des fraudeurs et à les prémunir contre les réseaux sociaux qui tentent à les déconcentrer avec de faux sujets ». Benghabrit insiste sur l’aspect de l’éthique qui doit, selon elle, primer sur l’aspect sécuritaire. Et pour atteindre cet objectif, elle compte sur l’opinion publique pour dénoncer toutes les formes de tricherie.

Un nouveau Bac pour 2021

Bien qu’indispensable pour accéder aux études supérieures, le baccalauréat reste un des examens les plus critiqués par les pédagogues et les syndicats. « Le niveau des candidats a sensiblement baissé, on ne peut pas s’attendre à des moyennes d’excellence. La majorité obtiendra son Bac avec des moyennes entre 10 et 11. Cet état de fait impose une révision urgente de l’examen du Bac », soutient Meziane Meriane qui a participé à l’étude de la mise en place d’un nouveau système d’évaluation et de passage à l’université.

« On a travaillé pendant une année pour pouvoir mettre en place un nouveau système. Malheureusement, la politique a fini par prendre le dessus sur l’éducatif. On a dit qu’il était inconcevable de laisser le Bac à 5 jours d’où la proposition de le réduire à trois jours. Mais, il est impossible de répartir dix matières sur trois jours. Nous avons, par conséquent, proposé de prendre en compte la fiche de synthèse pour certaines matières à l’image des sciences islamiques et de l’histoire-géo. Une suggestion qui a été rejetée par certaines parties pour des raisons purement politiques », a-t-il argué.

Des propos qui ont été confirmés par la première responsable du secteur qui a admis que le projet a besoin « de maturation avant de pouvoir l’appliquer ». Elle compte présenter une nouvelle mouture de ce même projet pour tenter de convaincre les plus réfractaires. « Ce dossier sera présenté d’une autre façon aux partenaires sociaux avant qu’il ne soit appliqué en 2021. Le nouveau Bac se concentrera sur la spécialisation et un recentrage sur les matières essentielles. Mais avant, il faudrait faire passer cette nouvelle mouture pour qu’on puisse lancer le contrôle continu prévu à partir de l’année prochaine pour les 2e AS», a-t-elle explique.

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