Direct Live Search
Search

Bardella, l’antisémitisme et l’islamophobie : le miroir du deux poids, deux mesures en France

Les propos antisémites attribués à Jordan Bardella par Mediapart révèlent une réalité inquiétante : l’indulgence des pro-israéliens vis-à-vis du président du RN et le deux poids, deux mesures, entre antisémitisme et islamophobie.

Bardella, l’antisémitisme et l’islamophobie : le miroir du deux poids, deux mesures en France
Jordan Bardella, l'antisémitisme et l'islamophobie : le grand écart en France/source : Facebook Jordan Bardella
Riyad Hamadi
Durée de lecture 3 minutes de lecture
Clock 3 minutes de lecture

Le scandale Jordan Bardella révèle quelque chose d’insoupçonné chez les pro-israéliens de France : finalement, être antisémite n’est pas quelque chose de si grave que cela tant que ça n’émane pas de critiques du gouvernement extrémiste d’Israël et des soutiens du peuple palestinien. Ou alors c’est le mot “antisémitisme” qui a définitivement changé de sens.

Le président du Rassemblement national (RN), pressenti pour diriger le gouvernement français après la victoire très probable de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027, est pris dans un scandale qui menace ses ambitions et ébranle son parti ainsi que toute la classe politique française.

A lire aussi : Jamel Debbouze : son restaurant à Paris épinglé pour vente de vins israéliens

 

A lire aussi : Le Sahara occidental au Ticad 2025 : nouveau revers pour le Maroc

Le site Mediapart a révélé des propos d’une extrême gravité qu’il aurait tenus au début de sa carrière politique. Des propos qui rappellent à s’y méprendre la rhétorique nazie dans l’Allemagne des années 1930.

Jordan Bardella a démenti, annoncé qu’il allait en justice, mais sans trop convaincre.

A lire aussi : Gaza : l’ONU déclare officiellement l’état de famine et accuse Israël

Les révélations sont prises au sérieux car le média qui les a faites est connu pour la rigueur de ses enquêtes et ne s’est presque jamais trompé dans ses déballages précédents.

Cette affaire ne contrarie pas seulement les ambitions de Jordan Bardella. Elle jette aussi le doute sur la sincérité de la “mue” du RN et de la distance que ses nouveaux dirigeants disent avoir prise avec son fondateur, l’antisémite assumé Jean-Marie Le Pen.

“Le Rassemblement national continue d’être le parti refuge des identitaires », a d’ailleurs dénoncé Yonathan Arfi, le président du CRIF, la principale organisation représentative des juifs de France. Curieusement, Arfi est l’une des rares voix pro-israéliennes en France à dénoncer l’hypocrisie du RN qui se manifeste à travers les propos gênants de son président.

Antisémitisme de Bardella : pas de tollé chez les défenseurs d’Israël 

Le tollé que les révélations devaient logiquement susciter chez les défenseurs d’Israël n’a pas eu lieu. Jordan Bardella bénéficie jusque-là d’une indulgence incompréhensible. Sur les plateaux, certains de ceux qui criaient à l’antisémitisme à chaque mot pro-palestinien de la gauche et de LFI, pardonnent presque le président du parti d’extrême-droite. On préfère parler de présomption d’innocence, de sa jeunesse au moment des faits supposés…

Paul Amar, journaliste pro-israélien notoire, note que les propos de Bardella sont “privés” et que, “publiquement” il n’a jamais tenu des propos antisémites.

Pour justifier Jordan Bardella, Amar a estimé qu’on peut “évoluer”, comme l’a fait François Mitterrand qui “avait reçu la francisque (décoration du régime de Vichy) non pas à 17 ans, mais à 25 ans”. Il ne reste plus qu’à pardonner. “On vient de célébrer le grand pardon. Dieu nous demande parfois de pardonner à l’autre et d’être pardonné par lui”, a plaidé l’ancien journaliste de France 2.

Sur Europe 1, Pascal Praud ne s’émeut pas davantage. Ce qui le tracasse, ce sont tous ces confrères qui “ne réclament pas des preuves” à Mediapart.

Les pro-israéliens, quand ils ne se taisent pas, cherchent des excuses à Jordan Bardella. Pourquoi ? La réponse est venue d’Israël. Le ministre de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, Amichaï Chikli, a apporté son soutien à Bardella parce que c’est “une des voix les plus claires en Europe contre le Hamas”. Autrement dit, un soutien d’Israël et de son génocide à Gaza.

C’est décidément ce qui compte le plus. “L’antisémitisme, ce n’est pas grave tant qu’on soutient Israël”, a ironisé sur X le politologue Pascal Boniface.

Et le racisme antimusulman ? 

“Les tarés qui gouvernent en Israël n’en ont rien à faire de la lutte contre l’antisémitisme. Ils l’instrumentalisent juste pour couvrir leurs crimes. On le savait, mais avec l’affaire Bardella on en a la preuve irréfutable”, a écrit pour sa part Aymeric Caron, député de Paris, proche de La France insoumise (LFI), un parti injustement accusé d’antisémitisme sans jamais avoir prononcé la moindre phrase polémique sur les juifs, juste une dénonciation constante des crimes de l’armée israélienne en Palestine.

L’affaire Jordan Bardella révèle une autre vision inquiétante qui ne met en cause les seuls pro-israéliens mais une grande partie de la classe médiatique et politique française. Les propos révélés par Mediapart ont donné lieu à un scandale qui ébranle le pays, occupe les plateaux et la une des journaux.

À juste titre certes, mais cela fait plusieurs années que des propos d’une gravité similaire ciblent quotidiennement les musulmans sans faire scandale ou mettre en danger une carrière politique. Au contraire, bien des ascensions ont été bâties sur la haine assumée de l’islam et des musulmans en France.

Lien permanent : https://tsadz.co/5nkp2

TSA +