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Blé : le marché algérien suscite à nouveau l’intérêt des céréaliers français

Les céréaliers français qui anticipent une nouvelle année difficile misent sur une reprise des exportations vers l'Algérie.

Blé : le marché algérien suscite à nouveau l’intérêt des céréaliers français
Blé français : l’Algérie opère un retour timide et suscite de l’espoir. | Par branex / Adobe Stock pour TSA
Djamel Belaid
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Le marché algérien du blé suscite l’intérêt des céréaliers français qui anticipent une nouvelle année difficile. L’Algérie a réduit drastiquement ses importations de blé de France pour des raisons liées à la diversification de ses fournisseurs, à la concurrence des blés russe et argentin, et aux tensions diplomatiques entre les deux pays.

Des achats algériens de blé et d’orge en provenance de France devraient avoir lieu durant le mois de février.  Ce qui constituerait la première cargaison de blé vers ce pays d’Afrique du Nord depuis juillet 2024 et la première cargaison d’orge en trois saisons, rapporte l’agence Reuters. Des achats qui pourraient être liés au manque de disponibilité en blé argentin.

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L’annonce de Reuters se réfère au point de presse mensuel de FranceAgriMer mercredi 11 février dans un contexte de réchauffement des relations franco-algériennes après 18 mois de crise inédite, avec notamment la visite annoncée pour lundi 16 février à Alger du ministre de l’Intérieur français Laurent Nunez.

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Lors de ce point de presse, Habasse Diagouraga, chargé d’études économiques sur le marché français des céréales a révélé que « les listes portuaires faisaient état d’une cargaison de 5.000 tonnes de blé et de 13.000 tonnes d’orge à destination de l’Algérie » qui est un grand importateur de céréales.

Il a fait remarquer que cela « constituerait la première cargaison de blé vers ce pays d’Afrique du Nord depuis juillet 2024 et la première cargaison d’orge en trois saisons. »

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Le choix de la France pour des achats d’orge prévus pour février pourrait s’expliquer par des prix intéressants et des délais d’acheminement courts dans un contexte de besoins accrus en Algérie liés à la filière ovine en particulier durant le mois de ramadan puis pour l’Aïd-El-Kébir 2026.

Quant à la commande de blé, elle reste modeste selon FranceAgriMer : « 5 000 t pour le blé, c’est marginal, et il faudra attendre les données des douanes pour voir si ces achats se confirment ».

Après avoir noté que l’Algérie figure dans les line-up de février au niveau de l’activité portuaire, le média en ligne Terre-Net présent à cette conférence de presse retient des propos de Habasse Diagouraga que « ces flux pourraient être liés à des questions de qualité : l’Argentine, très présente sur le débouché algérien, semble rencontrer des difficultés sur le blé panifiable et exporter principalement du blé fourrager. »

Une analyse confirmée fin janvier par Le Petit meunier-La Dépêche, un média spécialisé dans le commerce de grains qui titrait « Les flux vers l’Afrique du Nord ne vont pas forcément exploser » et citait plusieurs experts argentins.

Pour Jorge Domínguez, ex-directeur des achats chez LDC, malgré des quantités de blé disponibles bien supérieures à celles des années précédentes, « les flux vers l’Afrique du Nord ne vont pas forcément exploser. Les blés argentins sont en effet pénalisés par leur faible teneur protéique. »

Armando Casalins, l’expert qualité de la fédération argentine des organismes stockeurs, indique que « le taux moyen de protéines de la nouvelle récolte s’établit à 10,8%. » Alors que l’OAIC recherche des blés à 12,5% de protéines, Jorge Domínguez révèle que « les lots à 12,5 % de protéines ne représentent pas plus d’un million de tonnes».

Céréales France, une filière en difficulté

Ces derniers mois, la récolte de blé français a du mal à s’écouler à l’international si ce n’est comme aliment de bétail. À la mi-décembre 2025, sous le titre « La France profite de l’intérêt des fabricants d’aliments pour le blé tendre », la presse spécialisée indiquait que « Le faible écart entre les prix du blé et du maïs favorise un report de consommation du maïs vers le blé tendre chez les fabricants d’aliments du bétail européen ».

A l’annonce de l’achat de blé par l’Algérie, la revue France Agricole se réjouit que « Le blé tendre tricolore trouve en tout cas encore preneur ».

Cependant alerte Habasse Diagouraga, le Maroc, son principal débouché à l’exportation depuis le début de la campagne, a annoncé réduire la voilure à partir de mai. En cause : « pour laisser place à sa prochaine récolte, attendue cette année bien meilleure que les dernières campagnes fortement pénalisées par les sécheresses. »

Les professionnels de la filière céréales française espèrent un retour de l’Algérie aux achats dans un contexte où la France a dû revoir ses prévisions d’exportation de blé hors Europe de 300.000 tonnes à 7,2 millions de tonnes.

Pour Benoît Piétrement céréalier dans la Marne et président du conseil spécialisé en grandes cultures de FranceAgriMer « Les exportations vers l’Algérie sont importantes, car c’est un client traditionnel. Nous espérons que cela pourra se poursuivre ».

En France les céréaliers sont exsangues et risquent la faillite. Fin août 2025 le cabinet d’expertise agricole Argus Média alertait : « Il manque 30 €/t au blé français » en expliquant qu’avec des prix de 190 euros la tonne et des charges de 220 euros, ils perdent 30 euros pour chaque tonne produite.

À la mi-janvier l’association française des producteurs de blé a réclamé au gouvernement français une aide de 200 millions d’euros, la ministre Annie Genevard leur accordera 40 millions d’euros, soit 20%.

Algérie, vers plus de coopération internationale

En Algérie, afin de développer la production locale de céréales, plusieurs initiatives gouvernementales sont en cours. Fin janvier un projet de décret exécutif sur les modalités de création des coopératives agricoles a fait l’objet d’un examen au cours d’une réunion du gouvernement. Le but est de renforcer la disponibilité en matériel agricole et de réduire les coûts de mécanisation des exploitations céréalières.

Si au sud, certains investisseurs disposent de matériel de semis de 2ème génération, la plupart des exploitations au nord ne disposent que d’engins à l’efficacité plus réduite.

Un autre volet du programme gouvernemental concerne la coopération avec des partenaires étrangers, notamment avec la société italienne Bonifiche Ferraresi pour la production de blé dur sur 36.000 hectares à Timimoune.

Fin janvier, lors d’un débat relatif à l’agriculture et la sécurité alimentaire sur les ondes de la Radio algérienne, Ali Daoudi, agroéconomiste et enseignant-chercheur à l’École nationale supérieure agronomique d’Alger (ENSA) s’est félicité des programmes de coopération internationale concernant notamment le grand sud mais a souhaité que cette expertise technique bénéficie à l’ensemble des agriculteurs algériens.

De son côté, les 10 et 11 février, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine Oualid, a participé à Rome aux travaux du Conseil des gouverneurs du Fonds international de développement agricole (FIDA).

Selon un communiqué, le ministre a rencontré le président du FIDA, Alvaro Lario, avec lequel « il a examiné les moyens de renforcer la coopération et le partenariat entre l’Algérie et cette institution internationale, notamment en matière d’assistance technique ».

Le FIDA est une banque d’aide au développement qui œuvre au développement agricole par l’amélioration des moyens et techniques agricoles notamment à travers des projets de microfinancement gérés au niveau local.

Un programme gouvernemental qui vise à réduire les importations d’un produit stratégique.

 

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